Fraude à la carte bancaire : 18.000 signalements depuis juin, Perceval démarre en trombe

Par Estelle Nguyen  |   |  712  mots
En à peine trois mois déjà, 17 enquêtes ont ainsi été ouvertes, dont neuf ont débouché sur les identifications de malfaiteurs, selon Cyril Piat, adjoint au chef du centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N), cité par l'AFP. (Crédits : DR)
La plateforme « Perceval » de lutte contre les fraudes à la carte bancaire sur internet, lancée au début de l'été, a d’ores et déjà recueilli près de 18.000 signalements pour ce type d’escroquerie, selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, affichant un préjudice total supérieur à 5,5 millions d’euros.

Les efforts ont été payants pour Perceval. Selon les chiffres fournis par le ministère de l'Intérieur dans un communiqué du mardi 28 août, le système de plainte en ligne pour les escroqueries aux cartes bancaires, mis en place récemment par la gendarmerie, a enregistré très exactement 17.831 signalements à ce jour, représentant 42.334 usages frauduleux de cartes bancaires depuis juin 2018. Le ministère estime le préjudice total à plus de 5,5 millions d'euros.

« Cela représente désormais environ 270 signalements par jour en moyenne », a précisé le colonel Cyril Piat, adjoint au chef du centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N), cité par l'AFP, lors d'une présentation du dispositif au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, au pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale à Pontoise.

Perceval, mis en ligne depuis le 9 juin dernier et accessible sur le site service-public.fr, est une plateforme numérique inédite pour détecter les arnaques à la carte bancaire. Elle permet notamment de stopper rapidement les voleurs, tout en obtenant un récépissé permettant aux victimes de se faire indemniser par leur banque. Ce système devrait également assurer un désencombrement des commissariats, selon le ministre Gérard Collomb qui avait accordé un entretien au Point  en février dernier.

En à peine trois mois, déjà 17 enquêtes ont ainsi été ouvertes, dont neuf ont débouché sur les identifications de malfaiteurs. Le centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) de la gendarmerie nationale, qui traite directement de questions en rapport avec la criminalité et les analyses numériques, estime que ces chiffres devraient encore progresser. Cyril Piat a en effet affirmé, mercredi 29 août au micro d'Europe 1, que le pôle allait se renforcer à partir de la semaine prochaine : six gendarmes seront dédiés à temps plein à Perceval. En 2017, 360.000 pré-plaintes en ligne avaient déjà été déposées.

744 millions d'euros frauduleusement dépensés

En-deçà d'un préjudice de 500 euros par propriétaire de carte bancaire, il n'y avait qu'une infime chance que le pirate informatique de la carte soit recherché et arrêté. Les plaintes étaient alors éparpillées et débouchaient rarement sur des poursuites. L'arrivée de Perceval semble avoir changé la donne.

« Ça [Perceval] nous permet parfois d'avoir une adresse physique, une adresse mail et une adresse IP derrière laquelle on adosse, non plus un fait ou une série de faits sur une victime, mais pour des préjudices très importants », explique le lieutenant-colonel Cyril Piat, membre du centre de lutte contre la criminalité numérique, au micro d'Europe 1 mercredi.

La plateforme a été lancée avant tout pour répondre à un problème persistant d'escroquerie bancaires dans l'Hexagone, même si elles ont diminué l'année dernière. Selon un rapport de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), publié début juillet, la fraude sur les moyens de paiements émis en France avait reculé de 6,8% pour l'année 2017, à 744 millions d'euros. Les auteurs de l'étude avaient alors noté que les fraudes à la carte bancaire avaient représenté quasiment la moitié du montant total des escroqueries enregistrées, soit 360,7 millions d'euros.

La carte bancaire, le moyen de paiement le plus ciblé par les escrocs

Mais le rapport de l'OSMP fait également remarquer que la carte bancaire, mode de paiement préféré des Français, représente la quasi totalité du volume des transactions frauduleuses répertoriées (97%). Les techniques de d'usurpation se sont industrialisées d'année en année, par exemple, avec le phishing (hameçonnage), qui consiste à usurper l'identité d'une personne, d'une marque ou encore d'une administration afin de dérober des coordonnées personnelles. Des programmes informatiques spécialement paramétrés pour accéder à ce type d'informations se sont également développés.

En mai dernier, l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) avait également publié une étude selon laquelle plus de 1,2 million de ménages français avaient affirmé que leur carte bancaire avait été piratée en 2016, un nombre qui a plus que doublé en six ans puisqu'ils n'étaient que 500.000 ménages en 2010.

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