Bitcoins, rapt et extorsion : « On est face à de jeunes criminels qui comprennent la crypto »
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L'écosystème français des cryptomonnaies est en état de choc. En cinq mois, quatre enlèvements ou tentatives ont été recensés, dont les deux derniers ont eu lieu en pleine rue à Paris. Quelques semaines avant ces agressions, c'était celle, sanglante, du cofondateur de Ledger. Un phénomène en pleine expansion en France, reflet d'une tendance mondiale : l'appropriation croissante des cryptos par le crime organisé.
L'expert Sébastien Martin, fondateur de Raid Square et président de la Ligue pour la sécurité du Web3, décrypte ces affaires qui ont secoué l'Hexagone et commencent tout juste à alerter les pouvoirs publics.
LA TRIBUNE — Pourquoi observe-t-on, en France, une recrudescence de ces attaques ?
SÉBASTIEN MARTIN — Il y a un effet de mode, mais aussi une reconfiguration. Si l'on regarde les études sur l'adoption des cryptomonnaies en France, on constate que celle-ci concerne surtout les jeunes, en quête de nouveaux revenus. On est donc face à des malfrats jeunes qui ont grandi en entendant parler de crypto, sans doute parfois en observant ceux qu'ils ciblent aujourd'hui. Ils comprennent l'écosystème, savent le manipuler. Leur objectif est de mettre la main sur de gros volumes d'argent. Dans la plupart des affaires, les montants visés avoisinent les 10 millions d'euros. Ce n'est plus une fracture numérique : c'est une convergence. Le même phénomène est observable à l'étranger (États-Unis, Thaïlande). Mais ce qui surprend dans le cas de la France, c'est que la notoriété des cryptomonnaies y est pourtant plus faible que dans ces pays. Or, ces attaques ne sont plus des cas isolés. C'est comme si un modus operandi, avec une mise en scène délirante, s'était installé dans l'Hexagone.
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En face, côté cibles, vous avez un public d'entrepreneurs, jeunes également. Ce sont des proies a priori faciles. Depuis l'émergence du secteur, ils n'ont pas pris le temps de se protéger. Plus précisément, ils n'ont pas fait évoluer leur communication vers des codes plus « corporate ». Bercés de rêves anarcho-libertaires, beaucoup se filment encore sur les réseaux sociaux à dépenser leur argent. Certains déclarent même en vidéo combien ils possèdent de bitcoin [dont le cours aujourd'hui atteint plus de 100 000 euros le jeton]. Ils évoluent aussi dans un écosystème, où tout le monde se connaît, oubliant les réalités du monde extérieur, lesquelles se révèlent très brutales.
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