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2018, l'année noire de Facebook

Photo de Estelle Nguyen

Estelle Nguyen

Publié le 24 décembre 2018 à 09:37

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

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La dernière affaire liée aux données personnelles de ses utilisateurs met davantage l'entreprise de Mark Zuckerberg en difficulté, après une année déjà catastrophique. Retour sur les différents scandales qui ont ébranlé Facebook en 2018.

Facebook a vécu en 2018 les moments les plus compliqués de son histoire. Le plus grand réseau social au monde, qui enregistre plus de 2,2 milliards d'utilisateurs, voit sa réputation se ternir peu à peu. Le géant américain a été touché par de nombreux scandales cette année, mettant en lumière ses pratiques peu scrupuleuses en matière de protection des données personnelles de ses utilisateurs. Fin octobre, lors de la présentation des résultats du troisième trimestre, l'entreprise de Mark Zuckerberg avait indiqué que 2 millions d'utilisateurs européens avaient quitté Facebook depuis le début de l'année. Si son nombre d'utilisateurs dans le monde continue de croître, à 2,27 millions d'actifs par mois, il augmente beaucoup moins rapidement qu'auparavant.

Le 19 décembre dernier, une enquête du New York Times a révélé que Facebook s'était une nouvelle fois montré un peu trop généreux avec les données de ses utilisateurs, en donnant notamment des droits de lecture à des géants de la Tech américaine (tels que Microsoft, Yahoo, Netflix, Amazon, Spotify...) sur les messages privés des internautes et les publications de leurs amis. Un énième scandale qui vient s'ajouter à la longue liste de déboires qu'a connu le réseau social cette année...

La retentissante polémique Cambridge Analytica

Fin mars 2018, la presse britannique et américaine a révélé que Facebook avait laissé le cabinet d'analyse qui travaillait pour la campagne électorale de Donald Trump en 2016, Cambridge Analytica, siphonner les données de millions d'utilisateurs, sans leur consentement. Le groupe avait par la suite admis que les données personnelles de plus de 50 millions d'utilisateurs s'étaient retrouvées entre les mains de la société britannique et utilisées à des fins politiques.

Cette affaire marque un véritable tournant dans l'histoire de Facebook, plongeant le réseau social dans une véritable crise. Un mouvement de désabonnement avec le hashtag "#DeleteFacebook" s'était notamment répandu, la plateforme ayant perdu la confiance de ses utilisateurs, mais aussi celle des investisseurs. Conséquence : le cours de Facebook a lourdement été affecté à la suite des révélations. Début août, il a plongé de près de 20% sur une seule séance boursière, soit un effondrement inédit de 118 milliards de dollars de sa capitalisation. Le 20 décembre dernier, le procureur général de Washington DC a, par ailleurs, annoncé avoir engagé des poursuites contre le réseau social dans le cadre du scandale Cambridge Analytica.

Le piratage massif de 50 millions de comptes

Fin septembre, le réseau social a fait savoir que près de 50 millions comptes avaient été piratés. Selon une note de blog de Facebook, une faille de sécurité dans la fonctionnalité « Voir en tant que » (qui permet de voir à quoi ressemble son propre profil) en aurait été la cause. Les pirates ont alors profité de ce dysfonctionnement pour subtiliser des tokens (« jetons », en français) de connexion et ainsi accéder aux comptes personnels des utilisateurs du réseau social. Les tokens sont des clés numériques stockées dans les appareils connectés à Facebook permettent d'accéder au réseau social sans avoir à renseigner son mot de passe à chaque fois. Pour circonscrire cette attaque informatique, l'entreprise de Mark Zuckerberg avait déconnecté manuellement 90 millions de personnes (les 50 millions de comptes affectés ainsi que 40 millions de comptes qui avaient utilisé la fonctionnalité « Voir en tant que » depuis l'apparition de la faille).

