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Macron provoque la colère des partenaires sociaux

reuters.com  |   |  650  mots
Macron provoque la colere des partenaires sociaux[reuters.com]
(Crédits : Pool New)

PARIS (Reuters) - Les responsables syndicaux et patronaux ont unanimement rejeté le procès en irresponsabilité intenté contre eux par Emmanuel Macron après l'échec de la négociation sur l'assurance chômage.

C'est l'exécutif qui est responsable de cet échec pour avoir fixé des objectifs irréalistes, ont-ils répondu en choeur, en dénonçant une nouvelle tentative d'affaiblissement des corps intermédiaires alors que la colère des "Gilets jaunes" perdure.

"On est dans un drôle de système tout de même où chaque jour dans le pays, on dit 'corps intermédiaires, démocratie territoriale, démocratie sociale, laissez-nous faire' et quand on donne la main, on dit 'pardon Monsieur, c'est dur, reprenez-la", a dit le président jeudi.

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a rapidement répliqué que "rechercher des boucs émissaires peut être tentant à court terme mais contreproductif pour l'avenir".

"La démocratie sociale a souvent prouvé son efficacité et sa responsabilité lorsqu'elle n'est pas soumise à des lettres de cadrages impossibles, menant sciemment une négociation dans l'impasse", a-t-il ajouté sur Twitter.

Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, est allé dans le même sens. "La lâcheté, c'est quand l'Etat fixe toutes les règles mais veut faire assumer les décisions par les autres !", a-t-il écrit vendredi sur Twitter.

En cause, les exigences de l'exécutif, qui a pressé les partenaires sociaux de trouver 3 à 3,9 milliards d'euros d'économies, les forçant à réduire des droits des demandeurs d'emploi et de pénaliser le recours "abusif" aux contrats courts par des mécanismes rejetés par les entreprises.

"La main n'a été ni donnée, ni tendue", a jugé Fabrice Le Saché, vice-président du Medef.

Même colère au syndicat CFE-CGC, dont le secrétaire général confédéral Alain Giffard a jugé que "nous avons affaire à des irresponsables !"

DÉNIGRER LES INTERMÉDIAIRES N'EST PAS SANS RISQUE

Le président de l'organisation patronale CPME, François Asselin, souligne lui aussi la responsabilité de l'exécutif, "son immixtion permanente" et ses "messages contradictoires", dans un entretien au quotidien L'Opinion publié vendredi.

Mais il juge aussi que les partenaires sociaux "ont démontré leur incapacité à faire prévaloir l'intérêt général sur leurs propres intérêts". "La négociation interprofessionnelle, comme on l'a connue, est morte", ajoute-t-il, en appelant patronat et syndicats à "rebâtir un nouveau contrat social".

L'échec de la négociation place Emmanuel Macron et Edouard Philippe dans une situation délicate en les poussant à clarifier leur politique, au risque d'attiser les tensions et de fragiliser leur programme de réformes.

Les partenaires sociaux ayant refusé de résoudre une équation explosive politiquement, l'exécutif devra assumer des choix qu'il sait impopulaires mais qu'une partie au moins de ses équipes juge indispensables.

S'exprimant au côté du président jeudi, le Premier ministre a confirmé la tenue de quatre réunions thématiques "la deuxième semaine de mars" avec les organisations syndicales, patronales et les associations d'élus dans le cadre du "grand débat national" organisé en réponse à la crise des "Gilets jaunes".

L'objectif sera que "ce qu'on appelle parfois les corps intermédiaires (...) puissent dire et exprimer leurs positions en commun pendant le grand débat", a précisé Edouard Philippe.

"Ceux qui croient que les partenaires sociaux, comme les dinosaures, sont appelés à disparaître, feraient bien de passer la tête à la fenêtre et de regarder dehors", ajoute François Asselin dans l'entretien à L'Opinion. "Ils constateraient que sortir d'un mouvement comme celui des 'Gilets jaunes' est difficile lorsqu'il n'y a personne pour se mettre autour de la table face aux pouvoirs publics."

Les "Gilets jaunes" appellent quant à eux à une quinzième journée de mobilisation samedi.

(Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)