Un ciel tacheté de nuages cotonneux, des coquelicots émergeant des herbes folles et baignant au milieu des betteraves… Puis, dans ce doux décor, la guerre qui surgit. Brusquement. Ici, ces champs striés de fortifications. Là, des villages ravagés ou des barbelés acérés scintillant sous le soleil ardent. Dans les plaines infinies de la région de Zaporijjia, dans le sud-est de l’Ukraine, le conflit avec la Russie rugit partout. Mais, à l’image de ce qui se passe sur les quelque 1200 kilomètres de ligne de front, ici aussi l’espoir a changé de camp. Depuis plusieurs semaines, l’armée de Kiev retrouve enfin l’initiative face aux assauts russes.
Sous la canopée de hêtres, voilà qu’apparaît un blindé, bardé d’un manteau de pics de ferrailles, censés minimiser la déflagration des drones kamikazes FPV (pilotés en immersion). De ce porc-épic sur roues émergent deux hommes, l’un avec la jambe sanguinolente, l’autre ceint d’un bandage enroulé sur le crâne. Suivent une nuée de soldats casqués, sanglés de leur gilet pare-balles, bienheureux d’avoir secouru leurs camarades.
« Ça a bien tapé mais nous sommes vivants, en forme, Dieu merci ! On va les hacher, les buter jusqu’au bout ! » ricane Denis, l’un des deux blessés. « On n’est pas en train d’envahir un voisin, on se bat pour notre terre pour nos frères d’armes, et on continuera d’avancer encore et encore », abonde Pavel, son camarade, yeux cernés et dilatés. Une petite heure plus tôt, alors qu’ils partaient sur un quad approvisionner la ligne de front, les deux hommes se sont fait repérer par un drone russe qui les a manqués de peu. Sonnés, blessés, ils se sont dissimulés dans un bosquet avant d’être secourus par leurs compagnons d’armes.