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Italie: Giovanni Tria, un ministre de l'Economie en sursis ?

reuters.com

Publié le 10 octobre 2018 à 12:47 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:26

Italie: giovanni tria, un ministre de l'economie en sursis ?

Italie: giovanni tria, un ministre de l'economie en sursis ?

Tony Gentile

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par Gavin Jones et Giuseppe Fonte

ROME (Reuters) - "Que ferez-vous si Tria s'en va ?" C'est la grande question qu'un haut responsable de la coalition au pouvoir en Italie a posée à des investisseurs internationaux lors d'un dîner la semaine dernière à Rome.

La nomination de Giovanni Tria au ministère de l'Economie au printemps dernier avait été plutôt bien accueillie par les marchés.

Il est vrai que le premier choix de la coalition formée par le Mouvement 5 Etoiles (M5S) et la Ligue pour ce poste, celui de l'eurosceptique Paolo Savona, avait de quoi inquiéter, surtout les partenaires européens de Rome. Le président de la République Sergio Mattarella avait d'ailleurs opposé son veto à cette nomination.

La désignation de Tria, sans affiliation partisane et alors président de l'Ecole nationale d'administration italienne et professeur d'économie politique à l'université romaine de Tor Vergata, était apparue comme une concession aux marchés.

Plus de quatre mois plus tard, Giovanni Tria, 70 ans, apparaît isolé et en position de faiblesse. Cédant aux chefs des partis de la coalition, il a finalement accepté un déficit de 2,4% du PIB dans le projet de budget 2019, alors qu'il plaidait pour moins de 2%.

La semaine dernière, la Commission européenne a averti que le projet du gouvernement de multiplier par trois le déficit budgétaire par rapport aux objectifs antérieurs était "une déviation importante par rapport à l'orientation budgétaire recommandée par le Conseil".

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Giovanni Tria se retrouve donc au centre d'un bras de fer entre le gouvernement italien, qui entend respecter ses promesses électorales, notamment sur le "revenu de citoyenneté" et les baisses d'impôts, et l'Union européenne soucieuse de faire respecter ses règles budgétaires.

Les discussions entre Rome et Bruxelles risquent fort de tourner au vinaigre, ce qui inquiète les investisseurs.

"UN GOUVERNEMENT POLITIQUE"

Mardi, le rendement de la dette souveraine à 30 ans a franchi le seuil de 4% pour la première fois depuis août 2014, celui du cinq ans a atteint 3,13%, son plus haut niveau en près de cinq ans, et celui du 10 ans a pris 10 points de base à 3,71%, un nouveau pic de quatre ans et demi.

Ces hausses ont porté l'écart ("spread") entre le 10 ans italien et le 10 ans allemand à 312 pdb, un pic de cinq ans.

"Tria est quelqu'un de compétent mais je ne crois pas qu'il ait vraiment compris quel est son rôle", a déclaré le responsable de la coalition lors du dîner de la semaine dernière, auquel a assisté un journaliste de Reuters.

"Il a tendance à se comporter comme le PDG d'une entreprise privée qui peut agir de manière autonome mais ça ne se passe pas comme ça, ce gouvernement est un gouvernement politique, pas technocratique", a-t-il ajouté.

De sources politiques, on pense que cette situation ne pourra pas durer très longtemps: soit Tria décidera de partir, soit il sera poussé vers la sortie, ajoute-t-on.

"Il veut s'en aller et nous, on en a assez de lui... Mais rien ne se passera avant janvier car il faut d'abord approuver le budget au Parlement", dit une source au sein de la coalition.

Une porte-parole de Giovanni Tria a affirmé que celui-ci n'avait nullement l'intention de démissionner.

En privé, des responsables du M5S et de la Ligue ne se privent pas pour critiquer le ministre de l'Economie, qu'ils accusent de vouloir suivre sa propre feuille de route.

"Personne ne demande la démission de Tria mais il est normal que le ministre de l'Economie d'un gouvernement de changement trouve les moyens financiers pour aider les Italiens qui connaissent des difficultés économiques", a affirmé récemment le chef du M5S Luigi Di Maio, également vice-président du Conseil et ministre du Travail.

Lors du dîner de la semaine dernière dans un restaurant de Rome, le responsable de la coalition a jugé que Giovanni Tria pouvait très bien rester à son poste mais a également admis que des noms avaient déjà été avancés pour le remplacer.

DÉMISSION OU LIMOGEAGE ?

Parmi ces noms, celui de Massimo Garavaglia, l'actuel vice-ministre de l'Economie. Il est considéré comme un pragmatique, favorable au maintien dans l'euro, et a fait ses preuves pendant cinq ans comme responsable du budget de la riche région Lombardie.

"Giovanni Tria ne pense pas comme nous", reconnaît un membre du gouvernement membre du M5S.

Dans ce contexte, le ministre de l'Economie pourrait décider de partir avant même d'être poussé vers la sortie.

Selon une source au ministère de l'Economie, et une autre source institutionnelle, il envisagerait de démissionner après le vote du budget au Parlement à la fin de l'année - ce que dément sa porte-parole.

Les relations entre Tria, le M5S et la Ligue ont commencé à se tendre dès le mois de juin, lors des nominations aux postes-clés de son ministère.

Giovanni Tria s'était alors opposé au "grand nettoyage" que réclamaient les deux partis de la coalition.

Dans la douleur, les deux partis étaient parvenus à un accord sur le choix du directeur général du Trésor et du numéro un de la Caisse des dépôts, quand Tria était intervenu pour dire son désaccord et exiger de nouvelles discussions.

Les désaccords se sont ensuite aggravés sur le projet de budget.

Un départ de Tria ne devrait pas plaire aux marchés, même si sa "capitulation" sur le déficit budgétaire a déjà largement entamé sa crédibilité à Bruxelles et dans les milieux financiers.

"Et si Tria s'en va ?"... A la question, plusieurs investisseurs ont répondu que cela ne serait pas une bonne nouvelle. D'autres ont dit qu'ils attendraient de voir quel est son successeur. Mais certains préviennent déjà que dans ce cas ils vendront une partie de leurs actifs italiens.

(Avec Luca Trogni à Milan; Guy Kerivel pour le service français)

reuters.com

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