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Quand les technologies volent au secours de la biodiversité

reuters.com

Publié le 26 décembre 2018 à 10:14 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:08

Quand les technologies volent au secours de la biodiversite

Quand les technologies volent au secours de la biodiversite

AMIR COHEN

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Tangi Salaün

PARIS (Reuters) - C'est un cylindre de la taille d'une grosse pile, concentré de technologie conçu par la start-up française Sigfox, référence mondiale des objets connectés, pour être inséré dans la corne d'un rhinocéros, suivre ses déplacements et contribuer ainsi à protéger du braconnage cette espèce menacée d'extinction.

A l'instar de ce capteur testé depuis trois ans dans une réserve au Zimbabwe, de nombreuses expérimentations sont menées, en Afrique ou ailleurs, par des acteurs tels que Cisco, Google ou Microsoft pour mettre les nouvelles technologies, l'intelligence artificielle et l'internet des objets (Internet of Things, IoT) au service de la conservation.

Des ONG comme le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), l'Institut Jane Goodall ou le WWF intègrent depuis des années ces outils dans leur stratégie de protection de la faune et de l'environnement, que ce soit pour lutter contre le braconnage, préserver les écosystèmes et la biodiversité ou limiter les conflits entre l'homme et les animaux sauvages.

Caméras-pièges, capteurs acoustiques ou infrarouges, traqueurs, détecteurs de mouvements, drones... La panoplie d'objets connectés potentiellement utiles à la conservation est aussi vaste que les moyens de télécommunications disponibles: satellite, Wi-Fi, réseau privé LTE/4G, réseaux à bas débit Sigfox ou LoRa reliés à un "cloud".

Pour les gestionnaires de parcs, la difficulté est de concilier l'inventivité presque sans limite des développeurs avec les contraintes d'un terrain rustique, de moyens limités et de personnels souvent mal voire pas du tout formés. Et de résister ainsi à la tentation de se lancer dans une "course à l'armement" technologique alors que sur le continent africain, 80% des réserves sont sous-financées, et qu'au niveau mondial, à peine un quart d'entre elles sont considérées comme bien gérées.

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FACILITÉ D'UTILISATION ET ROBUSTESSE

"Seules les technologies vraiment utiles, peu coûteuses, faciles d'utilisation et robustes peuvent représenter une solution efficace", souligne Geoffroy Mauvais, coordinateur du Programme pour les aires protégées d'Afrique & Conservation de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui a supervisé une mission menée dans le parc de la Pendjari, au Bénin, par l'ONG britannique Smart Earth Network et la start-up française Eridanis, spécialistes de l'IoT.

Sur un marché "de niche" comme celui de la conservation, "les solutions technologiques qui se développeront sont celles qui peuvent être utilisées ailleurs que dans les parcs", poursuit-il en plaidant pour la mise en place d'une forme d'autorité scientifique qui canaliserait efforts et moyens au bénéfice des solutions les plus efficaces.

C'est le calcul qu'a fait Sigfox, dont les capteurs conçus pour les rhinocéros trouvent, sous des formes différentes, des applications dans de multiples domaines allant du suivi des bagages dans les aéroports à l'assistance aux chercheurs en Antarctique. Le tout en utilisant le réseau à bas débit que la start-up est en train de déployer dans le monde entier. (voir 3 QUESTIONS À Ludovic Le Moan, cofondateur et dirigeant de Sigfox)

"L'enjeu de l'IoT, c'est de rendre les données du monde physique plus faciles à extraire, à partager et à exploiter", résume Marion Moreau, qui pilote la Fondation Sigfox, consacrée aux causes humanitaires et environnementales. "Le but n'est pas de remplacer les acteurs de terrain, mais de faciliter leur travail en regroupant les informations sur une plateforme en ligne qui devient une aide à la décision."

LUTTE CONTRE LE BRACONNAGE

Le capteur prototype développé dans le cadre du projet "Now Rhinos Speak" ("Maintenant les rhinocéros parlent"), en collaboration avec plusieurs ONG spécialisées, dont Save the Rhino International, permet de suivre l'animal, de savoir quand il approche d'une zone identifiée comme particulièrement dangereuse en raison de précédents cas de braconnage, et d'avertir aussitôt les rangers chargés de le protéger.

Il peut être combiné à d'autres capteurs d'alerte, disposés sur les clôtures de la réserve par exemple, et à des traqueurs qui permettent de géolocaliser en temps réel les équipes d'intervention.

