Erdogan nomme une nouvelle gouverneure de la banque centrale pour endiguer l'inflation

Par latribune.fr  |   |  486  mots
Réelu le 28 mai, le président Erdogan a déjà nommé un nouveau ministre de l'Economie. (Crédits : Reuters)
Après une carrière de banquière d'affaires aux Etats-Unis, Hafize Gaye Erkan est la première femme à diriger la Banque centrale turque. Cette partisane d'une remontée des taux aura pour mission d'endiguer l'inflation endémique (40% sur un an en mai).

Les grandes manœuvres du nouveau mandat de Recep Tayyip Erdogan à la tête de Turquie ont débuté. Fraîchement réélu le 28 mai dernier, le président turc a nommé ce vendredi 9 juin par décret une nouvelle gouverneure à la tête de la Banque centrale turque. Hafize Gaye Erkan devient ainsi la première femme à diriger la Banque centrale turque. La banquière, titulaire d'un doctorat à l'université américaine de Princeton a dirigé First Republic Bank et est passée chez Goldman Sachs.

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Dans un contexte de grandes tensions inflationnistes, elle défend un retour à une orthodoxie financière avec un durcissement de la politique monétaire turque et une remontée des taux directeurs. Ces dernières années, le président Erdogan avait contraint la Banque centrale turque à diminuer ses taux d'intérêt, alimentant de ce fait la flambée de l'inflation, à 39,6% sur un an en mai après avoir dépassé les 85% à l'automne.

Pour Erdogan, la hausse des taux soutient l'inflation

Contestant les principes économiques classiques, Recep Tayyip Erdogan juge que les taux d'intérêt élevés alimentent l'inflation. Entre août et février, le principal taux directeur a été ramené de 14% à 8,5%, des baisses justifiées par la banque centrale par le souci de soutenir « l'emploi et la production industrielle ».

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Les nominations récentes de responsables économiques semblent néanmoins traduire une inflexion dans ses positions économiques. Le président Erdogan a déjà nommé la semaine dernière un nouveau ministre de l'Economie en la personne de Mehmet Simsek. Celui-ci milite lui aussi pour un retour à l'orthodoxie. Dans ses premiers mots après sa prise de fonctions dimanche, le ministre, proche des milieux d'affaires, s'est dit partisan de « mesures rationnelles » pour redresser l'économie turque.

Effondrement de la monnaie

La politique hétérodoxe du président Erdogan lors de ses précédents mandats a aussi contribué à affaiblir dramatiquement la livre turque. La valeur de la monnaie nationale a fondu de près de 80% de sa valeur face au dollar en cinq ans.

Mercredi dernier, la livre turque, soutenue massivement par la Banque centrale turque avant les élections présidentielle et législatives de mai, a de nouveau perdu plus de 7% face au dollar et à l'euro. Selon les données officielles, Ankara avait pourtant dépensé 25 milliards de dollars en un mois pour la soutenir avant les échéances électorales. Les réserves en devises sont même passées dans le rouge pour la première fois depuis 2002.

Ce vendredi matin, la livre turque continuait de céder 1,5% peu après face au dollar. La première réunion monétaire de la Banque centrale turque avec à sa tête Hafize Gaye Erkan interviendra le 22 juin.