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Angola : nouvelles déclarations d'Isabel dos Santos, remportera-t-elle le bras de fer avec le président Lourenço ? [Exclusif]

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 26 juillet 2018 à 16:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:42

Isabel Dos Santos Lounco Angola

Isabel Dos Santos Lounco Angola

LTA/Reuters

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Photo d'illustration de l'article
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C’est le sujet qui domine l’actualité économique en Angola ces derniers jours. Isabel Dos Santos et Joao Lourenço sont à nouveau en guerre, suite à la révocation par ce dernier de la concession attribuée par son prédécesseur à la société Atlantic Ventures pour la construction d’un port en eaux profondes au nord-ouest du pays. Entre autres motifs invoqués : non-respect de la loi sur les marchés publics. Mais alors que le ministère des Transports a déconstruit, dimanche dernier, l’argumentaire de cette...

«Les décisions actuelles de réexamen des concessions sont motivées par des considérations politiques». C'est ainsi qu'Isabel dos Santos, contactée ce mercredi 25 juillet par La Tribune Afrique, considère l'annulation par le président angolais Joao Lourenço de la concession d'un port en eaux profondes à Barra do Dande, une commune au nord-ouest du pays bordée par l'Océan atlantique.

Les faits

Cette nouvelle guerre entre la femme la plus riche d'Afrique et le régime succédant à son père -José Eduardo dos Santos- à la tête de l'Angola naît, début juin, lorsque le président Lourenço annule, par décret présidentiel, la concession attribuée par son prédécesseur à Atlantic Ventures (AV) pour la construction du port de Dande. Le gouvernement reproche à la démarche à l'ancien président de « ne pas avoir respecté les dispositions légales » sur les marchés publics, en octroyant le projet sans appel d'offres préalable.

Pour rappel, la concession est attribuée à AV le 20 septembre 2017 par décret présidentiel d'Eduardo dos Santos, appuyée -selon les autorités- d'une garantie souveraine de l'Etat de 1,5 milliard de dollars, soit le coût du projet, pour faciliter le démarrage des travaux. Le projet est d'envergure puisque le port devrait être équipé d'un quai de 1 600 m, s'étendre sur une superficie d'environ 100 ha et disposer d'une capacité de 3 millions d'EVP (Equivalent vingt pieds) par an, soit 3 millions d'unités de conteneurs chaque année.

Dans un communiqué transmis à la presse locale le 18 juillet dernier et consulté par La Tribune Afrique, AV se dit « surpris », dénonçant une « décision infondée » et « expropriatoire au regard du droit angolais et du droit international ». Le document de quatre pages défend la conformité à la loi du processus d'octroi du marché public et de toutes les clauses y afférentes.

A qui appartient réellement AV ?

Chargé par le président Lourenço d'y répondre, le nouveau ministre des Transports, Ricardo Viegas Abreu, a pris quatre jours pour préparer un interminable et cinglant communiqué d'environ 15 pages publié dimanche 22 juillet, dans lequel il répond, point par point, l'argumentaire d'AV, dénonçant plusieurs « fausses informations ». Entre autres, la propriété d'Isabel dos Santos et la capacité de l'entreprise à réaliser le projet. Selon le ministère, Atlantic Ventures, société anonyme de droit angolais, aurait été créée le 9 juin 2017, soit « trois mois et 11 jours avant la date de publication du décret présidentiel [de José Eduardo dos Santos, NDLR], seulement six jours avant l'investiture du Président de la République élu [M. Laurenço] ». Le société ne présente donc aucune expérience dans le domaine des infrastructures portuaires.

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Atlantic Ventures serait la propriété, selon le ministère, de cinq Angolais dont « il est de notoriété publique que ces personnes n'ont aucune expérience dans les activités de concession ». Le ministère pointe également le faible capital de l'entreprise qui ne serait que de 4 000 000 de kwanzas, soit environ 15 000 de dollars, pour réaliser un projet de 1,5 milliard de dollars.

« Ni Isabel dos Santos, ni aucun des principaux investisseurs étrangers dans le secteur portuaire ne font partie de la structure actionnariale de cette société », déclare le ministère, démentant également la participation de 40% de l'Etat dans AV, comme laisse entendre l'entreprise dans son communiqué. Quel est donc le lien d'Isabel dos Santos avec AV ?

« Investisseur minoritaire et indirect» dans AV ?

