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Baudouin Prot : "Il est stratégique pour BNP Paribas de disposer d'une forte présence en Turquie"

Propos recueillis par Pierre-Angel Gay, Alexandre Maddens et Séverine Sollier

Publié le 05 novembre 2010 à 09:39 - Mis à jour le 05 novembre 2010 à 09:40

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Le directeur général de BNP Paribas, qui a annoncé jeudi un résultat trimestriel de 1,9 milliard d'euros, en hausse de 46 %, fait le point sur la santé et les ambitions de son groupe.

Votre bénéfice est en hausse de 46% au troisième trimestre, à 1,9 milliard d'euros. Jugez-vous cette performance satisfaisante ?

BNP Paribas a enregistré des résultats solides et porteurs. La banque de détail a multiplié par plus de deux son résultat net sur un an, grâce à la baisse du coût du risque sur la plupart de nos marchés et au dynamisme de notre activité de financement de l'économie réelle. La banque de financement et d'investissement réalise également une performance très satisfaisante. Le pôle « Investment Solutions » [gestion privée et d'actifs, conservation, Ndlr] continue sa marche en avant. Parmi les banques ayant déjà publié leurs résultats, nous sommes le quatrième acteur mondial par notre bénéfice sur les neuf premiers mois de l'année.

Votre banque de financement et d'investissement a beaucoup moins souffert que celles de vos consoeurs américaines. Pourquoi ?

Notre modèle économique est différent. Nous ne faisons quasiment pas de trading pour compte propre. Nos activités de marché sont entièrement tournées vers des produits répondant aux besoins de financement ou de couverture de nos clients. C'est en particulier la très bonne tenue des nos activités de « fixed income » [taux et change, Ndlr], qui nous a permis de limiter la baisse de notre résultat net. Nous avons maintenu notre position de numéro un des émissions obligataires en euros, place que nous occupons pour la première fois sur le segment des entreprises. Pour nos activités actions, notre performance a été soutenue par la baisse conjuguée de la volatilité et des coûts de couverture de nos portefeuilles de dérivés.

Les nouvelles difficultés de certains pays de la zone euro auront-elles un impact sur la banque?

Notre exposition à la dette souveraine a été communiquée en détail lors de la présentation des résultats des tests de résistance fin juillet. Elle n'a pas sensiblement évolué depuis. Le seul pays « sensible » sur lequel nous détenons une position non marginale est la Grèce, avec 5 milliards d'euros d'obligations d'Etat, soit environ 0,4% de nos engagements. Sur nos marchés domestiques, qui sont en croissance, nous n'avons pas d'inquiétude particulière. Les mesures graduelles de réduction des déficits publics prises dans ces pays vont dans le bon sens et sont de nature à conforter la croissance à moyen terme.

La réforme de Bâle 3 pourrait-elle ralentir la croissance du groupe ?

L'impact, significatif, sera gérable pour BNP Paribas, compte tenu de sa solvabilité et de sa capacité bénéficiaire. Nous devrons faire face à une croissance de nos actifs moyens pondérés d'environ 70 milliards d'euros sur un total de 630 milliards d'euros au 30 Juin 2010. Sur cette somme, environ 60 milliards correspondent au durcissement des exigences pour les activités de marché. En conservant chaque année dans l'entreprise autour des deux tiers de nos résultats, nous pourrons faire face à ces exigences sans augmentation de capital. Nous disposerons dès 2013 d'un ratio core Tier One sensiblement supérieur à 7% dans les conditions de Bâle 3.

Le niveau d'activité en France est-il satisfaisant ?

Oui. Nous continuons à collecter des dépôts et la distribution de crédit est dynamique. Le marché immobilier reste très vigoureux. En un an, nos encours de crédits à l'habitat ont cru de 8,6%, à 63 milliards d'euros. Concernant le financement des PME, l'objectif que s'était fixé BNP Paribas en septembre 2009 de distribuer 5 milliards d'euros d'ici fin 2010 pour financer 40.000 projets a été atteint dès septembre.

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Jugez-vous que le maintien de la médiation du crédit soit justifié ?

Je prends acte de cette décision, mais je constate que son activité a fortement décru ces derniers mois, ce qui est une bonne nouvelle pour l'économie et traduit la forte mobilisation de l'ensemble des réseaux bancaires.

Vous êtes en avance sur votre feuille de route pour l'intégration de Fortis. Allez-vous relever votre objectif de synergies ?

