L'après-COP a déjà commencé

Par Dominique Pialot  |   |  894  mots
Interrogé sur la nécessité d'un « objectif de long terme » précis dans le texte de l'accord pour donner un signal clair aux entreprises, un industriel n'y va pas par quatre chemins : un objectif fixé par les États pour 2050 ? Toutes les entreprises n'ont même pas de plan stratégique à trois ans... et d'ici là, la moitié des entreprises qui existent aujourd'hui auront disparu. (Crédits : DR)
Quels que soient les détails du texte sur lequel les États se seront mis d'accord lors de la COP21, plusieurs indices montrent que le monde est à l'aube de bouleversements qui vont modifier le cadre dans lequel évolueront les entreprises dans les prochaines décennies.

Ce n'est sans doute pas la nouvelle qui a fait le plus de bruit au cours des deux dernières semaines, pourtant, c'est peut-être le signe le plus évident que l'économie a entamé sa mue.

Un rapport, publié en début de semaine, montre que, pour la première fois depuis des décennies en période de croissance, la quantité d'émissions produites au cours d'une année dans le monde pourrait diminuer légèrement en 2015, après avoir stagné en 2014.

Une légère baisse, estimée à 0,6 %, à mettre en regard d'une croissance du PIB mondial de 3,4 % en 2014 et 3,1 % en 2015.

Cela est largement dû à la baisse de consommation du charbon en Chine, mais pourrait préfigurer ce que sera l'avenir, avec une rupture de la corrélation entre croissance et émissions. C'est le fameux découplage, qui seul rend envisageable un avenir bas carbone sans décroissance.

Cette baisse de la demande en charbon, particulièrement sensible en Chine, premier marché mondial, se ressent plus largement. Devant cette situation, de plus en plus de détenteurs d'actifs ont décidé de retirer (totalement ou partiellement) leurs fonds de ce secteur. L'ONG 350.org, qui a beaucoup fait pour amplifier le phénomène, a annoncé pendant la COP un nouveau record de 3,4 milliards de dollars (3,13 milliards d'euros) désinvestis par 500 institutions en un an. Parmi elles, de nombreuses banques dont les françaises Crédit agricole, Natixis, Société générale, BNP Paribas ou Caisse des dépôts, des assureurs comme Axa ou plus récemment Allianz, mais aussi des villes, dont Dijon, Bordeaux ou Saint-Denis...

De façon générale, le secteur financier s'organise pour mieux prendre en compte les risques liés au changement climatique.

Dernière annonce en date : le Conseil de stabilité financière (FSB), qui regroupe les banques centrales des pays du G20, vient de confier à Michael Bloomberg, ancien maire de New York et envoyé spécial des Nations unies pour le climat, l'animation d'un nouveau groupe de travail qui doit définir le cadre dans lequel les assureurs, les banques, les investisseurs devront publier les informations concernant leur gestion du risque climat. Cette initiative montre que le sujet « risque climatique » atteint désormais les plus hautes sphères de la finance.

Les entreprises s'engagent, même sans prix du carbone

Pour accélérer leur mutation vers un monde bas carbone, les entreprises réclament dans un bel ensemble que soit fixé un prix du carbone leur permettant de rentabiliser leurs investissements. En marge des négociations elles-mêmes, une prestigieuse brochette de chefs d'État sont venus, aux côtés de la Banque mondiale et du FMI, dire tout le bien qu'ils pensaient d'un tel dispositif et porter sur les fonts baptismaux la Carbon Pricing Leadership Coalition qui regroupe 73 États et régions, ainsi qu'un millier d'entreprises et investisseurs.

Les membres de We Mean Business, groupement d'entreprises fondé par le patron de Virgin, Richard Branson, ont également appelé les gouvernements à fixer un objectif clair et de long terme dans le cadre de l'accord.

Pourtant, de nombreuses entreprises n'ont pas attendu pour avancer sur la voie de la décarbonation. Au sein de l'initiative RE 100, elles sont plus de 50, dont le groupe La Poste, à viser un approvisionnement en énergie à 100 % renouvelable. Certaines sont également membres de Science Based Targets, initiative par laquelle plus d'une centaine d'entre elles s'engagent à aligner leurs objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre sur les recommandations des scientifiques du Giec, pour maintenir l'augmentation de température moyenne mondiale bien en dessous de 2°C.

Mais les entreprises ne sont pas les seules à s'être engagées de la sorte en marge de la COP. Lors du Sommet des élus locaux pour le climat organisé à l'initiative d'Anne Hidalgo, ce sont près de 1 000 édiles qui se sont mobilisés. Promettant de réduire leurs émissions annuelles de façon significative d'ici à 2030, ils se prononcent eux aussi en faveur d'une énergie 100 % renouvelable d'ici à 2050. Et cela n'est qu'une des nombreuses actions des acteurs locaux présentées au sein du Plan d'actions Paris-Lima, consacré à la société civile dans le cadre de la COP.

Les villes, leviers de la commande publique "verte"

Pendant que les États peinent à parvenir à un accord, cette mobilisation des acteurs « infranationaux » est de bon augure pour les entreprises qui développent des solutions bas carbone. Elles représentent en effet autant de marchés pour des produits et services qui leur sont indispensables pour atteindre leurs objectifs. En marge de la réunion des municipalités des capitales européennes en mars dernier, Paris, Bruxelles et Rome se sont d'ailleurs regroupées pour des commandes communes en électricité verte et véhicules électriques.

Interrogé sur la nécessité d'un « objectif de long terme » précis dans le texte de l'accord pour donner un signal clair aux entreprises, un industriel n'y va pas par quatre chemins : un objectif fixé par les États pour 2050 ? Toutes les entreprises n'ont même pas de plan stratégique à trois ans... et d'ici là, la moitié des entreprises qui existent aujourd'hui auront disparu.

En revanche, des règles stables dans le temps et imposant que la commande publique soit désormais réservée aux solutions bas carbone, voilà de quoi les pousser à accélérer sur leur lancée !