Les négociants de cacao pris en étau dans le conflit ivoirien

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Les sanctions de l'Union Européenne posent problème aux négociants, qui pourraient être tentés de les contourner.

Quatre mois après le début des hostilités entre les clans Gbagbo et Ouattara, qui se disputent le pouvoir en Côte d'Ivoire depuis les élections fin novembre, la situation se fait de plus en plus confuse dans la filière cacao. D'un côté, 700.000 agriculteurs ivoiriens ne peuvent plus vendre leurs fèves et risquent de délaisser leurs cacaoyers pour fuir le pays si la guerre civile dégénère. De l'autre, les négociants en cacao se retrouvent au chômage technique en raison des sanctions imposées par l'Europe en soutien au président élu Alassane Ouattara. Des mesures qui interdisent à 91 personnes et 13 entreprises d'intervenir sur la filière ou d'envoyer des bateaux chercher des fèves. « Nous sommes pris entre des déclarations contradictoires, d'une part du clan Gbagbo qui menace de réquisitionner notre bien, d'autre part de l'Europe qui interdit de toucher aux fèves », assure-t-on chez un des gros négociants européens.

« Prêt à jeter l'éponge »

Lundi, le groupe asiatique Noble Group déclarait au « Financial Times » qu'il pourrait envisager, contrairement aux engagements de la filière, de payer les taxes à l'exportation de ses fèves à Laurent Gbagbo. À la recherche de fonds pour payer fonctionnaires et mercenaires, le président sortant contrôle encore la filière via les douanes. Payer les droits à l'exportation revient donc à envenimer un conflit qui a déjà fait plus de 400 victimes. De source de marché, Noble Group avait démenti ce projet mardi. L'hypothèse était d'ailleurs jugée « totalement impossible » par un autre négociant, « à moins d'être un petit intervenant financièrement pris à la gorge et prêt à jeter l'éponge ». Les stocks entreposés à Abidjan et San Pedro, estimés à 430.000 tonnes, représentent un pactole de plus d'un milliard de dollars. Leur blocus pourrait donc faire des victimes parmi les négociants les plus fragiles. D'autant qu'une rumeur persistante évoque la détérioration des fèves avec l'humidité. « Le seul risque, c'est que le taux de FFA (acidité) grimpe, ce qui fait mousser le beurre de cacao, mais on sait traiter le problème », assure toutefois un spécialiste, estimant que « le cacao sortira un jour, la question, c'est de savoir quand.

Le pays est en train de glisser totalement vers la guerre civile, ce que le marché n'a pas pris en compte ». Sur le marché londonien du Nyse Liffe, la tonne de cacao a touché un plus-haut depuis 32 ans à 2.400 livres sterling par tonne avant de sombrer de 20 % après le séisme au Japon.

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