Assurance chômage : une dette équivalente à une année de cotisations

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Le trou de l'assurance chômage se creuserait de 4,3 milliards d'euros en 2016 puis encore de 3,8 milliards en 2017. La dette globale atteindrait alors 33,8 milliards d'euros, soit l'équivalent d'une année de cotisations à l'assurance chômage.
Le "trou" de l'assurance chômage se creuserait de 4,3 milliards d'euros en 2016 puis encore de 3,8 milliards en 2017. La dette globale atteindrait alors 33,8 milliards d'euros, soit l'équivalent d'une année de cotisations à l'assurance chômage. (Crédits : © Eric Gaillard / Reuters)
L'assurance chômage table sur une aggravation de sa dette cumulée qui passerait de 30 milliards d'euros en 2016 à 33,8 milliards en 2017 et même à 41,4 milliards fin 2019 si les règles d'indemnisations restaient inchangées. Outre le chômage de masse, c'est la structure du marché du travail avec l'explosion du nombre des CDD courts qui explique cette situation.

Inexorablement, la situation financière de l'assurance chômage se dégrade. L'Unedic, l'organisme paritaire composé des organisations patronales et syndicales, qui gère l'assurance chômage s'attend à une dégradation du déficit en 2017, avec un trou supplémentaire de 3,8 milliards d'euros, ce qui porterait la dette cumulée du régime à 33,8 milliards d'euros, soit pour la première fois un montant équivalent à une année de cotisations à l'assurance chômage des entreprises et des salariés. Pis, à règles constantes en matière d'indemnisation, la dette pourrait atteindre 41 milliards d'euros fin 2019... Mais il s'agit là d'un exercice purement théorique car, justement, les règles vont changer. Elles auraient même dû déjà évoluer l'été dernier si les partenaires sociaux étaient parvenus à boucler leur négociation sur la nouvelle convention d'assurance chômage. Mais la question d'une surtaxation des contrats courts, dont la multiplication est largement à l'origine des difficultés de l'assurance chômage, a fait capoter la négociation qui ne devrait reprendre qu'après... l'élection présidentielle.

Une dette cumulée de 30 milliards d'euros fin 2016...

Pour les gestionnaires de l'Unedic, l'année 2016 marquerait donc plutôt un répit, très relatif tout de même, pour la situation du régime. La croissance progresserait de 1,4 %, les créations d'emplois affiliés à l'assurance chômage atteindraient 143.000 et la masse salariale serait en progression de 2,7 % cette année. Si l'on ajoute à cela que le chômage au sens du BIT devrait diminuer à 9,4 % à la fin de l'année, le déficit de l'Unedic pour 2016 ne s'aggraverait « que » de 4,3 milliards d'euros. On ose alors imaginer la profondeur du trou supplémentaire si la conjoncture avait été moins favorable...

... qui atteindrait  33,8 milliards en 2017

Mais dès 2017, les clignotants repasseraient au rouge. S'appuyant sur le consensus des économistes davantage que sur les prévisions de Bercy, l'Unedic table sur une croissance du PIB limitée à 1,2 % en 2017 du fait notamment des conséquences du Brexit. Les créations d'emplois se limiteraient à 76.000, le taux de chômage se stabiliserait et le chômage connaîtrait une nouvelle remontée en fin d'année (9,5 %). Et ce d'autant plus qu'on enregistrait une « stabilisation des emplois aidés » et la fin de la montée en charge du pacte de stabilité . Résultat, le nombre des chômeurs indemnisés progresserait dans les derniers mois de l'année. Aussi, le déficit s'aggraverait une fois encore de 3,8 milliards d'euros.

Mais, répétons-le, ces prévisions restent très théoriques. D'abord, il semble un peu tôt pour réellement mesurer l'impact des conséquences du Brexit sur la croissance. Ainsi, Bercy continue de tabler sur une croissance du PIB de 1,5 % en 2017, équivalente à celle de 2016. Ensuite, il paraît inconcevable que les règles de l'Unedic actuellement en vigueur le soient encore dans un an. La nouvelle convention aura forcément des répercussions sur les comptes. Et l'époque est plutôt aux économies.

L'explosion des CDD courts impactent les finances du régime

A cet égard, le rapport sur les perspectives financières triennales de l'Unedic qui va être remis à l'Exécutif, à l'Assemblée Nationale et au Sénat contient des informations très intéressantes sur la structure du déficit de l'Unedic. Ainsi, ce rapport insiste notamment sur la fragmentation croissante du marché du travail avec le développement des contrats courts - le nombre de CDD de moins d'un mois à plus que doublé entre 2000 et 2015 - ce qui n'est pas sans conséquence sur les finances du régime.

Selon les propres données du régime, en 2015, les dépenses d'allocation (8,9 milliards d'euros) envers les personnes ayant terminé des CDD courts sont supérieures de 3,3 fois aux contributions associées à cette forme de contrats (2,66 milliards d'euros). Le même constat s'impose pour l'intérim avec un ratio dépenses/recettes négatif de 2,7 fois. En revanche, élément rarement mis en avant, ce même ratio est très légèrement positif à hauteur de 0,6 fois pour les CDI.

Ce qui tend à prouver, que ce n'est pas tant la question d'une éventuelle dégressivité des allocations qui constituerait la vraie réponse aux problèmes structurels de l'Unedic en période de chômage de masse mais davantage une remise en cause des règles applicables aux CDD. Et c'est là que resurgit l'épineux débat sur le besoin ou pas de différencier les taux de cotisation à l'assurance chômage selon la nature des contrats... Or, pour l'instant, afin de résoudre le déficit de l'Unedic, les candidats à la primaire de la droite ont préféré mettre en avant la bonne vieille recette du retour à la dégressivité des allocations plutôt que de se concentrer sur les vrais enjeux.

