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La TribuneDépêches

Entre Pétain et carburant, semaine d'"itinérance" mouvementée pour Macron

reuters.com

Publié le 10 novembre 2018 à 16:54 - Mis à jour le 10 novembre 2018 à 17:00

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PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron achève ce week-end une "itinérance mémorielle" et politique mouvementée qui l'aura conduit dans 11 départements en sept jours et aura été marquée par l'annonce de la panthéonisation de la France combattante de 14-18, la polémique Pétain et la grogne sur les carburants.

"Il a rencontré tout au long de son chemin des colères, nous savions parfaitement que ça se passerait comme ça, ce ne sont pas des territoires qui ont voté pour Emmanuel Macron", tempère-t-on dans son entourage où l'on se félicite d'avoir "brisé la vitre qui sépare traditionnellement le politique du peuple".

Retour sur les principaux moments de ce périple qualifié d'"inédit" par l'Elysée et que le chef de l'Etat, malmené dans les sondages, terminera dimanche à Paris sous l'arc de Triomphe en présence d'une soixantaine de dirigeants étrangers.

JOUR 1 - DEBUSSY, BEETHOVEN ET EUROPA-PARK

Sous les voûtes de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, il fait déjà nuit dimanche quand s'élèvent les premières notes des "Nocturnes" de Claude Debussy, interprété par 80 musiciens de l'orchestre symphonique de l'Académie supérieure de la ville.

Au premier rang, Emmanuel Macron et le président allemand Frank-Walter Steinmeier et leurs épouses assistent à ce concert "sur le thème de la paix européenne et du retour de l'Alsace-Moselle à la France". C'est le coup d'envoi symbolique de l'itinérance dans l'est et le nord de la France.

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Premier signe du grand écart entre sujets politique et économique et volet mémoriel qui rythmera son déplacement, une rencontre est organisée en marge du concert entre Emmanuel Macron et Roland et Michael Mack les dirigeants d'Europa-Park, le deuxième parc d'attraction européen.

Au menu des discussions, le projet d'extension de leur parc sur le sol français et la mise en place d'un téléphérique reliant les deux sites au-dessus du Rhin. "C'est la consécration d'un vrai projet franco-allemand qui créera des milliers d'emplois !", se félicite Emmanuel Macron sur Twitter.

JOUR 2 - HONNEURS AUX POILUS ET AU REBOND ÉCONOMIQUE

Sous la brume automnale, des anciens combattants et de militaires, dont certains portent des copies d'uniformes "bleu horizon" des Poilus de 14-18, patientent en attendant le chef de l'Etat à Morhange (Moselle) pour une cérémonie d'hommage.

Quelque 27.000 soldats français ont été tués au cours de la seule journée du 22 août 1914, dans cette ville où l'armée française a connu sa première grande défaite. Le chef d'état-major des armées, le général Lecointre, évoque le "désastre" tout en insistant sur le "redressement" de l'armée jusqu'à la victoire.

Quelques heures plus tard, le chef de l'Etat rend un vibrant hommage lors du forum économique "Choose Grand Est", à un autre redressement - celui d'un département et d'une région qui "au cours de l'Histoire ont toujours su trouver la force de rebondir".

"Au total, en trente ans, plus de 200.000 emplois industriels ont été détruits ici, dans ces terres du Grand Est" mais "à chaque fois ces territoires ont su se relever, à chaque fois l'économie de cette région s'est aussi redressée", souligne-t-il dans l'abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson.

JOUR 3 - PANTHÉONISATION ET PREMIÈRES INTERPELLATIONS

"Au moment où nous célébrons ce centenaire de la fin de la Grande Guerre, au moment où la voix des témoins s'est éteinte pour toujours, il est incompréhensible que ceux de 14 ne figurent pas au Panthéon".

Attendue, l'annonce de la panthéonisation de la France combattante 14-18 et de celle de l'écrivain de la Grande Guerre Maurice Genevoix est officialisée lors d'un discours aux Eparges, théâtre d'une bataille éponyme.

La cérémonie permet à Emmanuel Macron de mettre une nouvelle fois en garde, à six mois des élections européennes, contre le retour des conflits en Europe et à lancer un appel à se montrer "digne" des Poilus en préservant la paix sur le continent.

Quelques heures plus tard, changement d'ambiance. Dans les rues de Verdun (Meuse), le chef de l'Etat est interpellé, parfois avec virulence, sur les prix du carburant et la hausse de la CSG qui l'accusent "d'écraser les gens".

