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Le conflit syrien, révélateur de l'impuissance européenne

reuters.com

Publié le 30 octobre 2018 à 10:54 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:22

Le conflit syrien, revelateur de l'impuissance europeenne

Le conflit syrien, revelateur de l'impuissance europeenne

Aboud Hamam

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Tangi Salaün

PARIS (Reuters) - La Syrie est depuis sept ans l'épicentre des lignes de fracture qui traversent le Proche-Orient et de la recomposition en cours de l'ordre mondial, en même temps qu'un casse-tête pour les Européens dont l'impuissance à peser jusqu'à présent sur le conflit est d'autant plus criante que les enjeux sont élevés.

En dépit de l'activisme de certains de ses membres, France en tête, l'Union européenne est marginalisée dans la gestion d'une crise dont elle a pourtant, parmi les multiples puissances extérieures impliquées, subi les plus lourdes conséquences, des attentats djihadistes orchestrés par le groupe Etat islamique à la crise des réfugiés de l'été 2015.

D'abord arrimés à une diplomatie américaine hésitante à l'époque de Barack Obama et imprévisible depuis l'élection de Donald Trump, les Européens dépendent aujourd'hui du bon vouloir de Moscou et Ankara dans la perspective de l'après-guerre et de la reconstruction, comme l'a illustré le sommet quadripartite (Turquie, Russie, France, Allemagne) qui s'est tenu ce week-end à Istanbul.

"La Syrie est devenue un espace de création de puissance pour certains dirigeants, comme Vladimir Poutine qui a replacé à moindre coût la Russie au centre de la scène internationale", souligne Matthieu Rey, chargé de recherche au CNRS à l'Iremam (Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman).

Dans ce grand barnum géopolitique qui ignore très largement les aspirations du peuple syrien, les Européens paraissent bien démunis, à la fois parce qu'ils n'ont pas vraiment d'alliés sur lesquels s'appuyer, mais aussi faute de perception de leurs intérêts communs.

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"Il n'y a pas de politique européenne à l'égard de la Syrie mais une politique menée par des Etats", constate Matthieu Rey.

C'est le cas de la France qui "aspire à la grandeur sans les moyens" et dont la politique s'est progressivement réduite à une réaffirmation de puissance, à l'image des bombardements contre des structures liées au programme chimique syrien en avril dernier, et de main tendue à la Russie, en juillet lors de la distribution d'aide humanitaire dans l'ex-région rebelle de la Ghouta ou ce week-end à Istanbul.

RECONSTRUCTION INCERTAINE

C'est aussi le cas de l'Allemagne qui, tout en s'étant montrée plus discrète jusqu'à sa participation à la réunion d'Istanbul, inspirée du format à quatre mis en place pour le conflit en Ukraine, donne le "la" de la politique de l'UE en matière de reconstruction, dont le coût est estimé par l'Onu à 250 milliards de dollars (220 milliards d'euros), et de retour des réfugiés - jusqu'à présent, c'est "Nein".

Ce qui n'empêche pas, note Matthieu Rey, les entreprises de pays comme l'Italie et la Bulgarie d'être déjà à pied d'oeuvre pour signer des contrats.

Collectivement, les Européens sont d'autant moins enclins à s'engager que le régime de Damas n'a pas de véritable projet de reconstruction ou d'urbanisme en dehors de ses fiefs, souligne Matthieu Rey.

"Il faut plutôt s'attendre à voir, comme c'est déjà le cas, des projets localisés pilotés par des hommes d'affaires auxquels le régime réclame son pourcentage, entretenant ainsi l'économie de guerre et de prédation qui a assuré sa survie", estime-t-il.

Qu'elle s'appuie sur des principes ou du pragmatisme, la position d'Angela Merkel rejoint celle du président français.

Emmanuel Macron, qui a renoncé dès son arrivée à l'Elysée à exiger le départ de Bachar al Assad comme préalable à toute solution, comme le faisaient ses prédécesseurs, n'en a en effet pas moins estimé, lors d'un discours aux ambassadeurs prononcé fin août à l'Elysée, que le maintien du président syrien au pouvoir serait une "erreur funeste".

