Présidentielle 2017 : Bercy met les gants de boxe contre la droite

Par Fabien Piliu  |   |  661  mots
Le ministre des Finances et de l'Economie, Michel Sapin, n'épargne pas l'opposition: "En quatre ans, nous avons effacé les déficits accumulés depuis le début de la crise. En quatre ans, nous avons remis de l'ordre dans nos comptes et la lourde hypothèse du passif laissé par la majorité précédente a été réglée. (...) Ces résultats ne sont pas tombés du ciel".
Michel Sapin, le ministre de l'Economie et des Finances, et Christian Eckert, le secrétaire d'Etat au Budget, ont profité de la présentation du cadrage économique du projet de loi de finances 2017 pour faire un bilan du quinquennat, fustiger leurs adversaires et rallier leurs partisans à gauche.

Initialement, ce mardi, Michel Sapin, le ministre de l'Economie et des Finances, et Christian Eckert, le secrétaire d'Etat au Budget, devaient faire une simple présentation du cadrage économique du projet de loi de finances 2017. Mais comme l'a rappelé Michel Sapin en préambule, l'année prochaine sera une année électorale. Tous les coups sont donc permis.

Après avoir précisé les prévisions de croissance pour 2016 et 2017 - inchangées, à 1,5% -, le duo s'est lancé dans une présentation d'une série de statistiques pour vanter leur bilan.

"Sur l'ensemble du quinquennat, un effort de redressement de nos comptes bien plus important qu'outre-Rhin", a expliqué Michel Sapin. De fait, entre 2012 et 2017, le déficit public devrait passer de 4,8% du PIB à 2,7% du PIB.

Les deux ministres ont toutefois omis de rappeler que cet objectif de réduction du déficit devait être atteint en 2013, et que l'Allemagne est à l'équilibre. Une performance réalisée, précisent-ils, alors que les hausses d'impôts décidées depuis 2011, estimées à 60 milliards d'euros, ont été effacées. Pour atteindre cet objectif, Bercy a annoncé 14 milliards d'euros de mesures nouvelles, notamment 5 milliards d'euros via la réorientation du Pacte de responsabilité. Une réorientation qui passe notamment à la trappe  la suppression de la dernière tranche de la C3S pourtant promise en 2014. "Le déficit public s'élevait à 148,8 milliards d'euros en 2010. Il atteindra à 70,5 milliards d'euros", a glissé Christian Eckert.

Un bilan satisfaisant pour les deux  ministres

Ils se sont également félicités, dans l'ordre, du redressement du taux de marge des entreprises, grâce notamment au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), de la reprise de l'investissement des entreprises et du retour des créations nettes d'emploi dans le secteur marchand, estimées à 122.000 en 2016 et à 159.000 en 2017. Même les prévisions de l'Unedic, plutôt moroses, les laissent de marbre. "L'Unedic a une vision optimiste pour cette année et pessimiste pour l'année prochaine. En 2015, ils [ les gestionnaires de l'Unedic] étaient peu rassurants pour l'exercice 2016", observe Michel Sapin, précisant que l'Unedic avait retenu une hausse de 1,2% du PIB en 2017 pour réaliser son estimation.

L'opposition dans le viseur

"En quatre ans, nous avons effacé les déficits accumulés depuis le début de la crise. En quatre ans, nous avons remis de l'ordre dans nos comptes et la lourde hypothèse du passif laissé par la majorité précédente a été réglée. (...) Ces résultats ne sont pas tombés du ciel", explique Michel Sapin.

Estimant que les mesures annoncées par les ténors de l'opposition pouvaient se traduire par une augmentation du déficit public variant entre 3,5% et 4,8% du PIB, le ministre s'insurge. "Je crois qu'il est irresponsable de laisser filer le déficit : car ce serait d'abord remettre notre pays dans la dépendance de ses créanciers . cette promesse est également impécunieuse car un déficit en hausse en début de quinquennat, ce sont des impôts qui augmentent à la fin du mandat. Et enfin cette promesse est injuste car c'est la suppression de l'ISF et la baisse de l'impôt des plus riches qui se cachent derrière cette hausse", a poursuivi Christian Eckert.

Séduire la gauche de la gauche

Avec cette déclaration, Michel Sapin tente de séduire les électeurs les plus à la gauche de la majorité qui pourraient remettre en cause la politique menée depuis 2012 par l'exécutif, considérant qu'elle ne correspond pas aux valeurs de la gauche. C'est la raison pour laquelle il a rappelé les efforts du gouvernement pour réduire la pression fiscale pesant sur les contribuables les plus modestes et celle qui frappe les classes moyennes. Au total, avec le geste adressé à ces dernières, prévu dans le projet de loi de finances 2017, estimé à 1 milliard d'euros, ce sont 6 milliards d'euros d'allègements fiscaux qui ont été décidés depuis 2012.