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L'Italie contrarie la volonté de normalisation de la BCE

reuters.com

Publié le 28 septembre 2018 à 13:31 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:29

L'italie contrarie la volonte de normalisation de la bce

L'italie contrarie la volonte de normalisation de la bce

Kai Pfaffenbach

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - La semaine qui se tourne a été marquée à la fois par la volonté confirmée par la Banque centrale européenne (BCE) de normaliser sa politique et par la matérialisation en Italie d'un écueil de taille sur la route du resserrement monétaire dans la zone euro.

Après avoir inondé les marchés de leurs largesses depuis la crise financière, les grandes banques centrales doivent inverser le cours de leur politique pour se créer des marges de manoeuvre.

La Réserve fédérale américaine (Fed), qui vient de relever ses taux pour la troisième fois de l'année, est en train de le faire et la BCE veut lui emboîter le pas mais les nombreuses incertitudes qui planent sur les marchés pourraient leur compliquer la tâche.

A commencer, dans le cas de la BCE, par l'Italie, qui a affolé les marchés avec ses objectifs de déficit budgétaire dévoilés jeudi.

Les rendements des emprunts de l'Etat italien ont bondi et les Bourses européennes, Milan en tête, ont piqué du nez vendredi, au lendemain de l'annonce d'une prévision de déficit de 2,4% du produit intérieur brut (PIB) pour les trois prochaines années, qui fait craindre de nouvelles tensions sur la dette publique.

"Ce n'est pas non plus une bonne nouvelle pour la Banque centrale européenne puisqu'on se retrouve dans une période de tensions importantes, ce qui peut remettre en cause le chemin de normalisation monétaire", explique Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam.

Trois jours avant les annonces de Rome, le président de la BCE, Mario Draghi, avait évoqué lundi devant le Parlement européen "un redressement relativement vigoureux de l'inflation sous-jacente" en zone euro.

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S'il n'a pas remis en cause la trajectoire tracée par l'institution de Francfort, à savoir l'arrêt de ses achats actifs avant la fin de l'année et le maintien des taux à leurs très bas niveaux actuels au moins jusqu'à l'été 2019, Mario Draghi n'en a pas moins surpris les marchés par un ton jugé peu accommodant, qui a pu être interprété comme la volonté de préparer les investisseurs à une normalisation de la politique monétaire plus rapide que prévu.

LA FED GARDE LE CAP

La réaction des marchés a été immédiate, l'euro et les rendements des emprunts d'Etat de la zone euro s'orientant à la hausse.

Le chef économiste de la BCE, Peter Praet, est monté au front le lendemain de l'intervention de Mario Draghi pour tenter de corriger le tir en déclarant que la normalisation était certes nécessaire mais serait lente et longue, sans réussir à effacer l'impression laissée par le discours du président de l'institut d'émission.

Ce sont surtout les turbulences provoquées par l'Italie et les derniers chiffres sur l'évolution des prix en zone euro, qui ont montré un ralentissement inattendu de l'inflation sous-jacente, qui ont permis d'atténuer l'effet des propos de Mario Draghi sur les marchés.

De son côté, la Réserve fédérale américaine a relevé mercredi comme prévu son principal taux d'intérêt et confirmé son intention de poursuivre le resserrement de sa politique.

La Fed prévoit une autre hausse de taux d'ici à la fin de l'année, trois de plus l'an prochain et une en 2020. Un tel scénario porterait le principal taux d'intérêt américain à 3,375% fin 2020, soit près d'un demi-point au-dessus du niveau considéré comme "neutre", c'est-à-dire ne favorisant ni ne freinant la croissance économique.

"Le point auquel les gens étaient attentifs, et sur lequel (la Fed) a agi, c'est le retrait du mot 'accommodant' concernant la politique monétaire", commente Michael Arone, responsable de la stratégie d'investissement de State Street Global Advisors.

"Cela semble indiquer qu'elle pense que la politique monétaire est en train de devenir moins accommodante et se rapproche du taux neutre."

Si les feuilles de route tracées par la BCE comme par la Fed sont bien lisibles jusqu'à l'été 2019, elles sont plus floues pour la suite, qui dépendra essentiellement des évolutions macroéconomiques et du resserrement potentiel des conditions de financement, fait valoir pour sa part Laurent Clavel responsable de la recherche macroéconomique chez AXA IM.

"En ce sens, la Fed est dans une position similaire à la BCE : claire jusqu'à l'été 2019, plus incertaine au-delà", résume-t-il.

LES ACTIFS RISQUÉS TOUJOURS PRISÉS

Les situations économiques auxquelles sont confrontées les deux banques centrales sont pourtant différentes avec une croissance toujours robuste aux Etats-Unis alors qu'elle montre des signes de tassement dans la zone euro.

C'est dans ce contexte que seront étudiés lundi les résultats des dernières enquêtes PMI sur l'activité du secteur manufacturier des deux côtés de l'Atlantique puis, vendredi, les chiffres mensuels sur l'emploi et les salaires aux Etats-Unis.

Malgré quelques tensions du côté des marchés émergents, qui souffrent des effets conjugués de la hausse des taux et de la vigueur du dollar, la toile de fond économique demeure globalement favorable, dit-on chez SYZ Aset Management, où l'on aime toujours les actifs risqués.

"Cela vaut particulièrement pour les marchés développés et l'économie américaine : les tendances en termes de croissance, d'inflation et de politique monétaire n'ont pas changé et devraient se maintenir, à condition que la crise qui touche les marchés émergents reste limitée aux quelques pays économiquement fragiles, ce qui constitue notre scénario de base", développe Fabrizio Quirighetti, directeur des investissements de la branche de gestion d'actifs de la banque privée suisse.

Pas de panique du côté des investisseurs, donc, d'autant moins que les oiseaux de mauvais augure prédisant une récession globale imminente se font plus discrets, laissant d'autres voix se faire entendre.

"Les gens ont été traumatisés par la crise financière et pensent que cela va se reproduire, je ne le pense pas", dit ainsi Nicolas Forest (Candriam). "Il peut y avoir un ralentissement sur un trimestre, et pas forcément tout de suite, mais pas nécessairement de récession."

(édité par Blandine Hénault)

reuters.com

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