"Qui a provoqué ces millions de réfugiés? Qui a massacré son propre peuple?", a demandé le chef de l'Etat, rappelant que les Syriens ont davantage fui les bombes du régime que les massacres du groupe Etat islamique et que l'espoir d'un "retour à la normale" du seul fait de la défaite des djihadistes serait illusoire.

Le souci d'éviter un nouvel afflux de réfugiés comme celui de l'été 2015 et la lutte contre Daech sont, de fait, les seuls marqueurs forts de la politique européenne à l'égard de la Syrie et de ses voisins.

MAIN TENDUE À LA RUSSIE

L'UE a réussi à placer au moins temporairement un couvercle sur ces deux crises: d'abord en concluant à l'initiative de Berlin un accord migratoire avec la Turquie, en mars 2016, puis grâce à la prise de Raqqa, d'où avait été orchestrée la vague d'attentats en Europe, en octobre 2017.

Ces répits risquent cependant d'être temporaires s'ils ne traitent pas les racines du problème - et c'est là que les choses se compliquent pour les Européens tant leur marge de manoeuvre est étroite.

Tenus à l'écart des négociations d'Astana (Russie, Turquie, Iran) qui ont supplanté le processus mort-né de Genève sous l'égide de l'Onu, ils misent sur Moscou, et dans une moindre mesure Ankara, pour revenir dans le jeu.

"La Russie a tellement investi dans la recherche d'une solution diplomatique qu'elle n'a intérêt ni à s'enliser, ni à donner le sentiment de se plier à la ligne dure martelée à Damas", veut croire un diplomate français.

C'était la logique mise en avant par les Européens lors des préparatifs du sommet d'Istanbul, présenté comme un moyen de réduire le risque d'offensive gouvernementale majeure contre la province d'Idlib, qui pourrait jeter trois millions de civils sur les routes de l'exil.

La suite s'écrit encore en pointillés. Après avoir récemment dit souhaiter un "aggiornamento" des relations avec Moscou, "Emmanuel Macron est prêt à aller beaucoup plus loin en matière de politique de main tendue à la Russie", pense Matthieu Rey.

Mais la voie est étroite, d'autant que Vladimir Poutine demande aux Européens de "dépolitiser" la reconstruction, excluant tout lien entre son financement et une transition politique à Damas, voire une réforme de la Constitution syrienne que le gouvernement de Bachar al Assad, conforté par ses succès militaires, refuse d'amorcer.

QUELLE RELATION AVEC LA TURQUIE?

"La difficulté, c'est qu'on ne parle pas le même langage", résume un diplomate en poste à Paris. "L'Union européenne aspire à une stabilité qui nécessite de répondre au moins en partie aux espoirs du peuple syrien, tandis que la Russie veut avant tout définir un nouvel ordre régional et mondial et montrer qu'elle peut le faire à ses conditions."

Difficulté supplémentaire pour les Européens, il leur faut composer avec les ambitions d'autres acteurs, en particulier la Chine qui a commencé à financer des projets de reconstruction, et aux attentes des voisins de la Syrie, comme le Liban ou la Jordanie qui vient de rétablir le commerce transfrontalier.

Le sujet le plus délicat demeure cependant la Turquie, à la fois en termes de contrôle des flux migratoires et de risque de retournement d'alliances.

"L'enjeu de la relation avec la Turquie devrait pousser l'UE à définir sa position sur la Syrie de manière plus globale" alors qu'elle n'a actuellement "aucune vision stratégique", insiste Matthieu Rey.

Dans le cadre de l'accord conclu en 2016, l'UE a débloqué une grosse enveloppe budgétaire pour aider Ankara à "dissoudre" le problème posé par les 3,5 millions de réfugiés syriens vivant sur son territoire, rappelle le chercheur.

Mais l'argent ne fait pas tout et alors qu'Emmanuel Macron a voulu mettre fin à "l'hypocrisie" d'une adhésion de la Turquie à l'UE, certains observateurs estiment bien réel le risque de voir Ankara céder aux sirènes de Moscou, qui cherche à l'attirer hors de l'Otan. Ou à celles de Pékin, qui rêve d'en faire une tête de pont entre l'Asie et l'Europe et pourrait mettre à profit ses difficultés économiques actuelles pour renforcer son influence.

(Édité par Marc Joanny et Henri-Pierre André)

reuters.com

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