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Fonds propres et financement, le double défi des banques italiennes

reuters.com

Publié le 04 octobre 2018 à 08:57 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:28

Fonds propres et financement, le double defi des banques italiennes

Fonds propres et financement, le double defi des banques italiennes

Stefano Rellandini

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Valentina Za

MILAN (Reuters) - Une vive hausse des rendements obligataires italiens met les banques locales sous pression, suscitant des interrogations sur l'état de leurs fonds propres alors même qu'elles seront confrontées à d'importants besoins de refinancement ces deux prochaines années.

La dette publique italienne - la troisième la plus importante au monde - représente 10% de leurs actifs, les rendant vulnérables à une hausse de son coût qui serait induite par le programme anti-austérité du gouvernement.

Les banques italiennes ont acheté se sont substituées aux investisseurs étrangers pour acheter la dette publique du pays durant la crise de 2011-2012. Elles ont pareillement augmenté leurs achats de dette locale en mai et en juin, alors que les marchés liquidaient les actifs de la péninsule, avant de les réduire en août avec la stabilisation des cours.

Mais la prime exigée pour acheter du papier obligataire italien plutôt qu'allemand augmentant, les banques ont perdu en moyenne 40 points de base (pdb) de leurs fonds propres durs au deuxième trimestre et encore huit pdb au troisième, observent des analystes.

Lorsque la nouvelle coalition gouvernement a annoncé ses projets de dépenses publiques à la mi-mai, le "spread" (écart) entre l'Allemagne et l'Italie était de 130 pdb. Il est monté à plus de 300 pdb cette semaine, après que le gouvernement eut dévoilé ses objectifs de déficit.

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S'il atteignait 400 pdb, certains établissements devraient solliciter les investisseurs pour du cash, a dit la semaine dernière Luigi Belluti, président d'Assiom Forex, une fédération de traders.

Banco BPM, la troisième banque italienne, a été l'une des plus touchées au deuxième trimestre, perdant du capital précieux alors même qu'elle s'emploie à nettoyer son bilan de ses créances douteuses. L'érosion du capital ne facilite pas la tâche non plus de Monte dei Paschi di Siena, renflouée par l'Etat en 2017.

COÛT DU CAPITAL NON COUVERT

Les banques italiennes se restructurent depuis quelques années, augmentant leur capital pour financer des cessions de créances douteuses et réduire leurs coûts ; mais les pertes sur créances et des taux d'intérêt négatifs nuisent à leur exploitation, ce qui veut dire dans leur cas que les rendements perçus ne couvrent pas le coût du capital.

Quant aux tensions sur le marché, elles se traduisent par une hausse des coûts d'emprunt.

Le rendement de l'emprunt italien à 10 ans gagnait encore cinq points de base à 3,357% vers 8h10 GMT.

Intesa Sanpaolo, l'une des banques italiennes les plus solides, payait en mars 1,83% pour émettre un emprunt à 10 ans qui se traite aujourd'hui à 3,12%.

Intesa est la seule banque à avoir levé des fonds sans garantie depuis les troubles de mai, plaçant de la dette à cinq ans au coût élevé de 2,15% en août.

Les traders disent que le marché s'est à présent à nouveau immobilisé, ce qui est un souci pour des banques telles que Monte dei Paschi et Carige qui doivent reconstituer leurs fonds propres de seconde catégorie avec de la dette hybride, souci qui pourrait s'étendre à l'ensemble du secteur si cette situation se prolongeait.

Pour autant, si l'on tient compte des 240 milliards d'euros de liquidités bon marché que la Banque centrale européenne (BCE) a déversé à échéances longues, les banques italiennes, qui en ont souscrit la plus grande partie, n'ont pas de problème de liquidité dans l'immédiat.

Elles n'ont pas subi de ruée au guichet et peuvent facilement arriver au terme de l'année sans emprunter davantage.

Quant à leur indice en Bourse de Milan, il gagne 0,45% en matinée.

Mais conserver un accès au marché est primordial.

"Si la pénurie d'émissions que l'on observe actuellement devait persister encore trois à six mois, ça deviendrait un vrai problème ; les régulateurs veulent que les banques puissent solliciter le marché autant que nécessaire", a dit Francesco Castelli, responsable de l'obligataire chez Banor Capital.

Le ratio de liquidité à court terme (liquidity coverage ratio, LCR) - l'un des deux indicateurs de liquidité clé surveillés par les régulateurs - des banques italiennes était de 171% fin 2017, bien au-dessus des 100% requis, selon la Banque d'Italie.

Ce ratio mesure les actifs qu'une banque peut rapidement liquider pour dégager du cash et il se dégrade si une hausse des taux d'intérêt vient rogner leur valeur.

Des coussins de liquidité plus amples que la normale témoignent peut-être d'une certaine pression réglementaire, explique Castelli, ajoutant que les autorités de tutelle veulent sans doute que les banques ne touchent pas à ces réserves dans la perspective du remplacement des fonds BCE par de la dette classique.

ÉCHÉANCES DE 2019 ET 2020

Dès la mi-2019, les banques italiennes devront extraire de leur ratio de liquidité à long terme (net stable funding ratio, NSFR), le second indicateur de liquidité clé surveillé par les autorités, 140 milliards d'euros de prêts à long terme qui arrivent à échéance en juin 2020.

Avant même la récente flambée des rendements italiens, l'agence Moody's soulignait que les coûts de financement des banques italiennes allaient augmenter parce qu'elles devaient rembourser ces fonds BCE.

Les établissements italiens devront aussi refinancer d'ici 2020 la moitié à peu près des 267 milliards d'euros d'encours obligataires qu'elles affichaient en février.

Ils ont l'habitude de se reposer sur leur clientèle pour ce faire mais des règles financières plus strictes instaurées après la crise mondiale de 2007-2008 et les changements fiscaux intervenus depuis 2012 rendent plus difficile de se financer auprès des particuliers.

Ils devront enfin se conformer aux nouvelles normes européennes de dette et de capital, lesquels peuvent être entièrement mobilisés pour absorber des pertes latentes.

"Il y a une période de transition à partir de 2019 mais si elles n'émettent pas suffisamment l'an prochain, les banques risquent d'avoir du mal à respecter les normes", note Cristiano Tommasi, associé du cabinet d'avocats Allen & Overy.

UniCredit, qui doit se soumettre à ces exigences dans la mesure où elle est la seule banque italienne classée d'importance systémique, n'a pour l'instant réalisé que le tiers de son plan de financement de 2018.

Les banques n'ont répercuté sur leur clientèle que 20% environ des 100 pdb de hausse des primes de rendement mais elles pourraient bien aller au-delà.

"Si les spreads obligataires continuent de se creuser, tout ou tard il faudra augmenter les coûts du prêt", a dit un responsable bancaire.

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)

reuters.com

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