"Le ralentissement en Chine pourrait être plus rapide que prévu" (Banque mondiale)

Par Sarah Belhadi  |   |  1126  mots
Le dernier rapport de la Banque mondiale met l'accent sur la dégradation des résultats des principales économies émergentes. (Crédits : Reuters)
La croissance mondiale n'atteindra que 2,9% en 2016, contre les 3,3% annoncés en juin, note la Banque mondiale. La reprise de l'activité dans les pays riches ne compensera ni la chute des pays émergents ni les incertitudes liées aux tensions géopolitiques, prévient Franziska Ohnsorge, économiste de l'institution financière internationale.

Une semaine après Christine Lagarde, la directrice du FMI, qui prévoit pour 2016 une croissance mondiale « décevante et inégale », l'autre institution financière de Washington livre ses pronostics. Et donne, in fine, plus de raisons de s'inquiéter que d'espérer. Dans ses perspectives économiques mondiales, présentées mercredi 6 janvier, la Banque mondiale revoit à la baisse de 0,4 point, par rapport au mois de juin, ses prévisions de croissance.

Certes, l'activité économique va "se raffermir quelque peu", et la croissance atteindra 2,9% cette année contre 2,4% en 2015. Mais le ralentissement des économies dans la plupart des pays émergents pèse sur la croissance, rapporte la Banque mondiale dans son rapport semestriel.

L'incertitude chinoise

En 2016, la croissance chinoise devrait atteindre 6,7 % (contre 6,9 % en 2015). Officiellement, cette situation est un phénomène normal, assure-t-on à la Banque mondiale :

« Un ralentissement progressif et un rééquilibrage du secteur de l'industrie avec celui des services est en route en Chine, conformément aux objectifs des dirigeants qui souhaitent  la mise en place d'un modèle de développement plus durable», note Franziska Ohnsorge économiste de l'institution de Washington, et principal auteur du rapport.

Si cette volonté n'est pas une surprise, elle pourrait toutefois avoir des conséquences : "oui, il demeure une probabilité -faible néanmoins- pour que le ralentissement en Chine soit plus rapide que prévu et pèse sur la croissance économique mondiale », avertit Franziska Ohnsorge.

Lundi 4 janvier, les investisseurs ont d'ailleurs fait part de leurs inquiétudes relatives à la santé économique chinoise, avec une journée de cotation particulièrement mouvementée. Une chute spectaculaire de 7% de ses indices boursiers a été enregistrée.

Les autres émergents en panne

Alors que les économies émergentes ont été un moteur de la croissance mondiale dans les années 2000, puis après la crise de 2008, elles sont désormais à la traîne. "Les temps changent" résume d'une formule Kaushik Basu, chef économiste et vice-président de l'institution. En ce début 2016, la Banque mondiale revoit aussi à la baisse ses prévisions de croissance pour les pays en développement (4,8 % contre 5,2% avancés dans le rapport en juin).

La Banque mondiale n'est guère optimiste quant au sort de deux autres BRICS. « En Russie, l'activité économique pourrait baisser de 0,7% cette année après s'être contractée  de 3,8% en 2015 », détaille Franziska Ohnsorge. La récession est également au programme pour le Brésil. "La récession devrait perdurer en 2016, mais la croissance devrait repartir en 2017", avec -2,5% en 2016, puis 1,4% de croissance en 2017, note l'étude.

Au sein des BRICS, l'Inde, économie dominante de la région du sud asiatique, fera figure d'exception, avec une croissance de 7,8 % (contre 7,3% en 2015).

Dans son rapport semestriel, la Banque mondiale explique qu'un point de pourcentage de croissance en moins dans les BRICS impliquerait un recul de 0,8 % de la croissance des autres pays émergents dans les deux années, et de 0,4% de l'économie mondiale. En cause, le ralentissement des émergents couplée à la hausse des taux d'intérêt, décidées par la FED en décembre.

