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Loukachenko réélu avec près de 80% des voix, selon un sondage officiel

reuters.com  |   |  679  mots
Loukachenko brigue un nouveau mandat en bielorussie, ou l'opposition presente un front uni[reuters.com]
(Crédits : Pool)

MINSK (Reuters) - Le président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans, se dirige vers une large réélection, 79,7% des électeurs lui ayant apporté leur suffrage, montre un sondage officiel.

Déjà contestés, ces résultats ont provoqué des manifestations réprimés par la force et une dizaine de personnes ont été arrêtées, a constaté un journaliste de Reuters.

Alexandre Loukachenko affrontait Svetlana Tikhanouski qui portait les couleurs de l'opposition qui présentait un front uni.

Cette ancienne professeur d'anglais est sortie de l'ombre après l'arrestation au mois de mai de son mari, le blogueur Sergueï Tikhanouski, qui s'était porté candidat et dont elle a repris le flambeau.

Lors de la campagne, elle a créé la surprise, attirant des foules rarement vues en Biélorussie depuis l'éclatement de l'Union soviétique et réussissant à unir autour d'elle d'autres figures de l'opposition.

Après avoir voté, il a qualifié de rumeurs et d'accusations fantaisistes les craintes de répression exprimées par certains. Tikhanouskaïa et les siens, a-t-il dit, ne constituent pas une menace. "Ils ne sont même pas dignes qu'on mène une répression contre eux", a dit Loukachenko.

Mais l'ancien directeur de kolkhoze, âgé de 65 ans, pourrait être confronté après le scrutin à une nouvelle vague de manifestations contre la situation économique dégradée et sa gestion de la crise sanitaire et pour les droits civiques.

Des médias locaux ont rapporté que des places de Minsk avaient été fermées et que la présence de soldats était signalée aux abords de la capitale. Des perturbations ont par ailleurs affecté des réseaux sociaux.

D'après des associations de défense des droits de l'homme, quelque 1.300 personnes ont été arrêtées récemment sur fond de durcissement de l'attitude des autorités.

Outre l'époux de Svetlana Tikhanouskaïa, deux autres candidats ont été ainsi écartés du scrutin: le banquier Viktor Babariko, arrêté et inculpé de malversations financières en juin dernier, et l'ancien ambassadeur Valery Tsepkalo, qui s'est réfugié en Russie.

Leurs équipes respectives se sont ralliées à la candidature de Svetlana Tikhanouskaïa, qui promet en cas de victoire de libérer tous les prisonniers politiques et d'organiser des élections libres.

LOUKACHENKO EN GARANT DE LA STABILITÉ

Jamais en un quart de siècle un scrutin en Biélorussie n'a été déclaré libre et équitable par des observateurs étrangers, et la commission électorale interdit à l'opposition de procéder à son propre décompte des voix.

En juillet, la délégation de l'Union européenne de Minsk a déclaré que l'invalidation des candidatures de Babariko et de Tsepkalo "a affaibli l'intégrité globale et la nature démocratique des élections" tandis que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) faisait part de ses inquiétudes.

Se présentant en garant de la stabilité, Loukachenko a accusé ses opposants d'être de mèche avec des soutiens étrangers et s'est défendu en déclarant que la France avec les Gilets jaunes ou les Etats-Unis face au mouvement Black Lives Matter avaient eu recours à une répression bien plus lourde.

"Allez critiquer Trump ou l'absence de démocratie aux Etats-Unis, essayez de le faire en Russie", a-t-il dit lors d'un meeting électoral à Vitebsk. "Nous ne voulons pas qu'on nous dise comment vivre. Nous savons comment faire. Réglez d'abord vos problèmes, et ils sont nombreux."

Dans la dernière ligne droite de la campagne, le pouvoir a largement communiqué sur l'arrestation le 29 juillet dernier près de l'aéroport de Minsk d'un groupe de 33 Russes accusés d'être des mercenaires se préparant à commettre des "actes de terrorisme".

Certains observateurs estiment que leur arrestation pourrait justifier un durcissement de la répression après le scrutin.

"Loukachenko a clairement affiché son intention de conserver le pouvoir à tout prix. La question est de savoir quel sera ce prix", dit le politologue Alexandre Klaskovsky

(Andrei Makhovsky; version française Henri-Pierre André et Nicolas Delame)