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La Russie concentre son offensive sur deux villes de l'est de l'Ukraine

reuters.com  |   |  1131  mots
La russie concentre son offensive sur deux villes de l'est de l'ukraine[reuters.com]
(Crédits : Alexander Ermochenko)

par Pavel Polityuk et Max Hunder

KYIV/KRAMATORSK, Ukraine (Reuters) - L'armée russe a intensifié mercredi son offensive sur deux villes stratégiques du Donbass, région de l'est de l'Ukraine, où les bombardements constants, y compris sur des zones d'habitation, sont meurtriers pour les civils et menacent de couper la dernière route permettant de fuir le secteur, ont déclaré les autorités ukrainiennes.

Après l'échec de ses assauts sur Kyiv, la capitale, et Kharkiv, la deuxième ville d'Ukraine près de la frontière russe, la Russie concentre ses efforts sur la prise des deux provinces du Donbass, Donetsk et Louhansk, dont une partie du territoire est déjà aux mains de séparatistes prorusses depuis 2014.

L'armée russe essaie notamment de piéger les forces ukrainiennes dans une poche sur le front le plus oriental du conflit déclenché par son offensive lancée le 24 février.

A l'extrémité de cette poche se trouvent les villes de Sievierodonetsk et Lyssytchansk, qui se font face le long de la rivière Donets. Leur prise permettrait à la Russie de contrôler intégralement la région de Louhansk, ce qui est désormais l'un de ses objectifs de guerre déclarés.

L'armée russe progresse sur trois directions pour tenter d'encercler les forces ukrainiennes et couper la route principale reliant les deux villes au reste de l'Ukraine, ce qui les priverait ainsi de tout ravitaillement.

La présidence ukrainienne a déclaré mercredi que Sievierodonetsk était la cible d'un feu roulant d'obus de mortier russes.

"Toutes les dernières forces de l'armée russe se concentrent désormais sur cette région (...) l'occupant veut tout détruire là-bas", a dit le président ukrainien Volodimir Zelensky au sujet du Donbass, dans son allocution quotidienne diffusée au cours de la nuit.

Serhiy Gaidai, gouverneur de la région de Louhansk, a déclaré que six civils avaient été tués et au moins huit autres blessés à Sievierodonetsk.

LE SUD DE L'UKRAINE, AUTRE FRONT ACTIF

L'armée ukrainienne affirme avoir repoussé neuf assauts russes mardi dans le Donbass, au cours desquels au moins 14 civils ont été tués sous les bombardements de l'aviation, des lance-roquettes, de l'artillerie, des chars, des mortiers et des missiles russes.

Reuters n'a pas pu vérifier ces affirmations dans l'immédiat mais a constaté les dégâts provoqués par au moins deux missiles sur un atelier de réparation de trains à Pokrovsk, l'une des plaques tournantes des approvisionnements et des évacuations pour la région de Donetsk.

A Kramatorsk, près de la ligne de front, les rues étaient en grande partie désertes tandis qu'à Sloviansk, dans l'ouest du Donbass, de nombreux habitants ont profité de ce que les autorités ukrainiennes ont présenté comme une pause des Russes pour fuir la ville.

"Ma maison a été bombardée, je n'ai plus rien", a dit Vera Safronova, assise dans un train parmi les évacués.

Outre le Donbass, le sud de l'Ukraine, près de la péninsule de Crimée annexée par la Russie en 2014, est aussi un autre front actif.

Les autorités locales ont fait état d'un civil tué et de nombreuses maisons endommagées par des bombardements à Zaporijjia et d'un site industriel détruit par des missiles à Kryvyï Rih.

Dans cette région de l'Ukraine bordant la mer Noire, le conflit empêche les exportations par bateaux des céréales et de l'huile de tournesol ukrainiennes, ce qui contribue à faire grimper les prix alimentaires à travers le monde et menace de provoquer des famines.

La Russie, qui impute à l'Ukraine et à ses soutiens occidentaux cette potentielle crise alimentaire, a déclaré mercredi qu'elle était prête à mettre en place des couloirs humanitaires pour les navires quittant les ports ukrainiens, à condition que les sanctions occidentales prises à son encontre en raison du conflit soient levées.

PÉTROLE ET GAZ ONT RAPPORTÉ $28 MDS À LA RUSSIE EN AVRIL

Cité par l'agence Interfax, Andreï Roudenko, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a déclaré que la résolution de ce problème nécessitait une "approche globale". La Russie est en contact avec les Nations unies et "n'exclut pas la possibilité de pourparlers internationaux pour débloquer les ports ukrainiens", a-t-il ajouté.

Il a aussi jugé prématuré d'établir une base militaire russe dans la région de Kherson, frontalière de la Crimée et contrôlée par les Russes.

Sur les rives de la mer d'Azov, qui se trouve dans le prolongement de la mer Noire, le port de Marioupol fonctionne normalement, a assuré le ministère russe de la Défense, moins d'une semaine après la prise complète de la ville après trois mois de siège et de bombardements dévastateurs.

A l'entame du quatrième mois de conflit, que Moscou présente comme une "opération militaire spéciale", l'armée russe n'a enregistré que des gains limités en Ukraine par rapport aux moyens déployés et aux pertes qu'elle semble avoir subies.

Le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, a affirmé que la Russie progressait lentement de manière délibérée afin d'épargner les civils, des propos qualifiés d'"absolument surréalistes" par Volodimir Zelensky.

Les Etats-Unis, l'Union européenne et leurs alliés ont adopté plusieurs trains de sanctions contre la Russie depuis le début de cette offensive en Ukraine. L'administration du président américain Joe Biden a annoncé mardi qu'elle ne prolongerait pas la dérogation expirant ce mercredi et permettant à la Russie de continuer à rembourser les détenteurs américains d'emprunts d'Etat russes.

Cette décision pourrait théoriquement rapprocher la Russie d'un défaut sur sa dette mais Moscou ne manque pas d'argent. Ses échéances de remboursement sur sa dette pèsent peu face aux revenus tirés du gaz et du pétrole, qui ont atteint 28 milliards de dollars (26,3 milliards d'euros) sur le seul mois d'avril avec le niveau élevé des prix de l'énergie, favorisé par le conflit en Ukraine.

Dans une intervention par liaison vidéo au Forum économique mondial de Davos, Volodimir Zelensky a déclaré que seules des discussions directes avec son homologue russe Vladimir Poutine permettraient de mettre fin au conflit et que la Russie devait pour cela se retirer derrière les lignes en vigueur au 24 février.

"Cela pourrait constituer un premier pas vers des discussions", a-t-il dit.

(Reportage Oleksandr Kozhukhar à Lviv, Pavel Polityuk, Natalia Zinets et Conor Humphries à Kyiv, Vitaliy Hnidiy à Kharkiv et les journalistes de Reuters à Marioupol et Slovyansk, rédigé par Michael Perry et Philippa Fletcher, version française Bertrand Boucey, édité par Jean-Michel Bélot)

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