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Commentaires
a écrit le 21/09/2016 à 14:15 :
Très bonne analyse de JC Chanut prouvant une fois de plus à nos politiques que la dégressivité des allocations n'est pas la piste à envisager pour des économies mais une révision des règles sur les contrats courts CDD.
C'est facile de vouloir taxer les chômeurs ... La solution est dans le retour durable à l'emploi par la formation ....
a écrit le 21/09/2016 à 10:47 :
La solution consiste à financer les charges sociales par une taxe sur l'énergie. Cette taxe sur l'énergie serait favorable au climat. Les Français n'en veulent pas parce qu'ils n'y comprennent rien en économie. Les Allemands et les Suédois l'on compris.
a écrit le 21/09/2016 à 10:13 :
Rien ne vaut un bon CDI, donc
a écrit le 21/09/2016 à 9:13 :
La cotisation chômage n'est pas supportée par l'ensemble des salariés. Sauf erreur de ma part, les fonctionnaires dont l'emploi est garanti à vie, ne cotisent pas à ce risque. Élargir l'assiette de cette cotisation à tous les salariés (dont ceux pour lesquels l'emploi est garanti à vie) pourrait être envisageable et marquer de la solidarité avec les salariés non protégés, et pérenniser l'assurance chômage. Limiter le plafond à mon sens serait plus injuste, car celui qui bénéficie d'indemnités élevées a aussi cotisé un max avant de perdre son emploi. Sinon limiter le plafond des indemnités en limitant également le montant de la cotisation à acquitter.
a écrit le 21/09/2016 à 9:03 :
C'est évident que les CDD très courts doivent être plus taxés et à l'inverse les CDI doivent être peu taxés. La flexibilité a un coût pour toute la société et ce n'est pas à la société de supporter ce besoin des entreprises.
a écrit le 21/09/2016 à 8:19 :
Tout le monde sait comment réduire significativement le déficit de l'assurance chômage en ne touchant qu'un nombre minimum d'assurés ayant les revenus les plus élevés :
diminuer le plafond mensuel de plus de 6000 € à 2500 €.
C'est une solution évidente pourtant jamais évoquée et qui éviterait de mettre en difficulté la grande majorité des chômeurs qui quoiqu'en disent certaines mauvaises langues recherchent du travail mais c'est très difficile dans de nombreux domaines et il faut souvent passer par une reconversion qui prend du temps. Cela éviterait des fausses solutions idiotes comme celle évoquée par Churchill.
En effet, plafond de l'assurance chômage est probablement le plus élevé au monde (sauf peut-être le Luxembourg, à vérifier !) et cela ne bénéficie qu'à quelques % des chômeurs qui avaient des revenus élevés et pourtant grève sérieusement l'équilibre de l'assurance chômage. Le plafond en Allemagne est autours de 2000 € ! Et beaucoup plus bas en Grande Bretagne.
On sait très bien qui bénéficie d'un tel plafond et qui ne veut pas le baisser ! Et qui préfère plutôt diminuer la durée des allocations chômage, ce qui aurait un impact très négatif sur une grande proportion de chômeurs, déjà en difficulté financière (cf les chômeurs qui touchaient le smic ou des salaires juste un peu plus élevé que le smic). Au contraire, réduire le plafond n'aurait un impact que sur une faible proportion des chômeur qui ont une situation financière plus aisée que la plupart en raison des salaires bien plus élevés qu'ils touchaient avant d'être au chômage (si on baisse le plafond à 2500 €, cela signifie que cett mesure toucherait seulement ceux qui avait des revenus supérieurs à 4000-5000 €). Contrairement à ce que pensent les gens, cela concernerait quand même probablement plus de 100 000 à 200 000 personnes (cf insee pour chiffres exacts) et serait efficace pour réduire le déficit de l'assurance chômage.
a écrit le 20/09/2016 à 17:47 :
au passage, pour eponger la dette , il existe une solution juste et solidaire.......... confisquer les 30 milliards de la formation que certains se fourrent dans les fouilles sans vergogne, si vous voyez a qui je pense
a écrit le 20/09/2016 à 17:46 :
sans rentrer dans le details technique, ca sent la faillite
a écrit le 20/09/2016 à 17:24 :
Juste une petite question : cela rapporterait combien de confisquer la moitié du revenu annuel stock d'actions compris à nos stars de patrons du CAC 40 et du second marché, principaux responsables du chômage français.
Si cela se trouve, l'Unedic aurait un excédent au lieu d'une dette.
Réponse de le 20/09/2016 à 21:16 :
A nos stars patrons du CAC 40 ?
Nos stars tout court ( en plus ils font travailler moins de monde ) ... Footeux , tennisman , chanteurs ,stars du petit écran ...

On risque même d'être en positif !!!
a écrit le 20/09/2016 à 17:23 :
Impôt sur le revenu, CSG/CRDS, ISF, impôt sur les succession, impôt sur l'immobilier,
TIPP , Taxe foncière, d'habitation etc.., l'état français pique 58 % de la richesse nationale. En plus, nos politiques sont incapables depuis 30 ans d'équilibrer le budget. Le gouvernement emprunte chaque année 200 milliards d'euros, la dette gonfle et avec une remontée des taux, nos 2100 milliards de créances vont faire mal au portefeuille des français. Comment s'étonner que la croissance soit inexistante et que le chômage touche plus de 3 millions de nos concitoyens. Sans compter les précaires, les CDD financés par l'argent public. Au total , 5 millions de personnes marginalisées, quel désastreux bilan.

plus de 3 millions de nos concitoyens. Sans compter les précaires, les CDD financés par
les contribuables

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