Seat va-t-il, à son tour, quitter la Catalogne ?

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Installé à Martorell, en Catalogne, Seat a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de quitter la région mais que son développement économique exigeait un environnement politique stable.
Installé à Martorell, en Catalogne, Seat a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de quitter la région mais que son développement économique exigeait un environnement politique stable. (Crédits : © Albert Gea / Reuters)
L'irrédentisme catalan fait peur aux milieux d'affaires et, après les banques, tous les regards sont tournés vers Seat, le constructeur automobile qui a son siège et une immense usine à Martorell. La marque a indiqué qu'elle n'avait aucune intention de déménager, mais a prévenu que son développement économique exigeait un environnement politique stable. Les enjeux derrière l'implantation de Seat en Catalogne sont en réalité beaucoup plus stratégiques pour le groupe Volkswagen...

« Seat est-elle une marque espagnole ou catalane ? » Cette question, manifestement, Luca di Meo ne l'attendait pas et le PDG du constructeur automobile espagnole sèche pour la première fois, lui pourtant si brillant. Nous sommes début septembre au salon automobile de Francfort moins d'un mois avant l'emballement politico-médiatique du référendum d'indépendance engagé par la région catalane.

Pas de prise de position partisane

Une semaine après le référendum, déclaré illégal par Madrid, mais qui doit permettre, selon le président de la région, une déclaration unilatérale d'indépendance, de grands groupes ont annoncé leur départ vers d'autres cieux. A commencer par Sabadell, la cinquième banque d'Espagne, puis Caixa Bank, la première de Catalogne et deuxième du pays.

Le nom de Seat a aussi été évoqué dans certains organes de presse. Le groupe automobile a son siège et une importante usine à Martorell à 45 minutes de Barcelone. « Nous ne prenons pas parti dans ce débat », nous répond-on chez Seat. Et pourtant, le sujet est grave car en cas d'indépendance, la Catalogne ne ferait plus parti de l'Union européenne ni du marché unique, sauf exception au terme d'un processus très long de négociations et d'intégration... Trop long, trop compliqué, pour les investisseurs qui veulent de la visibilité.

Une usine conséquente

Dans le cas de Seat, l'enjeu ne réside pas seulement dans sa seule marque. L'usine de Martorell est stratégique dans le dispositif industriel du groupe Volkswagen, la maison-mère, puisque c'est là que sont produits les Audi A3 et A1 mais également les Seat Ibiza Leon et Arona. En 2015, ce site a produit près de 477.000 voitures et l'arrivée de la nouvelle Ibiza a encore mis sous tension les lignes de production, d'autant que le Q3 sera renouvelé l'année prochaine.

Il est dès lors difficile d'envisager le site de Martorell en-dehors d'une zone commerciale conséquente, et le marché des 8 millions de catalans ne suffira pas. Sauf qu'il est plus compliqué de déplacer une usine que le siège d'une banque, et à plus forte raison lorsqu'on y a encore récemment investi des capitaux.

La nécessité d'un "contexte politique stable"

Vendredi, l'agence de presse espagnole Efe est parvenu à recueillir des mots d'un dirigeant de Seat. D'après celui-ci, Seat n'a pas l'intention de quitter Barcelone. « Seat est une entreprise dont les racines sont à Barcelone, en Catalogne et en Espagne. Mais en même temps, c'est une multinationale avec une vision globale et comme chaque entreprise, elle a besoin d'un contexte politique stable », aurait ainsi déclaré cette source.

Autrement dit, Seat n'a pas défini de plan de départ, mais il pourrait néanmoins reconfigurer son dispositif industriel si la région entrait dans une phase d'instabilité de long terme.

Seat en pleine renaissance

Pour le groupe Volkswagen, ce serait une mauvaise nouvelle qui adviendrait au moment où Seat sort de sa période de convalescence après des années et des années de pertes financières. La marque espagnole a réussi son repositionnement commercial avec une nouvelle gamme bien reçue dont l'Ateca arrivé en 2016, son premier SUV. La nouvelle Ibiza et l'Arona, un SUV compact, doivent amplifier le mouvement avant l'arrivée d'un troisième SUV l'année prochaine. Jamais Seat n'avait vendu autant de voitures. Au premier semestre, les ventes ont augmenté de près de 14% en comparaison avec la même période de 2016 qui était déjà record.

Luca di Meo se réjouit également de la situation financière assainie du groupe. Sur le premier semestre, le bénéfice opérationnel s'est élevé à 130 millions d'euros, à comparer aux 143 millions de profit engrangés pour l'ensemble de l'année 2015.

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Commentaires
a écrit le 10/10/2017 à 7:35 :
En cas d'indépendance donc d'éjection durable de la Catalogne de l'UE et de l'€, il n'y aura pour Seat que deux alternatives :
-soit le montant des droits de douane et l'effet de la perte de débouchés vers l'Espagne (qui préférera acquérir des Renault fabriquées à Séville ou des Citroën fabriquées à Vigo que des Seat fabriquées dans la félonne Catalogne) sont compensés par des baisses de coûts de production donc des salaires (10 à 15% pour les droits de douane et 10 à 15% pour baisser suffisamment les prix pour ouvrir de nouveaux débouchés) soit une baisse des salaires de 25 à 30% nécessaire
-soit le départ de Catalogne de l'usine Seat.
Réponse de le 10/10/2017 à 16:01 :
Un petit peu plus compliqué que cela. Une sortie de l'UE entrainerait également automatiquement une sortie de l'Euro. La monnaie locale serait fortement dévalué, ce qui permettrait certes de baisser le coût des salaires, mais à l'inverse augmenterait énormément les coûts des importations. Quant aux droits de douane, l'UE ne fera pas de cadeau à la Catalogne indépendante sur ses exportations. C'est donc beaucoup plus risqué pour eux que pour la Grèce qui n'a pas un poids industriel aussi important. Et on a vu que les Grecs ont préféré faire marche arrière face à un risque économique d'une sortie de l'Euro trop élevé.
Réponse de le 10/10/2017 à 20:02 :
J'avoue ne pas savoir si l'usine Seat de Martorell a autour d'elle en Catalogne les équipementiers nécessaires pour ne pas trop dépendre de pièces détachées importées d'Espagne ou d'ailleurs en Europe. Reste que les droits de douane à l'export constituent un sévère frein aux exportations.

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