Climat : les entreprises du CAC 40 surclassent leurs homologues étrangères

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Déjà très bien classé en 2018, Danone grignote deux places et devient numéro un français, juste derrière le leader mondial Unilever. C'est notamment grâce à ses actions tout au long de sa chaîne d'approvisionnement en matière de pratiques agricoles et de gestion de l'eau, à l'économie circulaire appliquée à ses emballages ou encore à la neutralité carbone de sa marque Evian.
Déjà très bien classé en 2018, Danone grignote deux places et devient numéro un français, juste derrière le leader mondial Unilever. C'est notamment grâce à ses actions tout au long de sa chaîne d'approvisionnement en matière de pratiques agricoles et de gestion de l'eau, à l'économie circulaire appliquée à ses emballages ou encore à la neutralité carbone de sa marque Evian. (Crédits : Charles Platiau)
Plusieurs groupes français figurent dans le haut du classement publié par le cabinet EcoAct, qui note les groupes du CAC 40, du FTSE 100, du DOW 30 et de l’IBEX 35 sur le reporting de leur stratégie climatique. Mais les entreprises françaises accusent un certain retard en matière d'objectif de neutralité carbone et de recours aux énergies renouvelables.

Globalement, les notes(*) attribuées aux entreprises de quatre grands indices boursiers (le CAC 40 français, le britannique FTSE 100, l'américain DOW 30 et l'espagnol IBEX 35) concernant leur reporting et leur transparence quant à leur stratégie climat sont moins élevées que les années précédentes. Mais cela ne signifie pas qu'elles aient baissé les bras face au changement climatique, ni que leur façon de rendre compte de leurs actions en la matière se soit dégradée. C'est même tout le contraire : ce neuvième rapport réalisé par le cabinet EcoAct, qui accompagne les entreprises dans leur décarbonation, met en lumière une amélioration de leurs pratiques. [Voir le rapport intégral, en pied d'article.]

Ainsi, elles sont de plus en plus nombreuses à s'engager en faveur de la neutralité carbone, à évaluer les risques et les opportunités liés au changement climatique ou encore à définir des objectifs en ligne avec les préconisations scientifiques (Science-Based Targets). 


En réalité, cette apparente contre-performance "est due au fait que les références sont devenues plus élevées", explique Arnaud Doré, managing director chez EcoAct.

Ainsi, quand l'accord de Paris mentionnait qu'il était nécessaire d'atteindre la neutralité carbone « dans la seconde partie du siècle», il est désormais largement acquis que cet objectif doit être fixé à l'horizon 2050. C'est notamment ce qui est inscrit dans la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) révisée en 2018 comme le projet de loi climat-énergie français.

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 ["CAC 40 Principaux résultats" - Extrait du rapport 2019 d'EcoAct, page 25. Cliquez sur l'image pour l'agrandir plein écran]

Obligations réglementaires françaises plus strictes

Dans ce contexte, avec une moyenne de 61/100, les entreprises du CAC 40 surpassent celles des indices boursiers britannique, américain et espagnol pour la troisième année consécutive.

« Cette avance française est liée à des obligations réglementaires plus poussées que dans les autres pays», explique Arnaud Doré.

Ainsi, 83% des entreprises françaises ont défini un objectif de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre et 36% (deux fois plus qu'un an auparavant) ont des objectifs alignés sur les science based targets (SBT), autrement dit, sur les connaissances scientifiques définis par l'initiative Science-Based Targets (SBTi).

En plus de cette moyenne honorable, plusieurs fleurons de l'industrie française connaissent des progressions impressionnantes. Déjà très bien classé en 2018, Danone grignote deux places et devient numéro un français, juste derrière le leader mondial Unilever. C'est notamment grâce à ses actions tout au long de sa chaîne d'approvisionnement en matière de pratiques agricoles et de gestion de l'eau, à l'économie circulaire appliquée à ses emballages ou encore à la neutralité carbone de sa marque Evian. Lundi 23 septembre, au cours du sommet Action Climat des Nations unies à New York, l'entreprise s'est engagée au sein d'une « coalition » agro-alimentaire  à protéger la biodiversité.

Ces multinationales, qui opèrent dans des régions aux réglementations très diverses, adoptent pour leur stratégie et leur reporting climat des standards globaux. On notera que les deux premières places mondiales sont occupées par deux groupes de la grande consommation, sans doute soucieux de montrer patte blanche (ou verte) à des consommateurs toujours plus exigeants.

Forte progression de certains groupes français

D'autres français bondissent de plusieurs rangs, à l'image du fabricant de matériel électrique Legrand (la plus forte progression du classement, qui passe de la 23e à la 5e place française et se rapproche du numéro 3 du CAC 40 Schneider Electric) ou encore d'Engie, qui passe de la 15e à la 6e place. À la fois responsable et victime du changement climatique, le secteur de l'énergie est globalement bien placé, avec une moyenne générale de 72% et deux groupes, les espagnols Iberdrola et Acciona, devenus majoritairement producteurs de renouvelables, qui pointent aux 4e et 6e rangs mondiaux. « Le secteur progresse encore, notamment en faisant ressortir les risques que présente le réchauffement pour le refroidissement des centrales thermiques », souligne Arnaud Doré.

