Recherche jeune candidat démocrate pour 2020
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PARIS (Reuters) - Minoritaires, moqués par leurs adversaires, absents de certains Etats et traumatisés par la défaite d'Hillary Clinton en 2016, les démocrates abordent les élections de mi-mandat à la recherche d'un leader capable de les conduire à la bataille présidentielle dans deux ans.
L'onde de choc provoquée par la victoire de Donald Trump a frappé de plein fouet une partie des Etats-Unis mais elle a surtout provoqué un séisme au sein du parti démocrate qui ne croyait pas la défaite possible.
Impuissant, le parti de l'âne a vu basculer, pour quelques dizaines de milliers de voix parfois, des Etats décisifs comme la Pennsylvanie, l'Ohio et le Wisconsin, considérés à tort comme acquis.
"Il ne s'agit pas d'une défaite mais d'une catastrophe électorale", explique Vincent Michelot, ancien directeur de Sciences-Po Lyon et spécialiste des Etats-Unis. "Il est donc normal qu'ils soient dans une phase de reconstruction."
Comme le rappelle l'universitaire, les démocrates sont désormais un parti minoritaire qui, par le jeu des élections locales, est virtuellement absent de certains Etats, rendant sa présence sur le terrain presque invisible pour les électeurs.
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"Depuis les élections de mi-mandat en 2010, ils ont perdu plus de 1.000 sièges sur les quelque 7.300 dans les parlements des Etats", précise Vincent Michelot.
"Dans certaines régions, le parti est en état d'atrophie caractérisée. Il est difficile de remonter la pente lorsqu'on n'est pas capable de recruter des élus ou de former des militants", poursuit-il.
Après un tel revers, les démocrates devaient prendre le temps de la réflexion et reconstruire un programme, note Jean-Eric Branaa, maître de conférence à l'université de Paris II-Assas et chercheur associé à l'Iris.
"Il est très difficile de s'adresser aux électeurs sans avoir dégagé les lignes de force d'un programme et de faire émerger un leader qui peut s'appuyer sur ce programme".
VIVIER EN DEVENIR
Pour l'instant, ajoute Jean-Eric Branaa, les démocrates sont entrés dans une résistance en essayant de canaliser les mouvements venus de la rue : les revendications féministes (#MeToo), le contrôle des armes (#marchforourlives), la contestation afro-américaine (Black Lives Matter), la défense de l'assurance maladie ou la question migratoire illustrée par les camps de rétention à la frontière mexicaine.
"Il y a une sorte de trop plein de sujets face à Donald Trump qui porte un message simple et fort : j'ai ramené la prospérité'", estime Branaa.
En clair, les démocrates sont tiraillés entre une ligne modérée et institutionnelle qu'incarnait Hillary Clinton et une ligne progressiste (jugée très à gauche par les républicains) que représentait Bernie Sanders lors des primaires.
"Ils ont tué tous les leaders", ajoute Jean-Eric Branaa. "On a une fracture de même nature que celle à laquelle nous avons assisté en France" entre une gauche modérée de gouvernement et une gauche radicale demandant une rupture.
Cette recomposition de la géographie partisane s'est traduite par l'émergence de nouvelles figures à l'occasion des primaires précédant ces élections de mi-mandat avec l'apparition de candidates et de candidats exprimant une radicalité par rapport à la ligne habituelle du parti.
On a vu l'Afro-Américain Andrew Gillum l'emporter pour briguer le poste de gouverneur de Floride (Etat essentiel dans la carte de l'Union), la très jeune Alexandria Ocasio-Cortez, 28 ans, proche de Sanders, s'imposer dans le Bronx ou encore Stacey Graham s'engager pour le poste de gouverneur en Géorgie.
Dans ce vivier en devenir, on peut encore citer la sénatrice de Californie Kamala Harris, partisane de la cause féministe, ou le sénateur du New Jersey, Cory Booker, souvent soupçonné de vouloir ressembler à Barack Obama.
Parmi ces visages nouveaux, Ayanna Pressley, 44 ans, qui s'est imposée dans la circonscription de John Kennedy à Boston-Cambridge face au baron démocrate Michael Capuano, en quête d'un 13e mandat, témoigne d'une vitalité au sein du parti.
"Il y a une capacité de renouvellement", admet Vincent Michelot. "Concernant l'élection de 2020, il faut rappeler qu'en janvier 2004, seuls 10% de la population américaine connaissait le nom du futur candidat qui était John Kerry."
LES SEPTUAGÉNAIRES OCCUPENT L'ESPACE
Malgré tout, le parti démocrate souffre de sa composition directoriale qui est aujourd'hui dominée par les septuagénaires : Hillary Clinton, bien sûr, mais également Joe Biden, Elizabeth Warren, Bernie Sanders ou encore Nancy Pelosi qui tiennent les clés de la maison.
Sans parler de Jery Brown (80 ans), gouverneur de la Californie, ou encore Michael Bloomberg qui, à 76 ans, revient dans le parti avec 2020 en ligne de mire.
"Ils polluent l'espace pour ceux qui arrivent derrière", reconnaît Jean-Eric Branaa. "Il y a peu de quadras, ce qui est un handicap pour préparer l'avenir. Les élections de mi-mandat servent à faire émerger les futurs leaders, or ce n'est pas le cas."
Les anciens sont omniprésents et se concurrencent les uns les autres en monopolisant l'attention.
"Ils sont tous en campagne au même moment et au même endroit, ce qui n'est pas bon", reconnaît Branaa. "Les démocrates paient aujourd'hui la guerre de tranchées qu'ils ont livré à Hillary Clinton."
Malgré ces handicaps, le parti démocrate a des raisons de demeurer optimiste parce que l'"enthusiasm gap" (la volonté d'aller voter) et la mobilisation des fonds électoraux leur sont favorables par rapport aux républicains.
Sur le dernier cycle de lever de fonds, les secteurs des industries de la finance, de l'assurance et de la banque ont atteint 110 millions de dollars contre 106 millions aux républicains.
Ces derniers avaient un avantage de 50 et 100 millions sur les deux précédents cycles.
(Pierre Sérisier pour le service français, édité par Tangi Salaün)
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