Carrefour Banque s'attaque à Compte Nickel et Orange Bank

Par Delphine Cuny  |   |  853  mots
Le coffret du compte courant C-zam (prononcer sésame), activable en ligne, sera vendu dans l'allée centrale des hypers et près des caisses dans les magasins de proximité de Carrefour, au prix de 5 euros. (Crédits : DR)
Le distributeur casse les prix avec un compte courant vendu 5 euros en rayon et activable en ligne, facturé 1 euro par mois. L'offre, qui sera lancée le 18 avril, va faire du mal à Compte Nickel, dont elle est inspirée, et va attaquer la cible des jeunes, lorgnée par Boursorama et par la future Orange Bank.

Peut-on encore démocratiser le compte courant quand plus de 96% des Français en sont déjà équipés ? C'est le pari de Carrefour Banque et Assurance. Créée en 1981, la filiale du géant de la grande distribution, qui proposait déjà de l'épargne et du crédit conso, lancera le 18 avril son premier compte courant, sous une forme atypique « disponible en rayon et activable en ligne en dix minutes », mariant le physique et le digital. Présenté dans un coffret contenant une carte MasterCard vendu en libre-service au prix de 5 euros, ce compte baptisé C-zam (prononcez 'sésame') sera facturé un euro par mois, sans condition de revenus, pour se différencier des banques en ligne.

Accessible à tous (sauf les mineurs, pour l'instant), y compris les interdits bancaires, ce compte ne permet pas d'être à découvert. La carte est activable après validation des pièces justificatives scannées et alimentation du compte, puis pilotable depuis une application mobile (blocage temporaire ou juste sur Internet par exemple).

« Ça, c'est l'innovation Carrefour ! C'est la démocratisation. C'est une première en France, peut-être même plus loin » a fait valoir Noël Prioux, le directeur exécutif de Carrefour France, lors d'une présentation à la presse, ce mardi. « Ça va être un succès extraordinaire ! » prédit-il.

Compte sans chèque à prix cassés

Un compte créé en quelques minutes donnant accès à un RIB et une MasterCard, sans possibilité de découvert : son offre ressemble fort au Compte Nickel, compte prépayé que l'on peut ouvrir en cinq minutes chez un buraliste, et qui a séduit plus de 500.000 personnes en trois ans. Mais le distributeur casse les prix, C-zam étant presque deux fois moins cher : la cotisation annuelle de Compte Nickel, qui se targuait pourtant d'être « 2 à 3 fois moins cher qu'un compte en banque ordinaire », est de 20 euros et chaque retrait est facturé un euro. Carrefour Banque, qui est détenue à 60% par le distributeur et à 40% par BNP Paribas, peut se permettre de rendre gratuits tous les retraits dans le vaste réseau des agences BNP (environ 1.960) et dans ses 200 points de vente en galeries marchandes.

« C'est une prestation bancaire complète pour 12 euros » considère Julien Jaillon, le directeur général de Carrefour Banque et Assurance.

Pas tout à fait complète : outre l'impossibilité du découvert, il n'y a pas non plus de chéquier, ni de dépôt d'espèces ou de chèque. « Les chèques sont de plus en plus rares et ça peut mettre à découvert » objecte le dirigeant. Il faut pouvoir alimenter et recharger le compte soit par virement (donc il faut un autre compte ou une autre carte), soit avec une autre carte bancaire.

Le public visé est d'un côté les jeunes, qui veulent créer un compte pour recevoir un salaire ou l'argent de poche des parents, et de l'autre les ménages ayant des dépenses à partager ou une cagnotte à constituer. Et aussi des retraités ne voulant pas payer de frais de commissions sur les paiements à l'étranger (un euro pour les retraits) par exemple. Sur un créneau de la "banque du quotidien" que lorgne aussi la future Orange Bank, qui misera aussi sur l'alliance du physique et du numérique et a promis « une rupture tarifaire ». Le lancement est pour mi-mai. La bataille s'annonce rude.

[L'interface de l'appli C-zam du futur compte courant de Carrefour Banque et Assurance]

Rentable dans deux ans !

Carrefour Banque dit avoir travaillé pendant deux ans sur cette offre, en interne plutôt que via un partenariat ou l'acquisition d'une néobanque (la banque de Leclerc Edel a pris le contrôle de Morning en février). Elle s'est associée à Morpho (Safran Identity en cours de cession à Advent et Oberthur) pour le contrôle des pièces justificatives (carte d'identité, passeport, carte de séjour) et à l'entreprise suisse Six Payment. « Tous les flux sont électroniquement traçables, toutes les transactions sont notifiées en temps réel » indique-t-elle.

La banque du distributeur, qui compte 2,5 millions de clients (porteurs de sa carte de paiement et fidélité Pass Mastercard emprunts, épargne, assurance), ne donne aucun objectif officiel de conquête de clients, mais avance des « ambitions très fortes ». Elle assure répondre à « une demande forte de ses clients » avec cette offre qui était « le produit qui nous manquait pour être une banque à part entière » a souligné Nadia Nikolic, la directrice commerciale et stratégie client. Les coffrets C-zam seront distribués dans ses 3.000 magasins, dans les allées centrales des grands hypers et près des caisses dans les magasins de proximité de Carrefour, City ou Market, plus urbains, fréquentés au total par 3 millions de personnes par jour.

Malgré ses prix cassés, et alors que toutes les banques en ligne sont déficitaires, l'offre C-zam de Carrefour Banque devra être « rentable en deux ans » confie Noël Prioux, qui ne semble pas en douter : « nous sommes dans les services depuis 25 ans, vente de tickets, voyages, etc. et ces activités ont toujours été rentables.»