Coupe du monde de football : pourquoi la France est désormais hors-jeu pour l'organiser

Le cahier des charges de la Coupe du monde serait trop complexe pour une organisation 100 % française.
LTD/SARAH MEYSSONNIER/REUTERS

Le cahier des charges de la Coupe du monde serait trop complexe pour une organisation 100 % française.
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Et si la France reproduisait la magie de Paris 2024 le temps d’une Coupe du monde de football ? La perspective est séduisante mais relève du fantasme, un constat partagé jusqu’au sommet de la Fédération française (FFF). Les standards désormais imposés par la Fifa pour générer toujours plus de revenus rendent la reine des compétitions inaccessible pour notre pays.
Seuls les États-continents et les pétromonarchies, comme l’Arabie saoudite, retenue pour 2034, possèdent la puissance financière pour coller au nouvel ADN du tournoi. Les autres doivent s’associer. « On est passé du pays hôte au territoire hôte », pose Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d’économie du sport (CDES).
Le cahier des charges de l’édition 2030 est éloquent. Il exige 14 stades de plus de 40.000 places, dont certains de 60.000 et 80.000. Une nécessité pour absorber un changement d’échelle : 48 équipes contre 32 au Qatar en 2022, 104 matchs contre 64.
En France, sept stades dépassent les 40.000 sièges. Il faudrait en construire autant, tout en rénovant les enceintes existantes afin de répondre à des exigences croissantes en matière d’hospitalité, de loges VIP, d’espaces commerciaux, d’infrastructures numériques et de transports. Et de rester le mieux-disant. Cet été, 16 stades seront mobilisés sur le continent américain, dont dix de 69.000 places ou plus, avec d’immenses espaces d’accueil.
Malgré ces coûts pharaoniques, le but poursuivi sera atteint. L’événement devrait être le plus rentable de l’Histoire. La Fifa prévoit d’engranger 11 milliards d’euros sur le cycle 2023-2026. C’est plus du double de celui du Mondial 2014 au Brésil, 72 % de plus que pour la Russie en 2018 et 44 % de plus que pour le Qatar en 2022.
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La billetterie devrait exploser, avec 3 milliards de dollars, soit trois fois plus qu’il y a quatre ans. Les droits TV devraient en rapporter 4 (+34 %), en partie grâce aux 16 nations supplémentaires. Les partenariats sont en hausse de 20 %. Les recettes de « match day » (produits dérivés, restauration, animations), portées par le savoir-faire américain, devraient atteindre des montants inédits.
Derrière ces chiffres, un enjeu politique. « Plus les revenus augmentent, plus les recettes distribuées aux fédérations progressent, et plus les dirigeants de la Fifa assoient leur autorité, analyse Christophe Lepetit. Les clubs aussi sont intéressés au travers de la mise à disposition de leurs joueurs. Tout l’écosystème veut plus d’argent. »
Même si la FFF, qui a annoncé hier un budget record de plus de 300 millions pour 2026-2027, risque de ne pas en gagner si les Bleus n’atteignent pas le dernier carré et milite pour une redistribution du prize money (environ 750 millions d’euros) plus avantageuse pour les grandes nations.
Jusqu’où aller ? La question préoccupe Virgile Caillet. L’expert en marketing sportif voit dans le Mondial 2026 un tournant comparable à celui des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, qui avaient lancé l’ère moderne du sport business. « Nous passons d’un événement sportif très développé économiquement à un entertainment dont le football devient presque le prétexte », observe-t-il. Les signes se multiplient : spectacle de mi-temps, multiplication des offres premium, expériences immersives dans les fan zones, merchandising renforcé, pauses fraîcheur transformées en opportunités publicitaires… Le modèle américain monétise à l’extrême.
« On ne peut pas prétendre que le football est un sport populaire et universel et réserver une grande partie de l’événement à une élite capable de dépenser plusieurs milliers d’euros », prévient Virgile Caillet. D’ailleurs, à ce prix, les stades seront-ils pleins ? Quelle image sera renvoyée au monde ? L’organisation éclatée entre trois pays complique les déplacements. En 2030, la situation sera encore plus singulière : l’Espagne, le Portugal et le Maroc accueilleront l’essentiel du tournoi, tandis que trois matchs inauguraux se dérouleront en Uruguay, en Argentine et au Paraguay.
« Le charme d’une Coupe du monde, c’est aussi la concentration des supporters dans un même pays, rappelle Christophe Lepetit. Là, on va vers quelque chose de fragmenté. » Et polluant. Selon une étude de Greenly, le Mondial 2026 générera 7,8 millions de tonnes de CO2, plus du double des émissions du Qatar en 2022.
« Alors que le Comité international olympique cherche des JOP plus raisonnables grâce à la réutilisation des infrastructures existantes, à une limitation du nombre d’athlètes et à une meilleure prise en compte de l’impact environnemental, la Fifa veut toujours plus grand, toujours plus cher, s’alarme Virgile Caillet. Je me demande si nous allons assister à un énorme succès ou à un énorme crash. » Réponse imminente.
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