Mais c'est BNP Paribas qui connaît la progression la plus remarquable, en passant de la 13e à la 4e place mondiale, et se distingue dans un secteur globalement mal noté. Banques et assurances sont massivement alignées (à 92% sur les quatre indices) avec les recommandations de la TCFD (Task force on climate-related financial disclosure), le groupe de travail mis en place fin 2015 lors de la COP21 par le Conseil de stabilité financière du G20 pour encadrer le reporting en matière de risques et d'opportunités liés au changement climatique. Pourtant, elles se contentent trop souvent de respecter ces prescriptions en matière de reporting de leur risque climat et de limiter leurs actions concrètes à une réduction de leur exposition au charbon... « BNP Paribas, au contraire, est d'ores et déjà neutre en carbone sur son périmètre opérationnel, en ayant fortement réduit ses émissions et en compensant ses émissions résiduelles notamment via un important projet forestier et de développement local au Kenya, souligne Arnaud Doré. La banque s'est également livrée à une évaluation très complète de son risque climat sur la base de plusieurs scénarios... » BNP Paribas, qui s'approvisionne à 32% en électricité renouvelable, est aussi le 3e émetteur de green bonds.

Les Français moins accros aux renouvelables

A l'instar de Danone avec Evian, le CAC 40 dans son ensemble montre la voie en termes de développement de produits et services neutres en carbone. Mais ses entreprises sont en retard lorsqu'il s'agit d'atteindre la neutralité carbone sur l'ensemble de leurs opérations. Seules 25% se sont fixé cet objectif, déjà atteint par 2 d'entre elles (BNP Paribas et Atos) seulement.

En outre, le recours aux énergies renouvelables reste l'un de ses points faibles. A l'échelle mondiale, de nombreuses entreprises tentent de verdir leur consommation énergétique et viennent grossir les rangs du RE100, un réseau international qui rassemble celles qui prévoient de passer aux 100% renouvelables au plus tard en 2050.

Mais en comparaison à des régions du monde où les renouvelables se substituent plus directement aux énergies fossiles, elles séduisent moins en France, où le débat reste ouvert sur les vertus du nucléaire face au changement climatique. Les contrats d'achats directs auprès de producteurs d'électricité verte (PPA pour Power Purchase Agreements), qui permettent à des entreprises ou des collectivités de s'approvisionner sans passer par les opérateurs nationaux, commencent tout juste à y faire leur apparition. Le CAC 40 ne compte encore aucun groupe passé aux 100% renouvelables.

Surtout, malgré son premier rang, le CAC40 dans son ensemble progresse lentement et présente une grande variation de scores (de 25% à 86%) illustrant sa grande hétérogénéité et un écart croissant entre premiers et derniers de la classe.

Arnaud Doré, optimiste quant à l'évolution des pratiques des entreprises, françaises ou étrangères, assure en guise de conclusion :

« Les patrons ne veulent plus seulement transmettre à leurs enfants un patrimoine financier, mais aussi une planète vivable ! »

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(*) Les entreprises sont notées en fonction de 61 critères couvrant quatre domaines : Mesure et rapports ; Stratégie 
et gouvernance ; Objectifs et réduction ; Engagement et innovation, et sur la base des documents et communications les plus récents et accessibles depuis le site Internet de l'entreprise.

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ANNEXE
Lire le rapport annuel dans son intégralité (pdf):

"Performance en matière de reporting climat : où en sont les entreprises du CAC40" [Rapport annuel, sept. 2019, EcoAct]

EcoACT, COUV, rapport, CAC 40, performance, reporting climat,

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Commentaires
a écrit le 25/09/2019 à 13:33 :
Unilever premier de la classe?
Sur quels critères ? La plupart des produits de cette entreprise sont issus de l'agrobusiness, chimie, pesticides, ogm et déforestation.
Compenser n'empêche pas de polluer. On a donné un prix au carbone, c'est une erreur, les entreprises peuvent acheter, vendre des droits et continuer à polluer en se donnant bonne conscience.
a écrit le 25/09/2019 à 10:12 :
très joli tout cela, mais ce sont les mêmes qui ont des actions dans d'autres sociétés qui rasent des forêts, exploitent des mines de charbons etc ...
le GREENWACHING à de beaux jours devant lui......
a écrit le 25/09/2019 à 9:10 :
Premier domaine maritime quand-est-ce que l'on déploie des éoliennes offshore et marée motrice partout dans le monde ? Quand est-ce que l'on déploie une flotte maritime pour nettoyer les océans et le facturer aux principaux pollueurs ? Quand est-ce que l'on retrouve enfin un peu de puissance politique pour avancer enfin !?

Des comptables ça fait pas des dirigeants.
Réponse de le 25/09/2019 à 10:12 :
Et des climatologues piquousés aux rapports des collapsologues compulsifs du giec non plus...
On attend des entreprises du CAC 40 et de leurs dirigeants qu'elles surclassent leurs homologues étrangères en terme d'innovations et de performances financières.
Réponse de le 25/09/2019 à 12:14 :
Deuxième derrière les États-Unis

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