Jimenez quitte Novartis après avoir radicalement changé la stratégie du labo

Par Jean-Yves Paillé  |   |  685  mots
Joseph Jimenez a misé sur les nouvelles médecines, plus particulièrement en oncologie. (Crédits : Reuters)
Le directeur général de Novartis quittera la société en 2018. Durant ses huit années de mandat, le laboratoire s'est recentré sur une poignée d'activités pour tenter de retrouver une croissance qui fait défaut depuis quelques années.

Après huit années passées à la tête de Novartis, Joseph Jimenez va se retirer. Il sera remplacé par Vasant Narasimhan, dirigeant de la partie développement des médicaments, à partir du 1er février 2018, mais restera conseiller du laboratoire jusqu'au 31 août, date à laquelle il quittera l'entreprise, a annoncé le laboratoire suisse, lundi 4 septembre. Joseph Jimenez a expliqué partir pour des "raisons personnelles et familiales". Novartis a salué son action, estimant qu'il a "rajeuni" le portefeuille de médicaments, et permis à Novartis d'encaisser sans problème la fin de deux brevets importants, dont celui du Glivec, un anticancéreux qui a généré près de 5 milliards de dollars annuels à son pic de ventes.

Panne de croissance

Le bilan du patron de Novartis est-il si flatteur ? Tout en menant des changements radicaux de stratégie au sein du laboratoire, comme le rappelle Novartis, dans le communiqué, il est parvenu à maintenir ce dernier dans le top 3 des géants de l'industrie du médicament. En 2016, le laboratoire suisse était le numéro 2 mondial en termes de ventes, derrière Pfizer et devant son compatriote Roche. En 2014 et 2015, il avait même ravi cette place au géant pharmaceutique américain.

Mais Novartis est aujourd'hui en panne de croissance. En 2016, son chiffre d'affaires chutait de 2% à 48,5 milliards de dollars. Son résultat opérationnel - un indicateur clé de la rentabilité - reculait de 8% à 8,27 milliards de dollars. L'année précédente, son chiffre d'affaires avait chuté de 5% à 49,4 milliards de dollars. En 2010, Novartis générait pourtant 50,6 milliards de dollars. Entre temps, la société suisse a subi la concurrence des génériques, qui ont grevé les revenus de certaines de ses marques de médicaments.

Pour trouver des relais de croissance solides, Joseph Jimenez a mené d'importantes cessions ou échanges d'actifs et s'est recentré sur les activités du laboratoire les plus susceptibles de créer de la valeur, une stratégie adoptée aujourd'hui par bon nombre de big pharmas. Ainsi, Novartis a cédé son activité Santé animale en 2015 à Eli Lilly. La société suisse a ensuite vendu son activité vaccins à GSK en 2015. Puis il s'est allié à ce dernier la même année créant un joint-venture pour vendre des médicaments sans ordonnances.

Dans l'esprit de la stratégie impulsée par Joseph Jimenez, Novartis pourrait vendre prochainement un autre actif : soin activité ophtalmologie (lentilles de contact, chirurgie,...) gérée par sa filiale Alcon. Alcon avait été rachetée à Nestlé pour 50 milliards de dollars en 2008. Une somme élevée que Novartis a du mal à rentabiliser depuis. En 2016, Alcon générait 5,8 milliards de dollars, en perte de 3% sur un an.

Médicaments "innovants", génériques et nouvelles molécules

En parallèle, le premier laboratoire pharmaceutique suisse a accéléré dans les génériques et les biosimilaires (copies de médicaments biologiques) avec Sandoz, en promettant de tripler le nombre de ces derniers d'ici à 2020. Joseph Jimenez a également misé sur les nouvelles médecines, plus particulièrement en oncologie (il a acquis plusieurs molécules de GSK). Et ce, avec une grande réussite: Novartis est devenu le premier laboratoire à lancer un traitement contre le cancer basé sur l'édition du génome (CAR-T), une nouvelle génération d'anticancéreux dont les revenus pourraient représenter un important relais de croissance. Il a également connu des déconvenues. Il avait annoncé le développement avec Google de lentilles connectées pour suivre le diabète. Elles devaient être testées cliniquement sur des humains en 2016. Mais le géant américain et le laboratoire suisse ont annoncé qu'il était trop tôt pour réaliser des essais cliniques, et n'ont pas fixé de nouvelle échéance.

Reste à savoir si la stratégie développée par Joseph Jimenez portera ses fruits durant le mandat de Vasant Narasimhan. Certains analystes, à l'instar de ceux du cabinet de conseil Evaluate Pharma y croient. Ces derniers estiment qu'en 2022, Novartis sera le numéro 2 mondial - derrière Roche - en termes de ventes de médicaments prescrits.