L'intégration de Fortis se déroule remarquablement bien. Nous avons 6 mois d'avance sur notre plan de marche. Nous avons déjà réalisé plus des deux tiers des 900 millions d'euros de synergies prévues d'ici fin 2012. Il n'est pas exclu de relever cet objectif mais le moment de le faire n'est pas encore venu.

Par ailleurs, nous profitons du réseau de centre d'affaires dédié aux entreprises hérité de Fortis en Europe. Ainsi l'addition de BNP Paribas et de Fortis a donné naissance à un maillage sans équivalent de 150 « business centers » dans 24 pays pour servir les entreprises, de la PME à la multinationale. L'objectif est de proposer une gamme de services harmonisée en gestion de trésorerie et pour les activités de banque commerciale. Ce sont des prestations importantes pour les entreprises. Si beaucoup de grandes banques sont présentes sur ce marché, aucune ne dispose d'un réseau comparable au nôtre en Europe.

BNP Paribas Fortis en Belgique est aujourd'hui dirigée par Jean-Laurent Bonnafé. Quand son successeur sera-t-il nommé ?

En mai 2009, nous avions annoncé que le nouveau dirigeant serait nommé dans les deux ans. Ce calendrier est toujours valable.
Le prochain grand chantier dans l'intégration de Fortis se trouve en Turquie...

Ce pays affiche l'un des taux de croissance économique les plus forts dans la zone Europe - Méditerranée. Il est donc stratégique pour nous d'y disposer d'une forte présence. C'est un vecteur de croissance important pour le groupe. Avec la fusion de TEB (détenue à 50% par BNP Paribas) et de Fortis Turquie, nous deviendrons le septième acteur du pays, avec 650 agences, 10.000 collaborateurs et 3 millions de clients particuliers.

BBVA vient de signer son entrée au capital de Garanti, la deuxième banque turque. Faisiez-vous partie des candidats ?

Nous n'avons pas regardé ce dossier. Une acquisition n'est pas d'actualité dans ce pays. Nous avons désormais la taille critique sur ce marché.

Et en Italie, quelles sont vos ambitions ?

Avec 1.000 agences en 2012, contre 840 aujourd'hui, nous disposerons d'un réseau d'agences suffisamment dense. Toutes activités confondues, BNP Paribas est dès aujourd'hui le quatrième groupe bancaire, derrière Intesa, Unicredit et Monte Paschi di Siena.

Vous avez été cité comme candidat au rachat de Polbank EFG en Pologne, de certains réseaux de Banco Popolare en Italie ou encore de Pioneer, la filiale de gestion d'actifs d'UniCredit. Qu'en est-il ?

Nous ne commentons pas les rumeurs. De manière générale, il faut garder à l'esprit que BNP Paribas a un potentiel de croissance important dans son périmètre actuel. Il n'y donc aucune urgence à procéder à des acquisitions.

La crise aux Etats-Unis ne remet-elle pas en cause votre présence dans la banque de détail outre-Atlantique ?

Non. Nous souhaitons conserver BancWest, qui a retrouvé un niveau de résultat significatif. Le coût du risque continue de baisser et notre coefficient d'exploitation se maintient à un niveau satisfaisant.

BancWest pourrait-elle alors participer au mouvement de consolidation en cours dans les banques régionales aux Etats-Unis ?

Nous n'excluons rien, mais la situation économique dans ce pays nous impose la prudence.

Vous avez récemment conclu deux partenariats dans le crédit à la consommation, avec BPCE et avec Commerzbank en Allemagne. D'autres suivront-ils ?

À lire également

  • BNP Paribas dépasse les attentes du marché au troisième trimestre

De futurs accords du même type pourraient être noués dans le cadre du développement de cette activité à l'international. Nous comptons aussi nous appuyer encore d'avantage sur nos propres réseaux d'agences. De manière générale, sur tous nos marchés, c'est d'abord la croissance organique et l'attention portée à nos clients qui sont les moteurs de notre développement. Nous entendons ainsi continuer à nous donner les moyens d'être une grande banque de l'après-crise, qui soit un atout pour les économies des pays dans lesquels elle est implantée, notamment en Europe. Mais nous entendons aussi poursuivre notre développement hors d'Europe, en capitalisant notamment sur notre grande proximité de la zone Méditerranée, Afrique, Moyen-Orient, en consolidant nos positions aux Etats-Unis et en continuant à développer notre présence forte et ancienne en Asie. C'est cette dynamique de développement qui nous permet de continuer à être un recruteur important, puisqu'en 2011 comme en 2010, nous prévoyons de recruter 15.000 personnes, dont 3.000 en France.

Propos recueillis par Pierre-Angel Gay, Alexandre Maddens et Séverine Sollier

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