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Finkielkraut injurié, enquête ouverte, un suspect identifié

reuters.com  |   |  763  mots
Injures contre alain finkielkraut, le parquet ouvre une enquete[reuters.com]
(Crédits : Benoit Tessier)

PARIS (Reuters) - Le parquet de Paris a ouvert dimanche une enquête au lendemain des insultes dont l'essayiste Alain Finkielkraut a été l'objet en marge d'une manifestation des "Gilets jaunes" à Paris.

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé sur Twitter qu'"un suspect, reconnu comme le principal auteur des injures" avait été identifié par les services de police.

L'enquête du parquet est ouverte du chef d'"injure publique en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion, par parole, écrit, image, ou moyen de communication au public par voie électronique".

La classe politique a exprimé son indignation après la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux montrant le philosophe et académicien violemment conspué, samedi, par des manifestants.

Sur ces images, on peut voir Alain Finkielkraut faire face à l'hostilité de plusieurs manifestants dont certains, revêtus d'un gilet jaune, profèrent des insultes telles que "sale sioniste de m...", "sale raciste", "sale race", accompagnées de sifflets nourris. Selon Yahoo Actualités, qui a fait circuler l'une de ces vidéos, la scène s'est produite boulevard du Montparnasse, dans le sud de Paris.

"Les injures antisémites dont il a fait l'objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation", a réagi samedi Emmanuel Macron via Twitter.

"NI UNE VICTIME NI UN HÉROS"

Dans une interview au Parisien Dimanche, Alain Finkielkraut dit s'être approché par curiosité du défilé, qu'il a croisé par hasard, sans avoir l'intention de se joindre aux manifestants.

"J'ai été obligé de fuir de peur qu'ils me cassent la gueule et je pense que ça aurait pu mal tourner mais je n'ai pas été traumatisé, car un cordon de police s'est vite interposé", raconte-t-il au quotidien.

L'essayiste précise ne pas vouloir porter plainte et a souligné dimanche matin sur LCI n'être "ni une victime ni un héros", s'interrogeant sur les ressorts de cette agression. Il a notamment évoqué une "rhétorique islamiste".

Dans Le Parisien Dimanche, il estime que les personnes qui l'ont insulté étaient "un mélange de gens des banlieues, de l'extrême gauche et peut-être aussi des 'soraliens'", proches de l'essayiste d'extrême droite Alain Soral. "Ça m'étonnerait que ce soit des 'Gilets jaunes' d'origine car je suis un des seuls intellectuels à avoir soutenu le mouvement à ses débuts".

Alain Finkielkraut avait apporté son soutien aux "Gilets jaunes" avant de déplorer, dans un entretien au Figaro publié vendredi, la tournure des événements du fait notamment de l'"arrogance" affichée selon lui par les chefs de file.

Des personnalités telles que Thomas Guénolé, membre de La France insoumise, l'avocat Jean-Pierre Mignard, proche de François Hollande et ancien responsable du comité d'éthique de La République en marche durant la campagne de 2017, ou encore l'humoriste Yassine Belattar, nommé par Emmanuel Macron au sein du Conseil présidentiel des villes, minimisent sur Twitter la portée de l'agression et mettent en cause certaines des positions d'Alain Finkielkraut, "apologue du conflit".

"ON ATTAQUE LA RÉPUBLIQUE"

"Conscient de l'instrumentalisation de l'antisémitisme, je crois aussi qu'il ne faut jamais laisser passer le racisme. Autour de #Finkielkraut, il y avait aussi des #GiletsJaunes qui voulaient le défendre et s'opposer à l'attaque. Je suis avec eux", a réagi dimanche sur Twitter le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a dénoncé une "tentative d'infiltration du mouvement (...) par l'extrême gauche antisémite" et réclamé des "condamnations exemplaires".

L'incident s'est déroulé sur fond de recrudescence des faits antisémites, qui ont augmenté l'an dernier de 74% en France, passant de 311 en 2017 à 541 en 2018, après deux années de baisse, selon le gouvernement.

"Quand on insulte un juif, on attaque et on insulte la République", a affirmé dimanche le porte-parole du gouvernement dans le cadre du "Grand Jury" RTL-Le Figaro-LCI.

"Ce n'est pas uniquement lié - personne ne peut raisonnablement considérer cela - aux 'Gilets jaunes' (...) mais force est de constater qu'à l'intérieur de ces cortèges, de manière minoritaire, vous avez des éléments d'extrême gauche ou d'extrême droite qui font preuve [d']antisémitisme", a dit Benjamin Griveaux.

Il a ajouté se refuser à "faire l'amalgame" avec les "Gilets jaunes" mais a déploré que la foule témoin des agressions verbales contre Alain Finkielkraut soit restée "bien silencieuse".

(Sophie Louet avec Simon Carraud)