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Le Mont Saint-Michel, île quasi déserte au temps du coronavirus

reuters.com

Publié le 21 avril 2020 à 11:07 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:39

Le mont saint-michel, ile quasi deserte au temps du coronavirus

Le mont saint-michel, ile quasi deserte au temps du coronavirus

PASCAL ROSSIGNOL

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par Elizabeth Pineau

LE MONT SAINT-MICHEL, Manche (Reuters) - Le confinement imposé par l'épidémie de coronavirus a transformé le Mont Saint-Michel, où affluent chaque année des millions de visiteurs, en île dépeuplée livrée au chant des oiseaux et à la prière d'une dizaine de religieux à son sommet.

Merveille d'architecture médiévale inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, monument parmi les plus visités de France, le village perché sur un rocher où culmine une abbaye surmontée de la statue dorée de Saint-Michel est à l'arrêt.

Le long sa grand' rue pavée, la cinquantaine d'échoppes - musées, hôtels, cafés, restaurants et magasins de souvenirs - a cessé toute activité mi-mars comme dans le reste du pays, laissant place aux cris des goélands, choucas et autres merles, surveillés par quelques chats, qui volètent de toits en échauguettes le long des remparts déserts.

Ça et là, un empilement de chaises, une casquette abandonnée rappellent l'intense activité touristique qui caractérise le Mont, dont plus de 20.000 visiteurs franchissent chaque jour l'arche de pierre de l'entrée en haute saison - 2,3 millions en tout l'an dernier.

"Le Mont Saint-Michel se repose mais au niveau économique c'est quand même un peu triste parce que le mont amène quand même une certaine ambiance, c'est très cosmopolite", dit Yan Galton, qui s'apprête à laisser son fauteuil de maire de la commune, où il est élu depuis plus de 20 ans.

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Le Mont vide, "ça me rajeunit, car je l'ai connu comme ça autrefois quand j'étais gamin. Avec mon épée en bois, je jouais à Ivanhoé et j'avais tout le château pour jouer, c'était formidable", raconte celui qui a connu le rocher avant le début de la frénésie touristique, dans les années 1980.

En ce printemps ensoleillé, le Mont ressemble aux cartes postales qui patientent dans les boutiques, sans le flot de touristes amenés par navettes en provenance de la côte.

Au pied du pont-levis, une pelle barre la porte de la célèbre auberge La Mère Poulard. La grande cheminée où cuisent les omelettes au lard à 40 euros prisées jusqu'au Japon a refroidi. Sur une table gisent les vestes blanches des serveurs du lieu qui peut servir 600 couverts par jour.

"L'ensemble de nos collaborateurs ont été fauchés dans leur élan professionnel durant un week-end et c'est 250 personnes du jour au lendemain qu'il a fallu accompagner pour vivre au mieux ce confinement et surtout le chômage partiel", dit à Reuters Eric Bellon, directeur général de La Mère Poulard.

Le groupe, qui réalise plusieurs millions d'euros de chiffre d'affaires mensuel, compte une dizaine de restaurants, quatre sandwicheries, six hôtels, trois musées et un centre d'affaires.

GALETTES ET MARINIÈRES INVENDUES

Marc Yreux, propriétaire de trois boutiques de souvenirs, s'inquiète lui aussi pour ses 20 salariés.

"Si je perds la saison de l'été qui commence pour nous dès le mois d'avril, je ne sais pas comment je vais arriver à régler les gens. C'est pas au mois de novembre que je vais récupérer mon chiffre d'affaires", dit le commerçant devant les étals de boules à neige, boîtes de galettes au beurre et marinières invendues.

Parmi la trentaine d'habitants du Mont figurent une dizaine de religieux des Fraternités de Jérusalem - cinq moines et six moniales - qui résident dans l'abbaye où les offices attirent souvent des centaines de fidèles.

"Notre quotidien reste le même : notre vie est rythmée par la prière, par le travail, des choses toutes simples. Ce quotidien ne change pas mais c'est la manière de vivre qui est totalement différente", dit soeur Eve-Marie dans le petit jardin fleuri. "Nous on aime beaucoup les gens, la vocation de notre communauté c'est la prière au coeur du monde". Les visiteurs absents, "on prie pour un monde qu'on ne voit plus", ajoute la moniale.

Dans la salle du réfectoire dont la fenêtre donne sur la baie, frère Philippe abonde.

"Le mont sans son grouillement, c'est quand même un autre endroit, ce n'est pas très naturel. On se dit qu'il y a quelque chose qui ne va pas, on pourrait penser qu'une bombe est tombée mais ce n'est pas une bombe, c'est un virus", dit-il. "Jamais, dans les crises que l'on a connues, on a empêché les gens de prier entre eux."

Dans un lieu aussi prisé et exigu que le Mont Saint-Michel, où certaines ruelles pentues font moins d'un mètre de large, le déconfinement imposera de nouveaux comportements.

Masques, couverts jetables, menu unique, marquage et organisation de la circulation dans les restaurants et les magasins, la réflexion est en cours pour les commerçants. Objectif : "être au rendez-vous si c'est dans trois semaines, dans un mois ou dans deux mois", dit Eric Bellon, impatient de voir le site reprendre vie.

"Le Mont Saint-Michel c'est comme le tour de France, c'est comme un aéroport, c'est du monde partout. Et même s'il y a la queue, c'est être en vacances, ne pas être seul, vaquer sur le port, manger une glace... ça fait partie du folklore."

(Edité par Jean-Michel Bélot)

reuters.com

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