Le réseau Sigfox, qui fonctionne avec un protocole radio spécifique, apporte selon Marion Moreau beaucoup plus de garanties en matière de sécurité que les colliers GPS utilisés jusqu'à présent. "Le capteur ne se 'réveille' que quand il doit transmettre une donnée, ce qui le rend impossible à intercepter par les braconniers", dit-elle.

Autres avantages mis en avant par Sigfox: un objet miniaturisé (le collier GPS d'un éléphant pèse une quinzaine de kilos), beaucoup moins énergivore, puisqu'il n'émet pas en continu, et donc à l'autonomie bien plus grande. "Nous nous sommes fixés comme contrainte une autonomie de trois ans et un coût plafonné à 30 dollars par capteur", précise Marion Moreau.

Pour démocratiser l'usage de ces objets, la Fondation Sigfox prévoit de "libérer la solution" en rendant les modes d'emploi libres d'accès sur internet d'ici quelques mois.

ASSOCIER LES POPULATIONS LOCALES

Sigfox va dans le même temps entamer une collaboration avec l'Institut Jane Goodall, qui fait figure de pionnier en matière d'utilisation des nouvelles technologies et de "crowdsourcing" dans le domaine de la conservation. (voir ENCADRE)

Il ne s'agit pas cette fois d'équiper les chimpanzés chers à la primatologue britannique de capteurs, mais de participer, avec d'autres acteurs comme la Nasa américaine, à un ambitieux programme de préservation des écosystèmes et de développement durable sur un vaste territoire de l'ouest de la Tanzanie.

"Il est essentiel d'associer les habitants à la préservation de leur propre environnement", a rappelé Jane Goodall lors d'une visite à Paris la semaine dernière. "La technologie fournit des outils très précieux, mais elle ne peut pas faire le travail seule. La clé, c'est l'implication des communautés", a-t-elle déclaré à Reuters.

Ce constat, l'IFAW l'a aussi dressé au Kenya, où le projet tenBoma développé en collaboration avec le Kenya Wildlife Service (KWS) et les populations locales a permis, selon l'ONG, de réduire de 90% le braconnage des éléphants dans le parc de Tsavo en cinq ans.

"Nous avons élaboré un écosystème technologique sophistiqué mais qui reste très simple pour les utilisateurs en première ligne", a souligné Faye Cuevas, vice-présidente d'IFAW, en présentant ce mois-ci à Paris ce projet visant à renforcer la coordination et l'efficacité des services luttant contre la criminalité organisée.

"L'analyse poussée des données nous permet d'identifier les 'hotspots' du braconnage et de concentrer les moyens humains dans ces zones. Les signaux d'alerte remontant du terrain nous permettent d'intervenir avant que les braconniers ne passent à l'acte", a expliqué à Reuters cette ancienne officier de l'armée américaine.

RÉDUIRE LES CONFLITS HOMME-ANIMAL

Malgré un passé d'analyste de drone, Faye Cuevas a fait le choix de ne pas utiliser ces outils de surveillance fragiles et onéreux - les plus performants coûtent jusqu'à 250.000 euros - pour privilégier "l'implication des communautés locales et des instruments d'alerte très simples", comme un logiciel installé sur un smartphone.

Un choix en partie dicté par le fait que les parcs kényans, comme beaucoup d'autres en Afrique, ne sont pas clôturés et que les animaux s'aventurent souvent à l'extérieur. Situation qui, comme c'est le cas avec les ours ou les loups en France, génère des conflits avec les villageois qui perdent bétail ou récoltes.

Le souci de réduire les conflits homme-faune est aussi au coeur de la vision de Wildlife 3D Tracking (W3DT), une association dont l'ambition est de "faire renaître l'art ancestral du pistage grâce aux nouvelles technologies", en exploitant les progrès spectaculaires en matière de vision artificielle en 3D, de morphométrie et de statistique.    "W3DT travaille sur la création d'un programme informatique qui pourra être utilisé sous forme d'application de smartphone par n'importe quel citoyen afin de récolter et d'analyser les traces de n'importe quelle espèce animale - ou encore humaine - en 3D", explique son fondateur, l'ingénieur et zoologue belge Antoine Marchal.

Grâce à cet outil développé en Afrique du Sud, l'ONG espère par exemple éviter que des attaques de chiens errants ne soient injustement attribuées à des prédateurs sauvages, entraînant leur persécution. Mais aussi permettre l'identification des empreintes laissées par les braconniers et leurs chiens et faciliter ainsi les poursuites judiciaires, qui demeurent aujourd'hui encore le gros point noir de la lutte contre le braconnage, malgré les progrès des analyses ADN.

(édité par Henri-Pierre André)

reuters.com

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