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Elections décisives pour l'avenir de l'Union européenne

reuters.com  |   |  835  mots
Elections decisives pour l'avenir de l'union europeenne[reuters.com]
(Crédits : Hannah Mckay)

par Alastair Macdonald

BRUXELLES (Reuters) - Les Européens sont appelés aux urnes de jeudi à dimanche, selon les pays, pour renouveler le Parlement de Strasbourg, dont la composition n'influencera pas seulement l'orientation de la politique de Bruxelles pendant les cinq prochaines années mais aussi celle de la construction européenne dans son ensemble.

En 2014, les 400 millions d'électeurs européens - ou pour être exact les 40% d'entre eux qui avaient voté - avaient octroyé deux fois plus de sièges aux partis nationalistes hostiles à l'Union européenne (UE) que dans la législature précédente.

Les eurosceptiques l'avaient notamment emporté au Royaume-Uni, ouvrant la voie au référendum sur le Brexit de 2016, dont le résultat favorable à la sortie de l'UE a ébranlé les fondations de la construction européenne.

Cinq ans plus tard, les enquêtes d'opinion prédisent une nouvelle poussée des partis nationalistes ou hostiles au fédéralisme européen, même si ceux-ci devraient peiner à dépasser 20% des sièges au Parlement.

D'autant que tous ne sont pas à la fête, à l'instar du Parti de la liberté (FPÖ) en Autriche après le scandale qui a emporté l'ancien vice-chancelier Heinz Christian Strache (), ou la coalition entre la Ligue et le Mouvement 5-Etoiles (M5S) en Italie, tiraillée par les querelles intestines et le manque de résultats économiques.

Malgré les encouragements sans précédent prodigués par le président américain Donald Trump aux mouvements populistes européens et les polémiques incessantes sur la politique migratoire de l'UE, les partis favorables à une action collective sur des sujets communs comme le commerce, la sécurité, les migrations ou la lutte contre le changement climatique devraient donc continuer à dominer le Parlement.

VAGUE NATIONALISTE?

L'Europe se prépare à commémorer deux événements qui ont façonné le destin commun de l'UE: les 75 ans du Débarquement en Normandie qui a précipité la fin de la Seconde Guerre mondiale, et les 30 ans de la chute du mur de Berlin qui a ramené les pays de l'Est dans la sphère européenne.

Mais le souvenir des guerres et des souffrances passées ne suffit plus à soutenir le projet européen, comme l'a reconnu cette semaine le bientôt ex-président de la Commission Jean-Claude Juncker, lors d'une visite à Vienne.

"Tous ceux qui vont voter doivent se demander à quoi ressemblerait l'Europe si tout le monde votait de la même façon", a déclaré le dirigeant luxembourgeois en mettant en garde contre les conséquences d'une vague nationaliste plus importante que prévu.

Evoquant "l'élection la plus importante depuis 1979" pour l'UE, Emmanuel Macron a appelé de son côté à la formation d'une "coalition plus large" au Parlement, dépassant le clivage actuel entre les deux grands blocs, conservateur et social-démocrate, qui devraient sortir affaiblis du scrutin.

"On a besoin dans le monde actuel d'une Europe plus unie et plus forte. Et tous les mouvements politiques qui sont favorables à cela doivent demain gagner, ensuite travailler ensemble", dit le président français dans une interview publiée mercredi par le journal belge Le Soir.

Emmanuel Macron est bien placé pour mesurer la menace, La République en Marche étant donnée au coude-à-coude avec le Rassemblement national (RN).

L'INCONNUE DU BREXIT

Selon les sondages, c'est un allié du parti de Marine Le Pen, la Ligue du ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, qui pourrait compter le plus d'élus au Parlement européen, détrônant l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière allemande Angela Merkel.

Matteo Salvini a multiplié ces dernières semaines les attaques contre les règles budgétaires européennes qui ont obligé le gouvernement italien à revoir sa copie, un chiffon rouge pour l'Allemagne et d'autres pays du Nord.

La Pologne et la Hongrie, où des partis eurosceptiques sont au pouvoir, devraient aussi envoyer à Strasbourg un important contingent d'élus hostiles à l'approfondissement de la construction européenne - même s'ils divergent avec les nationalistes des pays de l'Ouest de l'Europe sur d'autres points, comme les relations avec la Russie.

La capacité des eurosceptiques à peser sur les politiques européennes pourrait paradoxalement être liée à l'avenir du Royaume-Uni, premier à voter jeudi alors que ses 73 élus ne siègeront peut-être jamais si le Brexit se matérialise d'ici à la session inaugurale du Parlement en juillet.

Le parti du Brexit de Nigel Farage y est donné largement en tête et son dirigeant a promis de mener la vie dure aux à Bruxelles si le Royaume-Uni ne sort finalement pas de l'UE.

Une fois l'ensemble des résultats connus dimanche soir s'ouvrira une autre bataille, celle de la désignation du successeur de Jean-Claude Juncker et des autres dirigeants de l'UE. Ce n'est qu'à son terme qu'il sera possible de mesurer pleinement les nouveaux rapports de force et l'ampleur de la recomposition éventuelle du paysage politique européen.

(Tangi Salaün pour le service français)