Guy Verhofstadt, l'opportunisme au nom de l'Europe ?

Par Romaric Godin  |   |  968  mots
Guy Verhofstadt (serrant la main à Gianni Pittella, autre candidat à la présidence) s'est rallié à un Berlusconien, Antonio Tajani (à droite sur la photo prise le 11 janvier 2017, lors d'un débat organisé par le site d'information américain Politico à Bruxelles).
L'ancien premier ministre belge s'est rallié au candidat conservateur Antonio Tajani juste avant l'élection du président du parlement européen. Un mauvais signal pour l'Europe qui n'en avait guère besoin.

C'était le 8 juillet 2015. Au parlement européen, le chef de file du groupe des Libéraux et démocrates (ALDE), l'ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt, admoneste vertement le premier ministre grec Alexis Tsipras, alors en plein bras de fer avec les créanciers. Le Flamand est en colère et lui distribue les mauvais points sur le ton d'un maître d'école : il accuse le chef du gouvernement hellénique arrivé au pouvoir fin janvier de n'avoir engagé aucune réforme réelle au cours de ces quelques mois, d'être implicitement soutenu par l'extrême droite, de fuir le parlement européen et de ne pas se comporter en vrai « Européen » et en vrai démocrate. Pour finir, il lui demande de choisir comment il veut rester dans l'histoire : comme un « accident électoral » ou comme « un grand réformiste ».

Prêt à tout...

Alexis Tsipras ne restera sans doute dans l'histoire ni comme l'un, ni comme l'autre, même s'il a fini par suivre les conseils du Belge libéral. Mais, en début d'année 2017, c'est bien l'entrée dans l'histoire de Guy Verhofstadt qui est en question. Car à l'occasion de l'élection du nouveau président du parlement européen ce 17 janvier 2017, le donneur de leçons de 2015 n'a guère été à son avantage. Candidat pour le groupe ALDE, il a d'abord semblé prêt à tous les compromis pour se présenter en position de force à l'élection. Il a courtisé les populistes italiens du Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo, passant même un accord assez humiliant avec eux pour les faire entrer dans son groupe tout en maintenant leur liberté de vote. Il a alors déclenché la semaine passée une rébellion au sein du groupe qui l'a contraint à revenir en arrière et à abandonner son projet.

Un peu plus tard, si l'on en croit le candidat écologiste Philippe Lamberts, il a réclamé l'appui du groupe vert et, plus généralement de tout le « centre-gauche » pour empêcher le candidat du Parti populaire européen, Antonio Tajani, de l'emporter. Ce dernier n'a, en effet, pas une excellente réputation. C'est un fidèle parmi les fidèles de Silvio Berlusconi, ancien journaliste devenu le porte-parole du « Cavaliere » avant d'être nommé par ce dernier à la Commission européenne de 2008 à 2014. Il a été commissaire à l'industrie et vice-président de la Commission Barroso, de 2010 à 2014, poste où il n'a guère brillé. On peut en effet comprendre qu'une telle nomination, du numéro deux d'une Commission qui, de l'avis général, a commis des fautes considérables à la tête de l'Europe et qui a été dirigée par José Manuel Barroso, aujourd'hui sous le feu des critiques, est un mauvais signe pour l'Europe.

Mais les Verts n'ayant pas voulu soutenir Guy Verhofstadt, ce dernier s'est tourné vers... Antonio Tajani et a finalement décidé de soutenir ce dernier. Ce mardi 17 janvier au matin, il s'est donc désisté en faveur de l'Italien. Un communiqué commun explique la démarche : « Nationalistes et populistes de tous bords essaient de détruire l'union (...). Le PPE et ALDE ont - au-delà de leurs différences idéologiques - décidé de travailler ensemble de près pour offrir une nouvelle plate-forme ». Ce ralliement accorde à Antonio Tajani une quasi-certitude d'être élu in fine à la tête du parlement européen.

Alliance avec Berlusconi et Orbán

Le résultat est assez déroutant. L'excuse de la lutte contre le populisme est même étonnante. Ce « transformisme » électoral du président du groupe ALDE montre un opportunisme à toute épreuve et une seule ligne de conduite : celle de pouvoir profiter au mieux du parlement européen pour son propre intérêt. On ne peut prétendre lutter contre les populistes et donner un spectacle aussi désolant de la démocratie parlementaire européenne. C'est bien ce type de spectacle qui alimente l'Euroscepticisme.

Ce pur opportunisme apparaît, d'ailleurs, clairement dans le choix du président que Guy Verhofstadt donne au parlement européen, ce porte-drapeau de la démocratie européenne. Le choix d'un Berlusconien ancien bras droit de José Manuel Barroso est un désastre et ne reflète sans doute pas réellement ce pourquoi les électeurs libéraux ont voté en mai 2014. Où est donc passé le Guy Verhofstadt de 2011 qui affirmait ne pas « vouloir gouverner avec Berlusconi et Orbán » ? Non seulement le parti du premier ministre hongrois est toujours membre du PPE, désormais allié des Libéraux, mais ces derniers ont placé au perchoir de Strasbourg le bras droit de Silvio Berlusconi ! Doit-on rappeler qu'en termes de populisme le Cavaliere a ouvert la voie en Italie et qu'il n'a pas hésité à s'allier avec la Ligue du Nord pour gouverner ? Du reste, cette histoire n''appartient pas au passé : dans les élections locales, le parti d'Antonio Tajani continue de s'allier à une Ligue du Nord alliée au Front National français ? Guy Verhofstadt n'a pas négocié le retrait de la candidature d'Antonio Tajani et l'exclusion de la Fidesz hongroise du PPE avant de se rallier. Il avait sans doute obtenu ce qu'il désirait et cela lui suffisait.

Morale de l'affaire

La principale leçon de cette élection du président du parlement européen pourrait donc prendre la forme de la morale d'une fable : le donneur de leçon de 2015 se retrouve dans la position de l'arroseur arrosé, pris en flagrant délit d'opportunisme de bas étage, prêt à négocier avec des populistes de droite notoires... La seconde résume le drame de l'UE : c'est que, souvent, ceux qui prétendent le mieux la défendre et l'incarner lui font aussi le plus de mal... En vraie crise, l'Union n'en a guère besoin.