"Quand vous faites un cadeau d'un côté, vous le reprenez de l'autre", lui a notamment reproché un homme. "Le carburant, c'est pas bibi !", a répliqué Emmanuel Macron.

A Reims dans la soirée, où le chef de l'Etat commémore avec son homologue malien la mémoire des combattants africains de la Grande Guerre, quelques "gilets jaunes", qui appellent à bloquer le pays le 17 novembre pour protester contre la hausse du prix des carburants, lancent des "Macron démission" au passage du convoi présidentiel.

JOUR 4 - "MACRON DÉMISSION", ET POLÉMIQUE PÉTAIN

Les mêmes cris accueillent le chef de l'Etat le lendemain dans les rues de Charleville-Mézières où a été délocalisé le conseil des ministres. "Président des riches", "vous êtes un escroc" : Emmanuel Macron fait face à plusieurs habitants remontés. Il est dans le même temps soutenu par d'autres l'appelant à "tenir bon".

"Je continuerai, je sais qu'il y a des gens qui râlent mais je tiendrai bon, ne vous inquiétez pas", leur répond le chef de l'Etat. Face à une assistante maternelle de 57 ans qui lui confie "souffrir beaucoup" avec "les taxes et les impôts" et lui annonce qu'elle manifestera le 17 novembre, il appelle à ne pas "agréger des choses qui n'ont rien à voir".

Dans la matinée, la visite du chef de l'Etat à l'usine Renault de Maubeuge (Nord), où de nouveaux investissements ont été annoncés, a été perturbée par un syndicaliste Sud qui a interrompu le discours d'Emmanuel Macron, qui en réponse a défendu point par point la politique du gouvernement.

Une scène minimisée par le chef de l'Etat. "Je n'ai jamais été à me protéger, à calfeutrer les choses à être derrière les services d'ordre. Je n'ai jamais pensé que c'était facile".

L'itinérance? "C'est un vrai bonheur, je suis très heureux. Je capte plein de choses, plein de messages, plein d'enseignements dont je ferai mon miel, je vois ce qui fonctionne, ce qui n'est pas compris, ce qui ne va pas assez vite. Je viens au contact, je viens expliquer".

Expliquer ... quitte à semer la confusion. Ses déclarations sur le maréchal Pétain, qu'il juge légitime d'honorer dans le cadre d'un honneur collectif aux maréchaux de la Grande Guerre, font l'effet d'une bombe en pleine semaine de commémorations et obligent Elysée et membres du gouvernement à monter au créneau et multiplier les déclarations parfois contradictoires.

JOUR 5 - "JE PAYE MA TOURNÉE"

"A la vôtre, donc je paye ma tournée". Un verre à la main, Emmanuel Macron fait face à une cinquantaine d'habitants présents dans un bar PMU de Bully-les-Mines (Pas-de-Calais), une ville où 59% de habitants ont voté pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle 2017.

Pendant trente minutes, le chef de l'Etat répond aux questions sur le pouvoir d'achat, les retraites, le carburant et la formation des jeunes. "Je sais que les temps sont durs (...) mais j'ai besoin de vous", lance-t-il. S'il s'en défend, cette étape comme d'autres au cours de la semaine prend des allures de meeting de campagne à six mois des élections européennes.

Sur le terril de Loos-en-Gohelle, dans un bassin minier sensible aux discours du Front national, il met ainsi en garde contre des "réponses démagogiques", une semaine après la publication d'un sondage dans lequel le FN devance pour la première fois le tandem La République en marche-MoDem dans les intentions de vote pour les européennes.

JOUR 6 - TENDRE ACCOLADE ET "PASSIONS TRISTES" À COMPIÈGNE

Le moment est "historique", souligne-t-on à l'Elysée. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un chef d'Etat français et une chancelière allemande se retrouvent à la clairière de Rethondes, près de Compiègne, où ont été signés les armistices de 1918 et de 1940. Les mines graves, Emmanuel Macron et Angela Merkel passent en revue des soldats de la brigade franco-allemande avant de dévoiler une plaque commémorative et d'échanger une tendre accolade.

"Ce que nous devons" à "ceux qui sont morts par millions dans la barbarie", c'est "de continuer inlassablement de construire la paix", souligne Emmanuel Macron. "Si nous voulons être à la hauteur de ce que ces combattants d'alors disaient, à savoir 'plus jamais ça', c'est de ne rien céder aux passions tristes, aux tentations de la division".

(Marine Pennetier, édité par Myriam Rivet)

reuters.com

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