Selon un article de Maka Angola sur Isabel dos Santos et la Sonangol, publié en mai 2016, Fidel Kiluange Assis Araújo (actionnaire n°1 selon le tableau ci-dessus) serait le « représentant légal» d'Isabel dos Santos. Il représenterait la milliardaire dans « plusieurs entreprises en Angola », d'après la même source. Isabel dos Santos a-t-elle eu le même recours dans le cas d'AV. Dans l'affirmative, il s'agirait donc d'un prête-nom.

Dans un article daté du 15 avril 2017, le quotidien angolais Folha 8 décrit Fidel Kiluange Assis Araujo comme « l'avocat angolais d'Isabel dos Santos». « Normalement, le processus d'enregistrement des sociétés d'Isabel dos Santos en Angola est fait par Fidel Kiluange, qui agit comme son avocat », écrit la même source. La Tribune Afrique a directement posé la question à la femme d'affaires angolaise sur le rôle, à ses côtés, de Fidel Kiluange.

«Isabel dos Santos est l'un des investisseurs du projet portuaire, avec une participation minoritaire et indirecte, par le biais d'une de ses entreprises.[...]Les noms des personnes dans le communiqué de presse du ministère sont des avocats et des fiduciaires qui travaillaient à l'incorporation d'Atlantic Ventures, des fournisseurs de services juridiques au groupe d'investisseurs [du port de Dande, ndlr] », confie la milliardaire à La Tribune Afrique.

Si sa participation est « minoritaire et indirecte », pourquoi une si forte levée de boucliers de la part d'Isabel dos Santos ? A la question de savoir si Fidel Kiluange est son avocat, elle répond : «Il est avocat et fournit des services juridiques à plusieurs sociétés et personnes».

Toutefois, la démarche n'est pas illégale. Pour investir dans des entreprises jugées prometteuses, de nombreux hommes et femmes d'affaires, y compris en Afrique, font recours à des prête-noms ou mandataires. Et l'Angola ne fait pas exception. « Non pas du tout, il n'est pas interdit de se faire représenter légalement en Angola », reconnait dans un entretien avec La Tribune Afrique Carlos Rosado de Carvalho, économiste angolais, professeur à l'Université catholique d'Angola et directeur de l'hebdomadaire économique Expansao.

Des failles dans la loi ?

Pour ce qui est de l'illégitimité de l'attribution du projet à AV avancée par l'actuel gouvernement, Isabel dos Santos persiste et signe : « la loi sur les contrats publics n'est clairement pas applicable aux concessions dans le secteur des transports ».

La femme d'affaires fait valoir la deuxième édition du Manuel pratique des contrats publics en Angola publié en mars 2017 et disponible sur le site du ministère des Finances. Faisant référence au premier paragraphe de l'article 2 de la loi sur les marchés publics, le document à la page 17 stipule : «Dans certains secteurs, il y a des diplômes spéciaux définissant le système de formation des concessions, excluant l'application de la LCP [loi sur les contrats publics, NDLR]. Par exemple, les concessions dans le secteur pétrolier, le secteur des transports, le secteur du diamant aussi bien que le secteur des Jeux d'argent».

«La loi sur les concessions dit expressément qu'aucun appel d'offres public n'est requis, car il s'agit d'un investissement privé. Elle stipule que les propositions sont soumises au gouvernement pour analyse et qu'il existe une longue liste d'exigences, de conditions et de documents que les investisseurs doivent remplir», argue la femme d'affaires avant d'ajouter :«La concession a été décernée et approuvée par le Conseil des ministres, pas seulement l'ancien président.[...]Le projet, qui a débuté sur la base de la construction, de l'exploitation, de la propriété et du transfert -BOOT- doit être détenu et géré pendant 30 ans, après quoi la propriété reviendra au Gouvernement angolais.La même chose se fait dans d'autres pays africains, au Nigeria aussi».

«La garantie de 1,5 milliard de dollars n'a jamais existé»

Selon Isabel dos Santos, ce projet porté par l'ancien gouvernement depuis 2007, mais suspendu plus tard «en raison du manque de ressources financières de l'État», est remis au goût du jour en 2015, lorsque le groupe d'investisseurs engagé à le réaliser via AV «soumet une proposition au gouvernement et commence à travailler avec le ministère des Transports».

Au sujet de la garantie souveraine de 1,5 milliard de dollars reçue de l'ancien gouvernement, dont l'équipe de Joao Lourenço insiste sur l'existence, Isabel dos Santos nie en bloc, et élude au passage la question sur la garantie de l'Etat.

«Le projet a été financé par des investisseurs privés avec leurs propres fonds et financé par des banques commerciales internationales. L'ancien gouvernement n'a jamais donné d'argent. Il n'y a pas de fonds publics impliqués.C'est de l'argent, du capital à 100% privé.Il n'y avait pas 1,5 milliard de dollars donnés par l'ancien gouvernement. Cela n'existe pas», insiste-t-elle.

