Au Front National, les couteaux s'aiguisent

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Malgré un résultat record avec 10 millions de voix engrangées, le parti d'extrême-droite l'a en travers de la gorge, cette élection présidentielle. Non seulement, le Front National n'a pas réussi à franchir le seuil des 40%, considéré comme un objectif minimum par certains cadres dirigeants, mais en plus il s'est fait damer le pion par le candidat d'En Marche! dans des territoires considérés comme acquis.
En effet, en s'imposant dimanche en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, dont les six départements se sont prononcés en faveur du nouveau président de la République, y compris les terres frontistes du Var et du Vaucluse. le parti de Macron réalise le grand chelem dans le sud-est frontiste.
"Bien sûr qu'il y a une déception, évidemment", a concédé Marion-Maréchal Le Pen, dimanche soir, sur France 2, qui a vu le candidat d'En Marche s'imposer à domicile avec 65% des voix à Carpentras.
>Lire aussi : Pourquoi Marion Maréchal-Le Pen quitte le FN : sa lettre de démission (info du mercredi 10 mai)
D'où les interrogations qui se sont exprimées sitôt les premières estimations publiées, en particulier sur le volet européen du programme, au coeur du projet de Marine Le Pen mais aussi des controverses en interne.
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Le discours anti-euro, inspiré notamment par le vice-président Florian Philippot, fait depuis longtemps l'objet de discussions dans le parti, où l'on est conscient de l'impopularité d'une telle mesure et des dégâts qu'elle cause dans certaines franges de l'électorat.
Selon un sondage Ifop pour Le Figaro et la Fondation Robert-Schuman paru fin mars, près de trois quarts des Français (72%) se déclarent hostiles à une disparition de la monnaie unique.
Cet esprit de remise en cause touche également Marine Le Pen, qui avait annoncé dimanche soir, après avoir reconnu sa défaite, une "transformation profonde" à venir de son propre parti - sans aucune autre précision pour le moment. Selon certains dirigeants, le changement pourrait affecter le nom même du parti dans l'idée de "l'union des droites" pour rassembler au-delà des limites traditionnelles du FN. Information confirmée dimanche soir sur TF1 par Florian Philippot, et rapportée par LCI :
Certes, malgré la consternation des militants qui peut aller, selon Libération, jusqu'à la contestation et l'appel au changement de direction, la majorité des soutiens du Front National estiment -en public- que Marine Le Pen reste la mieux placée pour conduire le parti, notamment en vue des législatives de juin. Et cela, malgré sa prestation ratée lors du face-à-face télévisé avec Macron dans l'entre-deux-tours.
Le député Gilbert Collard dimanche, durant la soirée électorale organisée par le FN, appelait ainsi à surmonter le défaitisme ambiant :
Idem pour Gaëtan Dussausaye, directeur du Front national de la jeunesse (FNJ) :
Jean-Marie Le Pen ne s'est pas fait prier pour dire, dès le soir du scrutin présidentiel, tout le mal qu'il pensait de Florian Philippot, vice-président du Front National, qu'il estime responsable au premier rang de la défaite de sa fille. Dans les colonnes du Monde, il a notamment déclaré :
Sur TF1, l'intéressé, numéro deux du FN, réagissait non sans agacement, estimant que compte tenu de son score en 2002 (17,79%), Jean-Marie Le Pen n'avait "pas de leçon à donner", ajoutant selon LCI cette pique :
Le lendemain sur BFMTV, Jean-Marie Le Pen accusait Philippot d'être le "responsable" de la défaite de sa fille. Et recadrait sèchement la proposition faite par sa fille de "transformation profonde" du parti qu'il a créé :
La réorganisation du parti pourrait ne débuter vraiment qu'après les prochaines élections législatives : en clair, selon les résultats.
Le FN espère se constituer un groupe d'au moins 15 députés, voire beaucoup plus, et revenir en force à l'Assemblée nationale, où sa présence est résiduelle depuis près de trente ans.
Ces objectifs sont en ligne avec une enquête Opinionway-SLPV Analytics pour Les Echos publiée mercredi 3 mai, juste avant le débat Le Pen-Macron (et donc ne tenant pas compte de la qualité de prestation des deux candidats), le Front National remporterait de 15 à 25 députés. C'est-à-dire toujours moins que le Parti socialiste, pourtant laminé, avec 28 à 43 sièges.
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(Avec Reuters)
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