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Pétrole: à Alger, 1-0 pour l'Iran face à l'Arabie saoudite

Photo de Sarah Belhadi

Sarah Belhadi

Publié le 29 septembre 2016 à 14:43 - Mis à jour le 30 septembre 2016 à 10:14

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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Contre toute attente, l'Opep -qui représente un tiers de la production mondiale- a finalement consenti à un accord sur la réduction de la production d'or noir. Si les analystes s'accordent à dire qu'il ne faut pas crier victoire trop vite, l'annonce de cet accord est une démonstration des limites de l'Arabie saoudite, chef de file du cartel.

Sur le dossier, il y avait un consensus général. Presque une lassitude à devoir commenter ce qui devait être un non-événement. Bref, les analystes étaient formels : à Alger, il ne se passerait rien qui puisse mettre un terme à une situation de surproduction mondiale. Puis, hier soir, à la surprise générale, le cartel des 14 s'est entendu pour réduire sa production de brut, de 32,5 millions à 33 millions de barils par jour (mbj) contre 33,24 mbj actuellement (soit une baisse de 240.000 mbj à 740.000 mbj) ce qui représente environ la moitié de l'excédent de l'offre mondiale.

Certes, pour l'instant, il ne s'agit que d'une annonce. Elle a toutefois été suffisante pour susciter un engouement des marchés jeudi matin : en Bourse, Technip a bondi de 6,68% à 53,8 euros, Total de 4,85% à 42,955 euros. Les premières estimations sur une potentielle hausse du baril sont arrivées dans la foulée. Dans une note, Goldman Sachs avance que cette baisse de la production pourrait avoir un impact sur les cours de 7 à 10 dollars le baril au premier semestre 2017. Mais, avant tout emballement, il faut désormais attendre la réunion semestrielle de Vienne du 30 novembre pour que le cartel des 14 définisse précisément les niveaux de production maximaux de chacun. Et que les déclarations de bonnes intentions se transforment en actes. "Je suis tenté de dire que les promesses n'engagent que ceux qui y croient", résume Christopher Dembik, responsable mondial de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank. "J'ai encore en tête l'accord intermédiaire de février dernier qui n'avait pas été respecté par les parties prenantes puisque la Russie (entre autres) avait continué de pomper au maximum".

L'échec de la loi du plus fort

En attendant, "l'accord d'Alger" signe un tournant symbolique. L'Arabie saoudite est forcée d'admettre que sa stratégie de dumping a été un échec. Pour rappel, il y a presque deux ans, Ryad décide, face à l'arrivée massive de pétrole non-conventionnel nord américain, d'inonder le marché en augmentant sa production journalière de barils. Résultat, l'offre excède la demande, le baril chute, et la production de pétrole aux Etats-Unis et au Canada devient trop onéreuse pour être rentable. Dans un premier temps, la stratégie fonctionne. Sauf que les nord-américains ont depuis réussi à améliorer leur coût de production. "En seulement deux ans, d'impressionnants progrès techniques ont été réalisés permettant à certains puits dans le Dakota du Sud d'être rentables même autour de 20-25 dollars le baril", indiquait Christopher Dembik de Saxo Bank en juillet.

Mercredi soir,  Ryad a également perdu son match face à Téhéran qui devrait pouvoir conserver son niveau de production. Il y a quelques mois, un tel scénario semblait pourtant peu probable. En janvier 2016, l'Iran, qui signe son grand retour après plusieurs années de sanctions internationales, est bien décidé à récupérer ses parts de marché. Le pays se fixe l'objectif de revenir à son niveau de production de pétrole d'avant les sanctions, c'est-à-dire à 4 millions de barils par jour (bpj) d'ici la fin 2016. Mais l'Arabie saoudite se serait bien passée de voir son ennemi juré revenir sur la scène. Elle sait toutefois que son statut de premier producteur mondial d'or noir lui permet de tenir les ficelles de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Quitte à user de la stratégie de la tension. Alors que plusieurs pays -Venezuela en tête- réclament désespérément un accord pour se sortir du marasme économique, Ryad prend un malin plaisir à conditionner sa participation à un gel de la production, à une décision de Téhéran. Pour ce dernier, c'est une fin de non-recevoir. La réunion de Doha en avril se transforme en fiasco. Bref, il était certain que le rendez-vous d'Alger serait, lui aussi, un rendez-vous manqué.

>>>(RE)LIRE : Pétrole : et si l'Iran faisait plier l'Arabie saoudite ?

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Ryad au pied du mur ?

Sauf que les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu. L'Arabie saoudite se retrouve victime de son propre piège. Et doit faire des concessions. "Il est clair que si les Saoudiens pouvaient se permettre de dire que le baril à 50 dollars n'était pas un souci, ce n'est désormais plus viable", détaille Jean-Pierre Favennec, spécialiste de l'énergie, ancien directeur du Centre Economie et Gestion de l'IFP School.

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Les recettes du pays, principalement issues de la manne pétrolière (à hauteur de 73%), ont drastiquement diminué. Plus grave encore : elles sont devenues insuffisantes pour financer la dépense publique, à tel point que le roi du pétrole a du réduire son train de vie. Et engager un vaste plan de réformes, présenté en avril, pour diversifier ses sources de revenus. En attendant, Ryad a enregistré un déficit budgétaire record de 86,2 milliards d'euros en 2015. Cette année, il devrait atteindre 76,6 milliards d'euros. Il n'est toutefois pas sûr que l'Arabie saoudite s'avoue si facilement vaincue. Rendez-vous à Vienne le 30 novembre.

Sarah Belhadi

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