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Une stratégie douteuse de communication

Fin novembre, un article du New York Times avait révélé que Facebook avait eu recours à une entreprise de relations publiques, Definers, qui était chargée de diffuser de fausses informations pour tenter de discréditer les détracteurs du réseau social. Elle devait gérer une partie des relations presse de l'entreprise, mais aussi détourner la colère vers d'autres sociétés. Dans un entretien à CNN Business, Mark Zuckerberg s'était défendu, déclarant que « la véracité de cet article n'est pas du tout évidente » pour lui. Le 22 novembre, le responsable de la communication de Facebook, Elliot Schrage, l'avait alors dédouané dans un mémo interne, en endossant l'entière responsabilité de l'embauche de Definers. « Je connaissais et j'ai approuvé la décision d'embaucher Definers et des entreprises similaires », avait-t-il écrit dans une note destinée aux employés de Facebook.

Le rôle controversé dans les violences meurtrières en Birmanie

En mars dernier, l'ONU a accusé Facebook d'avoir alimenté la crise des Rohingya, en Birmanie. Les experts des droits de l'Homme des Nations unies, qui enquêtaient sur un possible génocide contre la minorité musulmane birmane, avait affirmé que le réseau social avait joué un « rôle déterminant » dans la propagation des discours haineux dans le pays, où 30 millions de Birmans utilisent Facebook. Selon une enquête de Reuters, plus d'un millier de messages appelant à la haine contre les Rohingya ont pu être trouvés. Facebook, dont l'attitude était largement critiquée sur le sujet depuis plusieurs mois, avait promis à plusieurs reprises de renforcer substantiellement ses efforts contre la diffusion de contenus haineux et de fausses informations. La plateforme a annoncé, mercredi 19 décembre, avoir supprimé 425 pages, 135 comptes et 17 groupes liés à l'armée birmane et se faisant passer pour des médias indépendants.

Les fake news, encore et toujours

Malgré les récentes mesures pour supprimer les "fake news" (en français, fausses nouvelles, désinformation à des fins de propagande), Facebook paye encore les frais de son laxisme envers la diffusion de fausses informations et continue d'être vivement critiqué. Un nouveau rapport commandé par le Sénat américain, dévoilé la semaine dernière, a détaillé l'ampleur de la campagne d'ingérence menée par la Russie sur les réseaux sociaux pour soutenir Donald Trump durant l'élection présidentielle de 2016 et a estimé que près de 126 millions d'utilisateurs Facebook ont été confrontés à des contenus fabriqués par l'espionnage russe afin de manipuler l'opinion publique. Fin novembre, la justice britannique avait également indiqué avoir saisi des documents dans le cadre de l'enquête Cambridge Analytica, qui contiennent des éléments prouvant que Facebook avait été alerté dès 2014 de tentatives d'ingérences russes. Officiellement, le réseau social assure n'avoir eu connaissance des faits qu'après l'élection présidentielle américaine.

La dangereuse proposition faite aux banques

À lire également

  • Facebook accusé par le Parlement britannique de divulguer des données d'utilisateurs
  • Propagande russe pro-Trump : 126 millions d'Américains touchés sur Facebook
  • Zuckerberg ne veut pas démissionner de Facebook, malgré les difficultés
  • RGPD : Facebook cerné par plusieurs plaintes et actions en justice en Europe

Selon un article du Wall Street Journal paru cet été, Facebook aurait proposé à des banques américaines d'exploiter des données de clients. Le réseau social aurait approché les principaux établissements bancaires du pays, tels que JPMorgan Chase, Wells Fargo ou encore Citigroup, pour négocier le partage de données bancaires. Selon le quotidien qui citait une source proche du dossier, le groupe de Mark Zuckerberg voulait obtenir des informations sur les transactions financières effectuées par carte bancaire et connaître les soldes des comptes courants de clients aux Etats-Unis. Il n'a en revanche pas précisé quelle utilisation il souhaitait faire de ces données. Pour éviter le scandale, Facebook a tenté de rassurer en soulignant qu'il n'était pas le premier à avoir eu recours à ce procédé.

«Comme plusieurs entreprises internet avec des activités commerciales, nous nous associons à des banques et des émetteurs de cartes bancaires pour offrir des services comme le chat (une messagerie instantanée) avec les clients et la gestion de compte», avait répondu à l'AFP une porte-parole de Facebook.

Estelle Nguyen

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