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UE: Manfred Weber, de la Basse-Bavière au rôle de "Spitzenkandidat"

reuters.com

Publié le 08 novembre 2018 à 12:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:19

Ue: manfred weber, de la basse-baviere au role de "spitzenkandidat"

Ue: manfred weber, de la basse-baviere au role de "spitzenkandidat"

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par Gilbert Reilhac

STRASBOURG (Reuters) - Manfred Weber, désigné jeudi "Spitzenkandidat", candidat à la présidence de la Commission européenne, par le Parti populaire européen (PPE), la grande formation de centre-droit à Strasbourg, met en avant ses racines bavaroises autant que son attachement à l'Europe pour être couronné à Bruxelles.

Mais ses espoirs de succéder à Jean-Claude Juncker, un autre PPE, après les élections européennes de mai 2019, pourraient être contrariés par la volonté d'Emmanuel Macron de constituer une puissante force centriste capable de déjouer la manoeuvre.

Peu connu hors d'Allemagne, ce député européen élu depuis 2004 à Strasbourg, où il préside depuis quatre ans le groupe du PPE, joue de son ancrage dans une Bavière conservatrice pour se poser en médiateur au sein d'une Union européenne minée par la montée des mouvements populistes.

"Quand je suis chez moi, en Bavière, les gens me disent 'S'il vous plait, reconnectez l'Europe avec nos préoccupations'", dit-il dans une vidéo postée sur son site.

"Je veux maintenir l'Europe unie, je me considère comme un bâtisseur de ponts", ajoute cet homme de 46 ans qui dénonçait, lors du lancement de sa candidature, le 5 septembre, les "fractures au sein de l'Union".

Marié, sans enfant, Manfred Weber souligne son attachement à la famille, à la foi catholique et son goût pour la musique : la trompette dont il jouait à l'église, puis la guitare, dans les bals de village de sa Bavière.

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S'il atteignait son but, Manfred Weber serait le premier Allemand à présider la Commission européenne depuis Walter Hallstein, qui inaugura la fonction entre 1958 et 1967.

PAS D'EXPÉRIENCE GOUVERNEMENTALE

La candidature de cet ingénieur de formation, né à Niederhatzkofen en Basse-Bavière, a créé la surprise, tant en raison d'une absence de toute expérience gouvernementale que d'une personnalité a priori réservée, voire timide.

Vice-président de la CSU, l'Union chrétienne sociale, alliée droitière, à Berlin, de la CDU (Union chrétienne démocrate) d'Angela Merkel, Manfred Weber a su jouer les médiateurs dans les relations tendues entre les deux partis, notamment sur la question des migrants.

"C'est un conservateur, mais ce n'est pas un fanatique. Il est pro-européen et a lutté au sein de son parti contre les eurosceptiques qui cherchent à rivaliser avec l'AFD" (Alternative pour l'Allemagne, extrême droite), dit de lui Jo Leinen, eurodéputé social-démocrate allemand.

Considéré comme l'homme de la chancelière au Parlement européen, il a obtenu son soutien pour la Commission européenne comme celui, en France, du président des Républicains, Laurent Wauquiez, qui salue un "ami".

"Manfred Weber me paraît être le candidat le plus en phase avec ce qu'attendent nos concitoyens", affirme Franck Proust, président de la délégation française du PPE à Strasbourg, pour qui il offre une alternative entre les "populistes" et "l'illusion macronniste".

Le candidat allemand pourrait cependant pâtir des tiraillements engendrés, jusqu'au sein de sa famille, par une attitude ambiguë vis-à-vis du Premier ministre hongrois Viktor Orban, membre du PPE, un des chefs de file des eurosceptiques en Europe ciblé par Emmanuel Macron comme "nationaliste".

Critiqué par la Commission européenne pour son refus d'accueillir des réfugiés et ses atteintes à l'Etat de droit, le président du Fidesz (Union civique hongroise) n'a été lâché par Manfred Weber que le 12 septembre dernier, une semaine après qu'il eut déclaré sa candidature.

LE SOUTIEN EMBARRASSANT D'ORBAN

Le Bavarois a indiqué qu'il voterait en faveur d'une résolution du Parlement européen demandant au Conseil d'ouvrir une procédure de sanction contre la Hongrie, sans pour autant donner de consigne de vote à son groupe.

Le 18 octobre dernier, Viktor Orban, qui garde sa place au sein du PPE, faisait savoir qu'il soutenait la candidature de Manfred Weber.

"C'est une de ses faiblesses. On va l'attaquer là-dessus", souligne Jo Leinen.

Si le PPE obtient une majorité relative lors des élections, comme le laissent entendre les sondages, rien ne dit pourtant que son candidat sera fait roi pour succéder à Jean-Claude Juncker, qui a été le premier "Spitzenkandidat" en 2014 pour occuper le poste le plus important de l'UE.

Certains chefs d'Etat et de gouvernement, dont Emmanuel Macron, refusent en effet que le choix du candidat leur soit dicté par les députés européens, bien que ceux-ci disposent d'un droit de veto par le biais d'un vote de confiance sur la Commission tout entière, leur "arme nucléaire".

Au sein d'un hémicycle où l'importance des groupes pro-européens devrait encore se réduire au profit des eurosceptiques, la nécessité des alliances pourrait par ailleurs donner plus que jamais aux formations centristes un rôle décisif dans le choix du prochain président de la Commission.

C'est précisément le calcul d'Emmanuel Macron, qui entend constituer à Strasbourg autour de La République en marche un pôle progressiste et pro-européen qui bousculerait la domination des deux plus grands groupes, le PPE et le S&D (Socialistes et démocrates), afin de pouvoir choisir en toute liberté le chef de l'exécutif européen.

Michel Barnier, un Français du PPE qui assume actuellement le rôle crucial de négociateur en chef pour le Brexit, a fait savoir qu'il n'était pas candidat au rôle de "Spitzenkandidat" en raison du calendrier de nomination fixé par sa formation, qui l'empêche de concourir tant qu'un accord n'aura pas été atteint.

Mais l'histoire de l'Union européenne est jalonnée de coups de théâtre et seuls les résultats des élections du 26 mai 2019 détermineront les rapports de forces pour la Commission.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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