Mais qui sont ces investisseurs privés et à hauteur de combien ont-ils investi ? Combien la femme d'affaires angolaise a-t-elle personnellement investi dans cette entreprise ? Quelles sont les banques commerciales internationales qui ont financé le projet ? Si l'actionnariat dressé par le ministère n'est pas correct, quel est le réel actionnariat d'Atlantic Ventures ? Au moment où nous publions cet article, Isabel dos Santos n'avait toujours pas fourni les documents. Nous les publierons dès que nous les aurons.

Certains y voient déjà sa «chute»

Depuis son accession au pouvoir le 26 septembre 2017, Joao Lourenço s'est fixé l'objectif d'assainir la gestion de l'Etat en mettant un point d'honneur à la transparence, afin que les contrats publics notamment, bénéficient au mieux au pays. Outre le limogeage d'Isabel dos Santos de la présidence de la Sonangol, il a annulé plusieurs contrats de la femme d'affaires et de son frère, José Filomeno dos Santos, d'un total de «plus 20 milliards de dollars», selon le média portugais Expresso.

Actuellement, de nombreux Angolais voient déjà venir de loin «la chute» de la fille de l'ex-président comme titrent certains médias. De l'avis de l'économiste Carlos Rosado de Carvalho, Isabel dos Santos devrait s'y prendre différemment.

«Le problème avec le projet de port de Dande n'est pas seulement légal, il y a aussi un problème d'éthique et de défense des intérêts de l'Etat. Sur la question de la légalité, certains disent que l'appel d'offres n'est pas requis pour les projets dans le secteur des Transports, d'autres disent que c'est obligatoire. Mais au-delà même de cet aspect, il y a d'autres détails à prendre en compte. L'entreprise qui a gagné ce marché dispose d'un capital de 15 000 dollars, créée trois mois avant le décret de José Eduardo dos Santos. Comment cette entreprise pourra réaliser un projet qui coûte plus d'un milliard de dollars ?», s'interroge-t-il, soulignant qu'«il y a beaucoup d'aspects qui dérangent dans l'attribution de ce projet, on ne peut pas uniquement se concentrer sur l'aspect légal».

«Sa stratégie de communication n'est pas la meilleure»

L'économiste estime qu'en raison de toutes ces équivoques, la femme d'affaires angolaise devrait faire profil bas, face au gouvernement déterminé dans son combat contre l'opacité dans les affaires publiques.

«Je crois que sa stratégie de communication n'est pas la meilleure. Isabel dos Santos a beaucoup de problèmes ici en Angola en ce moment. Et l'opinion publique angolaise la connait déjà. On sait que sa fortune a été bâtie sur la base de contrats publics sous le gouvernement de son père. Tout l'argent d'Isabel dos Santos provient des contrats publics, des affaires avec des entreprises publiques», déclare-t-il.

Pour lui, l'interpellation publique du gouvernement angolais par Isabel dos Santos au sujet d'«une décision de son père et qui ne défend pas les intérêts de l'Etat, n'est pas bonne». «S'il s'agissait effectivement d'un investissement privé, OK ! Mais elle a demandé une garantie publique de 1,5 milliard de dollars... Avec une telle garantie, je pourrais moi-même aller en France, en Allemagne ou ailleurs demander de l'argent parce que je dispose d'une garantie souveraine de l'Etat angolais. Il n'y avait pas de risque pour l'entreprise si le port n'atteignait pas le chiffre d'affaires prévu. Ce n'est pas normal...».

«A mon avis, elle n'a pas raison. Je crois qu'elle ne va pas gagner. Elle va perdre cette bataille contre le gouvernement», prévoit-il.

Que fera-t-elle désormais ?

Notons toutefois que contrairement au premier bras de fer entre Isabel dos Santos et le nouveau gouvernement autour de la Sonangol, en mars dernier, où elle est accusée de mauvaise gestion et de détournements financiers, la femme d'affaires -ingénieur de formation et qui a toujours fait valoir ses compétences- avait vigoureusement réagi dans les médias et sur les réseaux sociaux pour se défendre. Cette fois, en revanche, elle se fait moins visible. Situation délicate ?

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Si la milliardaire angolaise ne semble pas encore avoir dit son dernier mot dans cette affaire, le gouvernement s'est déjà montré catégorique, estimant qu'il ne reviendrait pas sur sa décision. A suivre !

Ristel Tchounand

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