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Brexit : L'UE rejette l'alternative au "backstop" de Boris Johnson

reuters.com  |   |  773  mots
L'ue recuse l'alternative au backstop proposee par boris johnson[reuters.com]
(Crédits : Francois Lenoir)

par Gabriela Baczynska

BRUXELLES (Reuters) - Le président du Conseil européen Donald Tusk estime que la proposition présentée lundi par Boris Johnson ne constitue pas "une alternative réaliste" à la clause de sauvegarde telle qu'elle a été approuvée en novembre par les négociateurs britanniques et européens sur le Brexit.

Cette clause de sauvegarde ou "backstop" est destinée à éviter en derniers recours le retour à une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande une fois consommé le divorce entre Londres et Bruxelles.

Le Premier ministre britannique, qui a adressé une lettre à Donald Tusk dont le contenu a été publié lundi par ses services, pose l'abandon de cette clause comme condition préalable à la discussion d'un accord entre le Royaume-Uni et l'UE.

"Le 'backstop' est une assurance destinée à éviter une frontière physique sur l'île d'Irlande en attendant qu'une alternative soit trouvée", écrit Donald Tusk sur Twitter.

"Ceux qui sont contre le 'backstop' et ne proposent pas d'alternatives réalistes sont en réalité favorables au rétablissement d'une frontière, même s'ils ne l'admettent pas."

Boris Johnson juge que cette clause, qui cristallise l'opposition des "Brexiters" à l'accord négocié par Theresa May, porte atteinte à la souveraineté britannique.

Il propose de la remplacer par des dispositions alternatives d'ici la fin de la période de transition destinée à gérer en douceur la sortie britannique du bloc communautaire.

"PAS DE SOLUTION OPÉRATIONNELLE"

Les commentaires du président du Conseil européen font écho à la position de la Commission européenne qui a répété mardi que la clause de sauvegarde était le seul moyen d'empêcher le retour d'une frontière physique en Irlande, supprimée depuis les accords de paix du Vendredi Saint en 1998.

"La lettre ne fournit pas de solution opérationnelle légale pour empêcher le retour d'une frontière physique sur l'île d'Irlande", a déclaré Natasha Bertaud, porte-parole de la Commission européenne, lors d'un point de presse.

"Notre position sur le 'backstop' est bien connue (...) C'est le seul moyen identifié jusqu'à présent par les deux parties pour honorer cet engagement."

L'Union européenne veut s'assurer que la seule frontière terrestre entre le bloc communautaire et le Royaume-Uni ne devienne pas un lieu de transit pour l'entrée frauduleuse de biens sur le marché européen.

L'Irlande, soutenue dans sa position par Bruxelles, estime qu'un retour à une frontière "dure" risque de ranimer les tensions communautaires en Irlande du Nord qui ont duré pendant plus de trois décennies.

"NOS AMIS ET PARTENAIRES SONT UN PEU NÉGATIFS"

Johnson, qui a promis que le Brexit aurait lieu "coûte que coûte" le 31 octobre, tente de relancer une campagne pour l'abandon du 'backstop', clause qui hérisse les partisans du Brexit car elle prévoit le maintien du Royaume-Uni dans une union douanière communautaire le temps que soit trouvée une solution à la question de la frontière irlandaise.

Réagissant au refus de Bruxelles, Johnson a répété quelle était la position de son gouvernement : entamer une nouvelle négociation sur les conditions du Brexit.

"Il est clair qu'à défaut d'une réouverture de l'Accord de retrait et un abandon du 'backstop', il n'y a aucune chance d'un accord", ont fait savoir les services du 10 Downing Street. "Nous sommes prêts à négocier, de bonne foi, une solution de remplacement du backstop".

Pour Boris Johnson, les Européens, par leur refus, semblent démontrer qu'ils pensent réellement que la Chambre des communes aura les moyens de bloquer le Brexit.

"Nos amis et partenaires sont un peu négatifs, mais je pense que nous y arriverons", a ajouté le chef du gouvernement britannique, attendu mercredi à Berlin pour des entretiens avec la chancelière allemande Angela Merkel et le lendemain à l'Elysée où il sera reçu par Emmanuel Macron.

Les Brexiters font valoir que le "backstop" entravera pendant des années la capacité de la Grande-Bretagne à conclure des accords commerciaux.

Cette question de la clause de sauvegarde a été le principal point qui a fait échouer les trois tentatives menées par l'ancienne Première ministre Theresa May de faire approuver par la Chambre des communes l'Accord de retrait conclu en novembre.

Un porte-parole du gouvernement finlandais a déclaré mardi que le Premier ministre Antti Rinne avait réaffirmé dans un entretien téléphonique avec Boris Johnson que l'Accord de retrait ne pouvait pas être rouvert.

(Gabriela Baczynska avec Kylie MacLellan à Londres; Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français)