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Le Brésil redoute que le climat de tension se poursuive après l'élection

reuters.com

Publié le 27 octobre 2018 à 11:07 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:22

Le bresil redoute que le climat de tension se poursuive apres l'election

Le bresil redoute que le climat de tension se poursuive apres l'election

BRUNO KELLY

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Brad Brooks

SAO PAULO (Reuters) - Au sortir d'une campagne électorale où la violence politique a atteint des niveaux inédits dans l'histoire de la jeune démocratie brésilienne, de nombreux Brésiliens redoutent que les attaques se poursuivent après la probable victoire ce dimanche de Jair Bolsonaro, le candidat de l'extrême droite.

Ces dernières semaines, les partisans de l'ancien capitaine d'artillerie ont menacé de démanteler la Cour suprême, d'autres s'en sont pris physiquement à des journalistes et à des électeurs hostiles au candidat du Parti social-libéral.

Des agressions ont également été attribuées aux sympathisants de son adversaire du second tour, Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT), sans atteindre pour autant la même intensité.

Le climat de tension politique qui prévaut au Brésil a été comparé aux divisions de la société aux Etats-Unis mais, aux yeux d'analystes, le péril semble bien plus grand parce que le géant sud-américain vit déjà dans une situation d'extrême violence.

Près de 64.000 meurtres ont été recensés en 2017, et moins de 10% des homicides ont donné lieu à des accusations, d'après des statistiques gouvernementales.

Jair Bolsonaro, crédité de douze points d'avance sur Haddad dans le dernier sondage Datafolha, a lui-même été victime d'une agression à l'arme blanche début septembre, alors qu'il était en campagne dans l'Etat de Minas Gerais.

L'ancien officier n'est pas totalement remis - c'est pour cette raison qu'il a refusé un débat entre les deux tours avec Fernando Haddad de même qu'il avait renoncé à participer à un débat avant le premier tour -, mais l'épisode n'a fait que renforcer son discours agressif, mêlant attaques verbales contre ses adversaires politiques et promesses de combattre le crime et la corruption.

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"Vous, les 'pétistes' (ndlr, sympathisants du PT), vous aurez la police civile et militaire sur votre dos pour vous imposer la loi", a-t-il lancé dans un message vidéo à ses partisans dimanche dernier. "Ces délinquants rouges seront bannis de notre patrie", a-t-il ajouté.

BOÎTE DE PANDORE

Bolsonaro a déclaré plusieurs fois qu'il ne cautionnait pas la violence commise par ses partisans, mais des experts brésiliens estiment que ses attaques quotidiennes via les réseaux sociaux ne sont pas sans conséquence.

"Bolsonaro, par ses discours soutenant la violence et sa campagne agressive, a ouvert la boîte de Pandore des violences politiques dans un pays déjà extrêmement violent", estime Rafael Alcadipani, expert de la sécurité publique à l'université de la Fondation Getulio Vargas à Sao Paulo.

"Si on pensait que le Brésil présentait des niveaux extrêmement élevés de violences urbaines en temps normal, imaginez ce que cela sera sous un président qui pousse agressivement la violence parmi la police et contre ses adversaires politiques ?", poursuit-il.

Les sorties de Bolsonaro contre les médias, qu'il accuse de propager des "fake news", ont aussi suscité des vagues d'angoisse dans les rédactions.

Depuis janvier, le collectif brésilien de journalistes d'investigation Abraji a recensé 64 cas d'agressions physiques de journaliste, auxquels s'ajoutent 82 journalistes visés par des campagnes de haine orchestrées sur les réseaux sociaux.

La Folha de Sao Paulo, le principal quotidien national, dit avoir reçu des centaines de milliers de menaces. L'une visait le fils âgé de six ans d'un de ses journalistes qui a révélé de possibles irrégularités financières dans l'utilisation par la campagne Bolsonaro de la plateforme WhatsApp pour propager des "infox".

A 63 ans, Bolsonaro ne cache pas sa nostalgie pour la dictature militaire de 1964-85 et présente comme étant son "héros personnel" le colonel Carlos Ustra, qui en fut l'un des tortionnaires les plus notoires.

S'il est élu, a-t-il dit, il encouragera les policiers à tuer les criminels présumés et assouplira les lois encadrant les armes à feu afin que ses concitoyens puissent se défendre.

Au vu de l'insécurité qui règne au Brésil, des dizaines de millions de Brésiliens ont voté pour lui au premier tour, le 7 octobre. Des électeurs dont nombre se disent écoeurés par la corruption des élites et par les violences urbaines.

Matheus Ferreira, 18 ans, qui tient un stand de restauration rapide à Sao Paulo, votera pour Bolsonaro ce dimanche, même s'il se dit conscient de la tension née de sa candidature. "S'il peut rendre le Brésil plus sûr, le risque qu'il représente en aura valu la peine", dit-il.

(Henri-Pierre André pour le service français)

reuters.com

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