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Incertitude après l'élection de Zelenski à la présidence ukrainienne

reuters.com  |   |  552  mots
Incertitude apres l'election de zelenski a la presidence ukrainienne[reuters.com]
(Crédits : Valentyn Ogirenko)

par Andrew Osborn et Matthias Williams

KIEV (Reuters) - L'élection triomphale de Volodimir Zelenski, un comédien de 41 ans sans aucune expérience politique, à la présidence ukrainienne ouvre une période d'incertitude dans un pays confronté à la rébellion prorusse du Donbass et qui a voulu marquer sa défiance envers la classe politique traditionnelle.

Après dépouillement de 99% des suffrages, la commission électorale centrale a annoncé que Zelenski avait recueilli dimanche 73% des voix, infligeant une cinglante humiliation au président sortant Petro Porochenko, 53 ans, au pouvoir depuis juin 2014 et qui se présentait comme un rempart contre l'"agression" russe et un champion de l'identité ukrainienne.

L'Occident, la Russie et les milieux d'affaires se retrouvent aujourd'hui face à l'énigme Zelenski, qui se dit fier de ne pas être un "politicien" et dont le programme politique reste assez flou.

Le scrutin a été suivi de près par les chancelleries occidentales qui ont pris fait et cause pour l'Ukraine dans son conflit avec Moscou. L'hypothèse d'un retour de Kiev dans le giron russe semble écartée mais, ignorant tout de Zelenski, elles redoutent d'avoir affaire à une personnalité imprévisible.

Outre la lutte contre la corruption, Zelenski a promis de relancer des pourparlers de paix qui sont au point mort avec les séparatistes prorusses qui tiennent la région du Donbass et de respecter les engagements vis-à-vis du Fonds monétaire international, qui a octroyé sous conditions plusieurs milliards de dollars à l'Ukraine.

Pour Oleksi Kondrachov, un fonctionnaire qui habite à Kiev, les électeurs ont plus voté contre Porochenko que pour Zelenski. "Peu importe qui était face à Porochenko au second tour, les gens avaient décidé de sortir le sortant", a-t-il dit.

UN VOTE CONTRE POROCHENKO

Volodimir Zelenski doit en grande partie sa popularité à la série télévisée à succès "Serviteur du peuple", dans laquelle il incarne un professeur d'histoire devenu chef de l'Etat qui se joue des bassesses de politiciens corrompus et d'hommes d'affaires véreux.

"Je ne suis pas encore officiellement président mais en tant que citoyen ukrainien, je peux dire à tous les pays de l'ex-Union soviétique de nous regarder. Tout est possible!", a déclaré Zelenski dimanche soir à son quartier général de campagne.

Mais il pourrait avoir du mal à tenir ses promesses face à un Parlement où les partisans de Porochenko restent très puissants. Les prochaines élections législatives doivent avoir lieu en octobre.

Le président américain Donald Trump a téléphoné à Zelenski et a réaffirmé le soutien des Etats-Unis à l'intégrité territoriale de l'Ukraine, cinq ans après l'annexion de la Crimée par la Russie.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a félicité le peuple ukrainien pour sa "maturité démocratique".

Le Kremlin a dit respecter le choix du peuple ukrainien tout en jugeant prématuré de parler d'une possible coopération avec Volodimir Zelenski.

Pour le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, toutefois, il existe peut-être une chance, à la suite de cette élection, d'améliorer des relations économiques russo-ukrainiennes aujourd'hui "ravagées".

(Avec Pavel Polityuk, Natalia Zinets, Andrei Makhovsky, Polina Ivanova, Margaryta Chornokondratenko à Kiev, Anastasia Teterevleva à Moscou, Steve Holland à Washington et Foo Yun Chee à Bruxelles; Henri-Pierre André, Tangi Salaün et Guy Kerivel pour le service français)