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Dominic Cummings, le conseiller de Johnson qui inquiète les conservateurs modérés

reuters.com

Publié le 05 septembre 2019 à 19:54 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:17

Dominic cummings, le conseiller de johnson qui inquiete les conservateurs moderes

Dominic cummings, le conseiller de johnson qui inquiete les conservateurs moderes

Hannah Mckay

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Andy Bruce et Elizabeth Piper

LONDRES (Reuters) - L'ancien Premier ministre britannique John Major a ajouté son nom jeudi à la liste des personnalités du Parti conservateur inquiètes du rôle que joue auprès de Boris Johnson son conseiller spécial Dominic Cummings, ancien directeur de la campagne du Vote Leave lors du référendum de juin 2016.

John Major, qui a voté il y a trois ans pour le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, s'est également ému du projet de Johnson de suspendre les travaux du Parlement à partir de la semaine prochaine et pour plus d'un mois. "Je ne peux pas croire qu'aucun autre Premier ministre - de Pitt à Disraeli, de Churchill à Thatcher - aurait ne serait-ce qu'envisagé une telle action", a-t-il dit.

La patte de Dominic Cummings est visible dans les initiatives de Boris Johnson depuis son arrivée au 10, Downing Street, le 24 juillet dernier. La stratégie adoptée par Johnson sur le dossier du Brexit - le Royaume-Uni, répète-t-il en boucle, sortira "coûte que coûte" de l'UE, avec ou sans accord, le 31 octobre - porte clairement sa marque.

Deux sources interrogées par Reuters dans les semaines ayant suivi l'investiture de Boris Johnson ont confirmé que la menace d'un "No Deal", un divorce brutal sans accord, était un plan conçu par Cummings pour forcer les Européens à un compromis sur l'accord négocié par Theresa May mais jamais ratifié par le Parlement britannique. Et à rejeter sur le bloc communautaire l'entière responsabilité d'un probable échec à définir un nouvel arrangement.

Mais cette approche a débouché cette semaine sur une crise ouverte au sein du Parti conservateur. Vingt-et-un députés tories, dont Kenneth Clarke, doyen de la Chambre des communes, et Nicholas Soames, petit-fils de Winston Churchill, ont été exclus du parti pour s'être alliés aux anti-No Deal et avoir voté contre Johnson. L'ex-ministre des Finances Philip Hammond a lui aussi été victime de cette "purge".

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ANARCHISTE

Chef d'un gouvernement conservateur entre 1990 et 1997, John Major a déclaré jeudi que les parlementaires tories semblaient désormais n'avoir plus d'autre utilité que de "répéter comme des perroquets les opinions d'un Premier ministre sous l'influence d'un anarchiste politique".

Cet "anarchiste", dans l'esprit de Major, c'est Dominic Cummings, l'architecte de la victoire des partisans du Brexit au référendum du 23 juin 2016, l'inventeur du slogan "Take back control" (reprendre le contrôle) qui ornait le fameux bus rouge des Brexiters, de la promesse de verser chaque semaine 350 millions de livres au système de santé publique (NHS) et non plus à l'UE. Et dont Boris Johnson, avec qui il travaillait durant la campagne référendaire, a fait son principal conseiller.

"Nous avons déjà vu par le passé des conseillers trop puissants. C'est un scénario familier qui se termine toujours mal", a poursuivi John Major dans un discours prononcé devant la Confédération de l'industrie britannique à Glasgow.

"Je donne un conseil amical au Premier ministre: qu'il se débarrasse de ces conseillers avant qu'ils n'empoisonnent l'atmosphère politique de façon irréparable. Et qu'il le fasse vite", a-t-il ajouté.

La présence de Cummings dans le premier cercle entourant Boris Johnson est source d'inquiétude pour d'autres figures du Parti conservateur. Ainsi, Philip Hammond l'avait indirectement visé le mois dernier en évoquant ces personnes qui "tirent les ficelles à Downing Street, ceux qui sont en train de mettre en place cette stratégie".

Vendredi dernier, le Financial Times se faisait l'écho de tensions entre Boris Johnson et son ministre des Finances, Sajid Javid, "furieux" que Cummings ait fait limoger son conseiller presse.

CONTRÔLE ET CONFIDENTIALITÉ

Agé de 47 ans, Cummings, stratège politique, auteur d'essais et d'articles multiples, s'exprime rarement en public.

"Faites confiance au peuple", a-t-il dit jeudi à Reuters alors qu'on lui demandait si le Royaume-Uni quitterait l'UE le 31 octobre.

Début 2017, sur son blog, il réfutait les arguments de ceux qui le présentent comme un idéologue ne s'intéressant guère à l'économie ou à la vie des gens. "Je n'ai jamais été un homme de parti. Je ne suis pas un Tory, un libertarien, un 'populiste' ou je ne sais quoi d'autre. Je poursuis des projets que je pense utiles."

Son retour dans le premier cercle du pouvoir efface un de ses regrets: s'être accordé du temps libre après la victoire au référendum de 2016. Dans l'intervalle, écrit-il encore sur son blog, le gouvernement que dirigeait alors Theresa May a "tout bousillé".

L'influence prêtée à Dominic Cummings s'apparente à celle de Steve Bannon auprès de Donald Trump dans les premiers temps du mandat du président américain ou de Martin Selmayr auprès de Jean-Claude Juncker, le président sortant de la Commission européenne.

Sur son blog, il a fait la promotion d'un essai sur Vladislav Sourkov, le conseiller de Vladimir Poutine, que des politologues russes considèrent comme un expert dans l'art de faire diversion et de détourner l'attention de l'opinion publique des sujets graves par des manoeuvres relevant du théâtre politique.

Cummings aime travailler en circuits restreints et fermés.

En 2016, l'équipe travaillant au QG de la campagne Vote Leave était limitée à 40 à 50 personnes. Les décisions stratégiques étaient prises dans un groupe ne dépassant pas les 10-15 membres, rappelle un ancien membre de la campagne. "Il exerce un contrôle serré sur tout, il est très discipliné et les gens doivent rester dans la ligne", poursuit-il.

Cummings, en adepte du secret et de la confidentialité et soucieux d'éviter toute fuite au sein du gouvernement, reconnaît lui-même, toujours sur son blog, qu'il avait trois agendas différents lors de son passage au sein du premier gouvernement de David Cameron comme conseiller spécial de Michael Gove, alors ministre de l'Education (2011-2014).

Le premier renfermait ses projets véritables, moins d'une dizaine de personnes y avaient accès. Les sujets sensibles étaient exclus du second qui n'était cependant pas accessible aux conseillers du 10, Downing Street. L'entourage du Premier ministre avait seulement accès au troisième; tout ce qui était important, écrit-il, "en était absent afin de les laisser dans le noir".

Lorsque Cummings quitte le ministère en 2014, David Cameron le traite de "psychopathe de carrière".

"Je n'ai pas de haine contre Cameron, je ne le respecte pas, ce qui est différent", réplique-t-il.

(Henri-Pierre André pour le service français)

reuters.com

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