Croissance : vers un second semestre plus dynamique ?

Par Fabien Piliu  |   |  929  mots
La prévision 2016 de Bercy est-elle atteignable ?
Après un début d’année encourageant, l’activité économique s’est brutalement tassée au printemps. Et après ? Les dernières enquêtes de conjoncture sont mi-figue mi-raisin. La préparation du projet de loi de finances 2016 pourrait s'avérer plus délicate que prévue.

Les sourires se figent à Bercy. Après un premier trimestre dynamique, au cours duquel le PIB a augmenté de 0,7 %, la croissance a stagné au deuxième, surprenant la plupart des économistes et notamment l'Insee qui visait une augmentation de 0,3 % du PIB. En cause ? Le tassement de la consommation des ménages qui est le seul moteur de la croissance, tant que le commerce extérieur et l'investissement restent dans le rouge. En effet, en dépit d'une hausse de 0,4 % en juin, la consommation a reculé de 0,1 % entre avril et juin. La production industrielle a reculé de 0,7 % sur la période.

La mesure de la croissance en question

La performance observée au premier trimestre peut-elle se répéter ? Ce serait formidable, même s'il faut rappeler que celle-ci s'expliquait essentiellement par la révision à la baisse de la croissance au quatrième trimestre 2014, et par une forte variation positive des stocks. De fait, si ce 0,7 % constituait facialement une bonne nouvelle, sa composante n'était pas véritablement porteuse d'espoirs, notamment pour les chômeurs. Une statistique encourageante ne témoigne pas forcément d'une véritable accélération de l'activité. Le débat sur la mesure de la croissance n'est pas prêt de s'achever.

Le second semestre sera-t-il plus amène ? Manuel Valls, le Premier ministre y croit. "Aujourd'hui, la croissance est là ; c'est ainsi que nous ferons baisser le chômage. Oh pas de triomphalisme ! Il y a les incertitudes de la crise financière asiatique. Mais il y a aussi des facteurs positifs : la croissance américaine, la baisse du prix du pétrole, ce qui est bon pour le pouvoir d'achat, la baisse des taux d'intérêt, la baisse de l'euro - bonne pour nos exportations - grâce à la politique favorable de la BCE pour laquelle nous nous sommes battus. Les premiers résultats sont là. Ils sont encore insuffisants pour combattre le désespoir de nombre de nos concitoyens, mais suffisants pour affirmer que nous sommes sur la bonne voie, pour raviver l'espoir, pour réussir ", a-t-il déclaré aux militants socialistes à La Rochelle dimanche lors de son discours de clôture de l'université d'été du Parti socialiste.

Pourtant, les dernières statistiques ne permettent pas encore de l'affirmer tant elles sont contradictoires. Certes, en août, le climat des affaires mesuré par l'Insee n'a jamais été aussi bon depuis l'été 2011. Dans le secteur manufacturier, le climat des affaires est également en hausse. Seul le secteur du bâtiment reste plombé par la morosité.

L'investissement ne sera pas aussi élevé que prévu

Pourtant, en dépit de cette amélioration de l'environnement, des allègements de charges contenues dans le Pacte de responsabilité et la montée en puissance du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), l'investissement reste en panne. Une fois de plus, les chefs d'entreprises ont révisé à la baisse leurs prévisions d'investissement établies en début d'année dans l'industrie manufacturière. Rappelons-nous, en janvier, les chefs d'entreprises prévoyaient d'augmenter leurs investissements de 7 % ! En juillet, ce n'est plus qu'une augmentation de 2 % qui est attendue, en dépit de la faiblesse des taux d'intérêt et des mesures annoncées en avril par le gouvernement, notamment celle portant sur le suramortissement, censées stimuler l'investissement. De fait, celui-ci sera moins élevé cette année qu'en 2014, année au cours de laquelle il avait progressé de 3 %...

Quant au commerce extérieur, il est chroniquement déficitaire. Le faible niveau de l'euro face au dollar et la chute des matières premières, parmi lesquelles le pétrole, n'ont pas provoqué le coup de fouet escompté sur l'export. " L'amélioration du solde commercial de 5,3 milliards d'euros, soit - 21,7 milliards d'euros au premier semestre 2015, vient surtout de l'allègement de la facture énergétique ", expliquent les Douanes.

Dans ce contexte, établie à 1 %, la prévision de croissance du gouvernement est-elle encore réaliste. Il faudrait une véritable panne de l'économie pour que cet objectif ne soit pas atteint, l'acquis de croissance fin juin s'élevant à 0,8 %.

Un projet de loi de finances délicat à élaborer

Pour une fois, le gouvernement a eu raison de ne pas céder à la tentation de la relever, dans l'euphorie des chiffres du premier trimestre. Pour l'instant, la plupart des économistes et des institutions, telles l'Insee et la Banque de France, visent une augmentation de 1,2 % du PIB cette année. En revanche, cette incertitude conjoncturelle complique la tâche du ministère des Finances qui peaufine actuellement le projet de loi de finances 2016.

Si la croissance continue à hoqueter, l'activité progressera-t-elle de 1,5 % comme l'espère le gouvernement ? C'est en tout cas l'objectif fixé par le Pacte de stabilité et de croissance que la France a présenté à Bruxelles au printemps. Si cet objectif n'est pas atteint, c'est toute la stratégie économique de l'exécutif qui est menacée. Comment parvenir à réduire le déficit public à 2,7 % du PIB en 2017 ? Comment financer les 50 milliards d'euros d'économies prévues par le Pacte de responsabilité ? Comment assumer, sans recourir à l'endettement, les baisses d'impôts promises ?

Surtout, comment parvenir enfin à réduire le chômage alors que le nombre de chômeurs continue d'augmenter de mois en mois. Avant la publication des chiffres de la croissance au deuxième trimestre, les économistes tablaient sur un arrêt de la hausse du chômage à la fin de l'année avant sa décrue mi 2016. Désormais, ces prévisions sont malheureusement plus fragiles. N'en déplaise au Premier ministre.