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La radicalisation inégalement répartie dans la fonction publique

reuters.com  |   |  863  mots

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le phénomène de la radicalisation islamiste touche peu les armées et les forces de sécurité mais reste un phénomène mal mesuré, sinon mal contrôlé, dans les transports publics, l'université, la santé et le sport, estiment les auteurs d'un rapport parlementaire rendu public mercredi.

"Le personnel des forces armées (...) paraît dans notre pays à l'abri, pour l'instant, de toute radicalisation notable", écrivent les députés Eric Poulliat (La République en marche) et Eric Diard (Les Républicains), selon qui il en va de même dans la police, la gendarmerie, les sapeurs-pompiers et dans l'Education nationale.

La Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) surveille "quelques cas présentant des signaux faibles et ne montrant pas de dangerosité immédiate", précisent-ils, tout en invitant à "ne pas baisser la garde".

Ils rappellent qu'un ancien militaire radicalisé a été arrêté aux abords de la base d'Évreux le 5 mai 2017 alors qu'il menait des préparatifs d'attentat.

Les anciens militaires ayant rejoint les filières du djihad sont une trentaine. C'est aussi le nombre de policiers et de gendarmes faisant l'objet d'un suivi pour radicalisation, selon le ministère de l'Intérieur. A quoi s'ajoutent une quinzaine de signalements à la préfecture de police de Paris.

Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a pour sa part fait état mardi sur CNews de cas de radiation pour radicalisation manifeste - "Je l'ai déjà fait", a-t-il dit.

"Ça ne veut pas dire que nous avons porté remède à tout mais ça veut dire qu'aujourd'hui nous sommes à l'offensive. Nous ne sommes pas en train de subir passivement cela", a-t-il ajouté.

"ZONES D'OMBRE"

Selon le rapport, les services relevant de la justice, de la sécurité civile et des affaires étrangères paraissent également "relativement prémunis contre la radicalisation de leurs agents" de même que ceux de l'administration pénitentiaire, malgré leur exposition à la radicalisation de centaines de détenus.

Selon l'administration pénitentiaire, moins d'une dizaine de ses agents sont ainsi inscrits au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Le syndicat UFAP-UNSA Justice fait pour sa part état d'une trentaine d'agents signalés, dont certains fichés "S".

Les auteurs du rapport s'inquiètent en revanche de contrôles moins stricts en ce qui concerne les polices municipales et la sécurité privée. "La généralisation du criblage à l'ensemble des métiers de sécurité et de souveraineté apparaît aujourd'hui nécessaire", écrivent-ils.

Ils estiment que des zones d'ombres persistent également dans les transports publics, où "la radicalisation doit faire l'objet d'une attention particulière".

Ils notent une forte augmentation des demandes d'enquête de transporteurs, de 314 en 2017 à 702 en 2018 (+223%).

La RATP a reçu 124 avis négatifs sur 5.808 dossiers transmis au Service national des enquêtes administratives de sécurité (Sneas) et plus d'une centaine d'agents des aéroports parisiens de Roissy et Orly, titulaires d'un badge donnant accès aux zones "réservées", sont régulièrement suivis pour radicalisation.

Pour les auteurs du rapport, le communautarisme constaté dans certains dépôts de la RATP doit aussi faire l'objet de "la plus grande attention".

Ils constatent par ailleurs une "politique de prévention et de détection de la radicalisation encore peu développée au sein du service public de santé" et dans les universités.

RADICALISATION EN MILIEU SPORTIF

Interrogée par Europe 1, la ministre de la Santé, Agnès Buzin, a dit ne pas avoir de "signal d'alerte" sur des cas dans le monde hospitalier - "Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en a pas mais ça ne doit pas être un phénomène de grand ampleur."

Enfin, pour les auteurs du rapport, la radicalisation semble progresser en milieu sportif, où elle est encore "insuffisamment mesurée et contrôlée".

Dès 2015, une note du Service central du renseignement territorial (SCRT) signalait que des salles de sport et des équipes recrutaient "principalement, voire uniquement, au sein de la communauté musulmane", accordaient des facilités pour prier, banissaient la mixité et devenaient un lieu de prosélytisme "au profit de l'islam" et d'aguerrissement.

"La radicalisation des encadrants est particulièrement dangereuse, compte tenu de l'influence que ceux-ci peuvent avoir, notamment auprès des plus jeunes", soulignent les auteurs du rapport, pour qui "toute la mesure n'a pas été prise de la gravité de la radicalisation dans le milieu sportif".

Ils recommandent d'étendre les enquêtes administratives de sécurité aux éducateurs sportifs et plaident pour un retrait plus systématique des subventions quand une association ou un club cautionne une radicalisation en son sein.

De façon générale, ils recommandent d'élargir le champ de compétences du SNEAS, y compris en matière de transports, de distribution d'eau et d'énergie, et de renforcer ses moyens. Ils plaident aussi pour une extension des enquêtes administratives de sécurité aux membres de la famille des candidats à un emploi.

(Avec Marine Pennetier et Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse)