Libye: Paris aurait bloqué une communication de l'UE condamnant Haftar
reuters.com

La france bloque un communique de l'ue condamnant haftar
Esam Al-Fetori
reuters.com

La france bloque un communique de l'ue condamnant haftar
Esam Al-Fetori
BRUXELLES/PARIS (Reuters) - La France s'est opposée mercredi à la publication d'un communiqué de l'Union européenne demandant au maréchal Khalifa Haftar, dont les forces tiennent l'est de la Libye, de stopper l'offensive militaire qu'il a lancée pour s'emparer de la capitale Tripoli, ont déclaré des sources diplomatiques.
L'information a été démentie par Paris.
Consulté par Reuters, le projet de communiqué stipulait que l'offensive de l'Armée nationale libyenne (ANL) d'Haftar "menaçait la population civile, perturbait le processus politique et pourrait provoquer une escalade des tensions avec de sérieuses conséquences pour la Libye et la région dans son ensemble, notamment une menace terroriste".
Selon plusieurs sources diplomatiques, la France s'y serait opposée via un processus qui permet à chaque Etat membre de l'UE de formuler des objections. L'Union européenne va désormais s'atteler à la rédaction d'un nouveau projet de communiqué, en espérant parvenir à un consensus.
"On a fait des commentaires hier soir comme ça arrive toujours sur les déclarations européennes (...) mais on n'a absolument pas empêché son adoption", a assuré jeudi une source diplomatique française à Reuters.
"Nous n'avons pas remis en cause la mention de l'attaque militaire de l'ANL contre la capitale et le danger qu'elle implique pour la population civile", a-t-elle précisé. "On a rajouté une mention de la situation des migrants et des réfugiés et on a noté qu'on était inquiets de la participation aux combats de groupe qualifiés comme terroristes par les Nations unies pour faire face à Haftar".
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Selon cette source, la France a également demandé de rajouter "une mention issue du G7" appelant à "reprendre une discussion politique sur les bases posées à Paris en mai 2018, Palerme en novembre 2018 et Abou Dhabi en 2019."
DIVERGENCES ENTRE PARIS ET ROME
La résolution de la crise politique et sécuritaire en Libye, plongée dans le chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, est source de divergences entre membres de l'Union européenne et de crispations récurrentes entre la France et l'Italie, ancienne puissance coloniale.
L'offensive surprise du maréchal Haftar, qui a fait selon l'Onu plusieurs milliers de déplacés, a fait ressurgir ces lignes de fractures et ravivé les critiques contre Paris, qui comme Le Caire et Abou Dhabi, est accusé de soutenir l'homme fort de l'Est libyen.
Réagissant aux informations faisant état d'un blocage français, le vice-président du Conseil italien et ministre de l'Intérieur Matteo Salvini a estimé que ce serait "très grave" si Paris "pour des raisons économiques ou commerciales, bloquait une initiative européenne visant à rétablir la paix en Libye et si elle soutenait un parti qui combat".
Déplorant les divergences sur la Libye, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a exhorté mercredi les pays de l'Union européenne à parler d'une seule voix.
Paris et Rome ont des "intérêts divergents" dans ce dossier, or "nous avons besoin de plus d'unité, nous avons besoin de parler d'une seule voix en tant qu'Européens, mais malheureusement, les Européens sont divisés sur ce dossier", a-t-il déclaré.
(Gabriela Baczynska et Francesco Guarascio à Bruxelles, John Irish à Paris avec Marine Pennetier, et Giselda Vagnoni à Rome, édité par Yves Clarisse)
reuters.com