Quand McDonald's teste l'économie circulaire

Par Giulietta Gamberini  |   |  957  mots
En 2018, à Lyon, trois camions de 26 tonnes roulant au biogaz devraient livrer les marchandises et en même temps collecter les bio-déchets de 24 restaurants McDo. Martin Brower espère en récupérer quelque 9 tonnes annuelles par magasin, et ainsi produire deux tonnes de biogaz, suffisantes pour couvrir 7.500 kilomètres. (Crédits : Leonhard Foeger)
A Lyon, le logisticien de la chaîne de restauration rapide, Martin Brower, a mis au point un camion collectant les bio-déchets de cuisine et circulant au biogaz. Une solution qui contribuerait à la lutte contre le changement climatique et la pollution, mais qui permettrait aussi à McDonald's de répondre à ses obligations réglementaires.

Pour McDonald's, c'est l'occasion d'avancer sur un dossier à cause duquel il est souvent pointé du doigt. Et pour son logisticien exclusif, Martin Brower, celle de davantage peaufiner sa stratégie de livraison urbaine, qui doit concilier des objectifs de limitation du bruit, de la pollution et de l'encombrement des routes. Les filiales françaises des deux entreprises américaines testent main dans la main une solution de valorisation des bio-déchets de cuisine qui se veut un pur exemple d'économie circulaire: un camion qui optimise les livraisons en récupérant en même temps le flux de sortie des cuisines, et qui utilise pour rouler le biogaz issu de la méthanisation de ces derniers.

Une solution ergonomique

"Afin de toujours offrir le meilleur service à nos clients, au moment de l'approvisionnement des magasins, nous récupérions déjà certains déchets de McDonald's comme les cartons, les films en plastique et de l'aluminium. Mais pour étendre cette démarche aux bio-déchets de cuisine, il fallait trouver une solution ergonomique pour les restaurants comme pour les chauffeurs": à savoir un processus limitant les mauvaises odeurs et assurant l'absence de tout contact entre les ordures et les marchandises livrées, explique le directeur général de Martin Brower France Olivier Chasseloup.

C'est la directrice de la qualité de la filiale française, Sabine Devienne, qui a eu la bonne idée. En un an, avec le soutien -y compris financier- de l'Ademe, de Grdf, ainsi que de nombreux autres partenaires techniques, le logisticien a mis au point un camion équipé d'un réservoir dédié sous la caisse du véhicule et d'un aspirateur qui permettent de récupérer les déchets organiques de manière étanche pendant les opérations de déchargement des produits destinés au restaurant. Ces bio-déchets auront été préalablement broyés dans de grands cylindres dans les cuisines.

"L'aspiration se faisant par dépression, au lieu que via une pompe, l'opération ne dépasse pas les 60 décibels autorisés dans le cadre de la norme Piek à laquelle nous adhérons", ajoute Olivier Chasseloup.

Moins de gaz à effet de serre

Les bio-dechets sont ensuite stockés dans le centre logistique de Martin Brower, le temps d'atteindre le volume nécessaire afin d'optimiser leur transport au centre de méthanisation le plus proche, où ils sont transformés en engrais et biogaz... qui constitue justement le carburant du camion de collecte. La mise en place de cette boucle engendre plusieurs avantages, souligne Olivier Chasseloup:

"Les émissions de gaz à effet de serre d'un camion circulant au biogaz sont de 80% inférieures à celles d'un camion alimenté par des énergies fossiles. Celles d'oxydes d'azote baissent de 70%. Et puisque non seulement le moteur, mais aussi le groupe froid est alimenté par le gaz, le bruit est réduit de moitié."

Sans compter qu'une telle démarche non seulement répond à une obligation réglementaire -celle du tri des biodéchets en cuisine-, mais "confirme aussi la possibilité de déploiement de dispositifs de 'reverse logistic', en posant ainsi la question de la possibilité d'étendre ce système à d'autres flux de déchets -déchets recyclables produits en salle, gaspillage alimentaire produit en salle- et à d'autres dispositifs -ex: réutiliser des contenants pour la livraison des restaurants au lieu d'utiliser des cartons à usage unique-", souligne Laura Chatel, chargée de plaidoyer chez l'association Zero Waste France, qui en mai avait dénoncé l'augmentation des ordures issues des magasins de la chaîne de restauration.

24 restaurants concernés en 2018

Un test partiel, avec un camion équipé du réservoir, mais qui ne circule pas au biogaz, a déjà commencé à Lyon pour collecter les bio-déchets d'un restaurant. L'objectif est de vérifier le fonctionnement de la machine, les besoins en formation du personnel, la pertinence du processus, avant de réfléchir à d'éventuelles améliorations, explique Martin Brower, qui jusqu'à présent constate des résultats plutôt positifs.

En 2018, il devrait s'amplifier: trois camions de 26 tonnes, roulant au biogaz cette fois, devraient livrer les marchandises et en même temps collecter les bio-déchets de 24 restaurants. Martin Brower espère en récupérer quelque 9 tonnes annuelles par magasin, et ainsi produire deux tonnes de biogaz, suffisantes pour couvrir 7.500 kilomètres. Chaque restaurant continuera d'être livré une seule fois par semaine, afin de réduire les nuisances aux riverains, et chaque tour permettra d'en servir trois.

1.400 restaurants éligibles

"Si le test marche, je ne vois pas ce qui nous empêcherait d'étendre la démarche à 500 voir 1.000 restaurants à plus long terme", espère Olivier Chasseloup, pour qui ce ne serait qu'une "continuité dans la palette des services de Martin Brower à son principal client en France".

Tous les restaurants ne pourront toutefois pas être concernés, en raison de la taille du cylindre où les bio-déchets sont broyés, qui fait un demi-mètre de diamètre et 1,6 mètre de hauteur, et qui demande donc une communication facile entre le camion et la cuisine. Mais en France, les McDo éligibles seraient environ 1.400.

Martin Brower explore par ailleurs d'autres applications de l'économie circulaire. Le logisticien a déjà expérimenté des véhicules circulant avec du biocarburant issu de l'huile de friture usagée, dont 17 ont circulé pendant 5 ans en région parisienne. "Le test, autorisé de manière dérogatoire, a dû être interrompu faute de reconnaissance de ces véhicules par l'administration fiscale", regrette Olivier Chasseloup. 30% du carburant de l'ensemble des camions de l'entreprise est toutefois toujours issu de cette huile, et un camion bi-température (froid et frais) à 100% électrique roule déjà à Toulouse.

"Nous ne nous fermons aucune porte", résume Olivier Chasseloup.