Entre calendrier politique et judiciaire : ce qui attend Marine Le Pen

Par Jean-Christophe Catalon  |   |  810  mots
De l'affaire des assistants parlementaire européens à celle des comptes de campagne des élections de 2012, le Front national et Marine Le Pen sont visés dans six affaires judiciaires. (Crédits : Charles Platiau)
La présidentielle terminée, Marine Le Pen a encore du pain sur la planche. Car, parallèlement au calendrier politique déjà bien chargé, la présidente du Front national et son parti sont visés dans six affaires judiciaires qu'il va falloir gérer.

La longue bataille pour l'Elysée est désormais derrière elle, mais la candidate frontiste n'est pas au bout de ses peines. Sèchement battue au second tour avec "seulement" 33,9% des voix, Marine Le Pen prépare les législatives et l'avenir de son parti en étant contestée dans son camp. Le tout en gérant les affaires judiciaires, qui concernent elle et son partie, impossibles désormais à ignorer.

Pas le droit à l'erreur aux législatives

La présidente du FN doit vite se remettre au travail pour préparer les législatives, dont le premier tour se tient dans un mois, le 11 juin. En 2012, après avoir réalisé un score de 17,9% des voix au premier tour (soit moins de 7 millions d'électeurs), le Front national n'était parvenu à placer que deux députés à l'Assemblée nationale : Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard - ce dernier étant sous la bannière du Rassemblement bleu Marine (RBM).

Cette fois-ci, Marine Le Pen n'a pas le droit à l'erreur. Dimanche, la candidate FN est arrivée première dans 45 circonscriptions et a réalisé un score supérieur à 45% dans 66 autres. Le parti vise 40 députés, mais, dans le cas d'une débâcle comme en 2012, ils espèrent au moins former un groupe parlementaire, ce qui nécessite d'obtenir au minimum 15 élus.

Transformer l'extrême-droite

Pour atteindre cet objectif, Marine Le Pen veut élargir le spectre : "J'appelle tous les patriotes à nous rejoindre afin d'engager ce combat décisif qui nous attend dès ce soir", a-t-elle déclaré dimanche après la publication des résultats du second tour. Cet appel concerne d'abord Nicolas Dupont-Aignan. En apportant son soutien à la candidate frontiste dans l'entre-deux-tours, le leader de Debout la France a aussi commencé à négocier des circonscriptions. Le nombre de 50 a été avancé, mais rien n'est confirmé pour l'instant.

Cette ouverture reflète l'ambition de Marine Le Pen d'"engager une transformation profonde" de l'extrême-droite, comme elle l'appelait de ses vœux le soir du deuxième tour, rassemblant les adversaires des "mondialistes". Cette stratégie lui permet aussi d'achever le processus de dédiabolisation du Front national, en accentuant la ligne de Florian Philippot tournée vers l'anti-européisme et le protectionnisme économique. Le prochain Congrès, qui doit se tenir entre fin 2017 et début 2018, permettra de clarifier cette nouvelle offre et peut-être de faire émerger un nouveau mouvement, impliquant un changement de nom et de logo.

Pour y parvenir, le succès aux législatives est crucial. Car Marine Le Pen est contestée dans ses rangs. L'influence de Florian Philippot sur la présidente du FN n'est pas particulièrement appréciée par une frange du parti, qui estime que la ligne anti-euro prenait trop de place dans la campagne, alors que l'accent aurait dû être mis sur les questions d'immigration et de sécurité. Pour rappel, lors de l'élection des membres du Comité central au Congrès du FN de 2014, Marion Marchéal-Le Pen, qui représente la ligne conservatrice au sein du parti, était arrivée première loin devant Florian Philippot seulement quatrième. De même, la façon dont Marine Le Pen a géré sa campagne est loin d'avoir fait l'unanimité, sa performance très critiquée lors du débat de l'entre-deux-tours le 3 mai en est le meilleur exemple.

> Lire aussi : au Front National, les couteaux s'aiguisent

Se rendre (enfin) à la convocation des juges

Parallèlement aux problématiques politiques, Marine Le Pen va devoir gérer les dossiers judiciaires, mis de côté durant la campagne présidentielle. A commencer par l'affaire des assistants FN au Parlement européen, pour laquelle Strasbourg lui réclame 5 millions d'euros. Le parquet français a fait une demande de levée d'immunité parlementaire en mars, quelques jours après que Marine Le Pen a refusé de se rendre à la convocation du juge le 24 février, retardant une possible mise en examen. La présidentielle terminée, la présidente du FN n'aura plus d'excuse pour répondre aux demandes de la justice.

Si elle n'est pas impliquée personnellement, Marine Le Pen doit également gérer l'affaire des comptes de campagne de la présidentielle et des législatives de 2012. Sorte de Bygmalion version FN, la société d'événementiel Riwal, dirigée par un ancien du GUD (une ex-association étudiante d'extrême-droite) Frédéric Chatillon et proche de Marine Le Pen, est soupçonné d'avoir surfacturé ses prestations. Des cadres frontistes sont mis en examen dans cette affaire.

Déclaration de patrimoine sous-évalué de Marine et Jean-Marie Le Pen, publications de photos d'exactions de Daesh sur Twitter... la présidente du Front national a quatre autres affaires judiciaires à gérer. Les vacances d'été risquent d'être mouvementées.