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Les démocrates face à la tentation du coup de barre à gauche

reuters.com

Publié le 13 février 2019 à 12:51 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:57

Les democrates face a la tentation du coup de barre a gauche

Les democrates face a la tentation du coup de barre a gauche

Kristina Barker

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Pierre Serisier

PARIS (Reuters) - Si les Midterms n'offrent pas un indicateur fiable pour l'élection présidentielle américaine, la victoire remportée en novembre par les démocrates traduit une volonté de féminisation et de rajeunissement politique tout autant qu'une tentation de donner un solide coup de barre à gauche face à Donald Trump.

A mesure que les candidatures se dévoilent, les trois grandes familles du parti de l'âne se reconstituent, laissant augurer des primaires incertaines et des difficultés à forger un message simple face au slogan "Keep America Great" déjà lancé par les républicains.

Selon les enquêtes d'opinion, les électeurs démocrates privilégient pour l'instant la ligne centriste incarnée par l'ancien vice-président Joe Biden.

"Oncle Joe" est l'homme de la continuité des présidences de Barack Obama et de Bill Clinton. Il occupe l'espace médian de l'éventail partisan, se voulant capable de parler à tous le monde, républicains et indépendants compris.

Face à lui, a émergé une frange fermement libérale que le sénateur du Vermont Bernie Sanders avait portée avec un certain succès pendant les primaires de 2016 et qui a conduit à un renouvellement des élus lors des élections de mi-mandat.

Outre Sanders et la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, de jeunes parlementaires comme Kamala Harris (Californie) ou Cory Booker (New Jersey) se sont engouffrés par cette porte ouverte.

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Leurs revendications se concentrent sur l'élargissement de l'assurance santé (Medicare) - certains prônant une sécurité sociale à l'européenne - et sur la justice fiscale avec un taux marginal d'imposition de 70% en réaction à la réforme imposée fin 2017 par Trump : les 1% les plus riches vont économiser 60 milliards d'impôts en 2019.

Entre ces deux familles, se dessinent des candidatures du milieu avec Kirsten Gillibrand, sénatrice de l'Etat de New York, et Amy Klobuchar, sénatrice du Minnesota, qui devraient être rejointes par le sénateur de l'Ohio, Sherrod Brown.

"Ce sont des candidats qui n'effraient pas la classe ouvrière et qui donnent des gages à gauche", note Corentin Sellin, professeur d'histoire et spécialiste des Etats-Unis.

"Ces candidatures vont suivre une ligne pragmatique et réaliste", ajoute l'enseignant. "Elles prennent en compte les électeurs du Midwest et expriment la nécessité de faire campagne auprès des cols bleus de la Rust Belt (ndlr, l'arc industriel de Detroit à Baltimore) captés par Trump en 2016."

PARLER À LA WORKING CLASS BLANCHE

Ces lignes de partage idéologiques vont de doubler de lignes de partage géographiques : on risque de voir s'opposer des candidats du centre du pays (les pragmatiques) et les candidats des littoraux est et ouest (les libéraux).

Le grand enseignement de la déroute de 2016 est que parler aux minorités, aux jeunes et aux classes moyennes diplômées ne suffit pas pour remporter la présidentielle. Il est impératif de s'adresser à l'électorat blanc populaire, à cette autre partie du pays qui a eu le sentiment d'être oublié par les démocrates.

Ce sera un des enjeux majeurs de la primaire pour la sénatrice de Californie Kamala Harris, qui réussit pour l'instant la meilleure entrée en lice de tous les prétendants à l'investiture (elle possède les plus importants bailleurs de fonds et les appuis les plus puissants, elle peut compter sur le soutien d'Hollywood et les élus de Californie à la Chambre des représentants n'ont pas tardé à se ranger derrière elle).

Idéologiquement très à gauche, elle va tenter de ringardiser ses adversaires directs, Bernie Sanders et Elizabeth Warren durant la primaire, mais elle ne pourra jamais gommer le fait qu'elle vient de cet Etat libéral qui n'a plus grand-chose à voir avec le Midwest.

"Il y a un risque à choisir une candidate d'Hollywood. Kamala Harris pourrait apparaître comme la Hillary Clinton de la côte Ouest, incapable de parler à la working class blanche", note Corentin Sellin.

"A cela s'ajoute, le danger d'un positionnement très à gauche pendant la primaire avant un recentrage, si elle est investie, pendant la campagne présidentielle. Elle pourrait donner l'impression de manquer de sincérité. Exactement comme ce fut le cas pour Mitt Romney chez les républicains en 2012", rappelle l'historien.

LE PAYS EST PRÊT POUR UNE PRÉSIDENTE

Cette inclinaison vers la gauche risque de dégager un espace pour une candidature indépendante au centre que Donald Trump appelle de ses voeux afin d'affaiblir son adversaire démocrate.

Elle fournirait également un thème de campagne facile à décliner pour le président, celui de la menace du socialisme. Il a déjà donné un aperçu de la manière dont il entend se servir de cet argument lors de son discours sur l'état de l'Union faisant un de ces raccourcis dont il est friand entre les revendications de certains démocrates et la situation au Venezuela.

"Les démocrates ont compris qu'il fallait voter pour quelqu'un capable de répondre au protectionnisme proposé par Trump, quelqu'un qui pense à la classe ouvrière. D'autant que le premier état des primaires est l'Iowa, un Etat de la Rust Belt. On va tout de suite être dans la thématique industrielle", note Corentin Sellin.

"Il leur faut jouer le contraste face à Trump, choisir un candidat expérimenté face à un homme imprévisible et quelqu'un qui a beaucoup d'énergie. 2016 a montré la faiblesse d'Hillary Clinton souffrant d'une fatigue physique", rappelle-t-il.

L'hypothèse d'une candidature féminine est forte, malgré l'échec de Clinton. "Le pays est prêt", juge Corentin Sellin. "En 2016, il n'était pas contre le fait d'avoir une femme. Il était contre cette femme-là en particulier."

En terme de communication et après le mouvement MeToo, il y a une carte à jouer en choisissant avec soin le ticket présidentiel. "Certaines femmes se disent, il faut que cela arrive. Je veux voir cela de mon vivant", explique l'historien.

Comme lors des Midterms, c'est peut-être à nouveau l'électorat féminin éduqué qui détiendra une des clés du scrutin.

(édité par Henri-Pierre André)

reuters.com

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