Kavanaugh et les évangélistes de la "Bible Belt"
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Kavanaugh et les evangelistes de la "bible belt"
Joshua Roberts
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Kavanaugh et les evangelistes de la "bible belt"
Joshua Roberts
par Pierre Serisier
PARIS (Reuters) - Brett Kavanaugh restera dans l'histoire comme l'un des juges les plus mal élus à la Cour suprême des Etats-Unis, sa confirmation offrant une victoire majeure à Donald Trump dans sa stratégie de mobilisation de sa base électorale évangéliste et conservatrice dans la perspective de l'élection présidentielle de 2020.
Au terme d'une série de rebondissements spectaculaires et d'auditions acrimonieuses devant la commission judiciaire du Sénat, le magistrat catholique conservateur a obtenu par 50 voix contre 48 sa confirmation au poste à vie de membre de la plus haute juridiction américaine.
Les accusations d'agressions sexuelles portées contre lui par le Dr. Christine Blasey-Ford n'ont pas fait dérailler une candidature soutenue par Donald Trump qui a présenté au magistrat des excuses pour les souffrances que lui et sa famille avaient endurées lors de cette procédure.
En moins de deux ans, le président Trump a désigné deux juges à la Cour suprême, Brett Kavanaugh et Neil Gorsuch, confirmé sans encombre le 10 avril 2017. Cela devrait donner une coloration conservatrice durable à cette juridiction déterminante dans les questions de société.
Battus lors de cette première manche, les démocrates ont promis d'engager une procédure de destitution contre Kavanaugh s'ils remportent la majorité à la Chambre des représentants.
A l'approche des élections de mi-mandat, la stratégie de Trump et des républicains a été de jouer l'affrontement partisan plutôt que la conciliation quitte à modifier la tradition voulant que le Cour suprême soit une institution de compromis.
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L'arbitrage fait par la Maison blanche est celui du rapport entre le mécontentement suscité chez les femmes blanches éduquées, qui seront le segment déterminant des midterms, et la satisfaction de l'électorat évangéliste qui représente un tiers des électeurs républicain.
En suivant cette idée de polarisation, Trump a "donné aux évangélistes ce qu'ils attendaient depuis les années 1970", explique Vincent Michelot, universitaire spécialiste des Etats-Unis. "Cette population attend depuis quarante ans qu'un président républicain et un Congrès républicain lui donnent satisfaction sur ses revendications fondamentales".
PARADOXE
Dans le récit politique des évangélistes, colonne vertébrale du corps électoral conservateur dans la "Bible Belt", la restauration des libertés religieuses et l'application des préceptes religieux occupent une place centrale face à une évolution de la société perçue comme une attaque systématique de leurs convictions.
La Bible Belt est un ensemble d'Etats du sud des Etats-Unis allant du Texas à la Virginie, d'Ouest en Est, et de l'Illinois à une partie de la Floride du Nord au Sud.
"Ronald Reagan, puis Bush père, puis Bush fils ne leur ont pas donné satisfaction sur ces sujets que sont la question de l'avortement, le mariage pour tous et tous les questions liées à la famille", rappelle Vincent Michelot.
Le paradoxe de cette situation est que Donald Trump répond à leurs attentes alors qu'il est l'exact opposé des valeurs auxquelles croit cet électorat, le magnat de l'immobilier ayant été marié trois fois et ayant été pris dans des affaires d'adultère, y compris avec une ancienne actrice de films pornographiques, Stephanie Clifford alias Stormy Daniels.
"Cette ligne politique qui est également celle de Mike Pence (le vice-président NDLR) va avoir pour conséquence probable une mobilisation de cet électorat qui va vouloir remercier le président Trump et causer la perte de deux ou trois sièges démocrates au Sénat" dans des Etats difficiles à gagner, explique Vincent Michelot.
L'affaire Kavanaugh a rendu la conquête du Sénat quasiment impossible pour les démocrates mais a accru la possibilité d'une victoire démocrate à la Chambre des représentants.
Au cours des deux derniers mois, l'"enthusiasm gap" qui mesure la détermination des électeurs à se rendre aux urnes est passé de 55% à 62% chez les électeurs démocrates, confirmant une mobilisation qui se fera sentir à la Chambre des représentants.
Depuis l'affaire Kavanaugh, les deux assemblées semblent se diriger encore plus dans des directions opposées.
(Edité par Marc Joanny et Danielle Rouquié)
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