Les populations pauvres des pays émergents seront impactées

Le nouveau rapport alerte également sur les répercussions engendrées sur la croissance des pays en développement. Ainsi, le ralentissement économique des pays émergents menace "de compromettre les progrès accomplis pour sortir les populations de la pauvreté".

« Dans le monde, plus de 40 % des pauvres vivent dans des pays en développement dont la croissance s'est ralentie en 2015 », rappelle Jim Yong Kim, président du Groupe de la Banque mondiale. L'institution engage les pays concernés à mettre en place des réformes pour améliorer leur gouvernance et le climat des affaires, ce qui permettrait "de compenser les effets d'un ralentissement de la croissance dans les principales économies".

Reprise (timide) dans les "pays riches"

Si les pays à haut revenu devraient mieux s'en sortir en 2016, que ce soit les Etats-Unis (2,7%) ou la zone euro (1,7%) dont les prévisions sont abaissées de seulement 0,1 point, ils seront toutefois insuffisants pour doper l'économie :

« Un raffermissement de la croissance dans les pays développés ne compensera que partiellement les risques d'une atonie persistante dans les principaux pays émergents », estime Ayhan Kose, directeur du groupe Perspectives des services Économie du développement de la Banque mondiale, dans le communiqué.

Le 20 janvier, le FMI doit à son tour actualiser ses prévisions de croissance pour l'année.

Croissance en panne malgré la baisse du pétrole ?

En 2015, la baisse des prix du pétrole -désormais au plus bas depuis 2004- n'auront pas eu l'effet escompté pour doper la croissance mondiale."En janvier 2015, nous nous attendions à ce qu'une baisse de 30% des prix du pétrole augmente -à moyen terme- la croissance mondiale de 0,5%", rappelle Franziska Ohnsorge.

Dans l'absolu, les prix bas devraient stimuler la demande mondiale. Mais certains pays exportateurs de produits de base sont en proie aux difficultés (chute des revenus fiscaux, perspectives d'un ralentissement de la croissance ou risques de dévaluation (de la monnaie). D'autres à l'instar de l'Inde ou de la Chine optent déjà pour des subventions publiques pour réduire les prix appliqués aux consommateurs. Par conséquent, les effets positifs tant attendus tardent à se faire ressentir. Ou sont relatifs.

Le retour de Téhéran sur la scène des pays exportateurs aura très certainement un impact sur le prix de l'or noir.  « Les marchés de l'énergie ont déjà anticipé une augmentation des exports en provenance d'Iran (incluant une augmentation de 0,5-0,7 million de barils par jour de production) quelques mois seulement après la levée des sanctions, ce qui a contribué à la faiblesse des prix du pétrole constatée au cours des derniers mois », explique l'économiste de la Banque mondiale, Franziska Ohnsorge.

Par ailleurs, poursuit l'économiste, "nous nous attendons à ce que la levée des sanctions internationales booste la croissance iranienne". La Banque mondiale avance 5,1% de croissance au Moyen-Orient et en Afrique du nord contre 2,5% en 2015.

Incertitudes géopolitiques

Toutefois, les effets positifs sont bien entendu à nuancer. La Banque mondiale met en garde sur la recrudescence des tensions, susceptibles de provoquer une hausse du prix des matières premières énergétiques.

"Bien que l'offre en pétrole soit importante et les stocks élevés, la montée ou les épisodes de tensions au Moyen-Orient pourraient provoquer une flambée des prix et donc contribuer à une plus grande volatilité des prix du baril", détaille Franzisca Ohnsorge.

"Si elles se maintiennent, les tensions géopolitiques pourraient peser sur la confiance des investisseurs, des consommateurs et des entreprises », et donc sur la croissance, avertit l'économiste interrogée par La Tribune.

ALLER PLUS LOIN : Banque mondiale, janvier 2016, Perspectives économiques mondiales (en anglais)