Les limites de la tentation Macron

Par Robert Jules  |   |  702  mots
Emmanuel Macron, ce jeudi après-midi auprès des ouvriers du site Whirlpool d'Amiens qui refusent la délocalisation de leur usine en Pologne. (Crédits : Reuters)
Soumis à de fortes tensions, les partis Les Républicains (LR) et le Parti socialiste (PS), grands perdants du premier tour de l'élection présidentielle, craignent qu'une partie de leurs troupes ne rejoignent le mouvement En Marche ! Mais en n'acceptant que les ralliements individuels, Emmanuel Macron favorise le statu quo à quelques semaines des élections législatives.

L'implosion des partis LR et PS, à laquelle on s'attendait au lendemain du premier tour des élections présidentielles, n'a pas eu lieu. Certes, la nécessité de devoir empêcher l'arrivée du Front national à la tête du pays, en votant en faveur d'Emmanuel Macron comme y ont appelé tant François Fillon que Benoît Hamon, renvoie à plus tard les explications sérieuses et les conséquences à en tirer.

Comment faire en effet cohabiter dans la même formation les membres de Sens commun ou de la Droite populaire avec ceux qui se réclament d'Alain Juppé ou de Nathalie Kosciusko-Morizet ? Les manœuvres qui ont permis le maintien et l'échec de la candidature de François Fillon, mis en examen pour, entre autres, détournement de fonds publics, ont coupé le parti en groupes difficilement réconciliables.

"Un regard neuf"

Lundi, d'ailleurs, plusieurs élus proches d'Alain Juppé se sont réunis pour définir une démarche commune prenant acte de ce que la victoire d'Emmanuel Macron au premier tour les obligeait à porter « un regard neuf » qui les conduit à « repenser la façon dont nous portons les valeurs de liberté, de responsabilité, d'autorité de l'Etat et d'attachement à l'Europe », indiquent-ils, en espérant « que notre famille politique saura comprendre cette nécessité ». Une prise de position claire pour alimenter le débat mais en aucun cas une rupture.

Trahison et score historiquement faible

De même, comment au PS les « deux gauches irréconciliables » vont-elles pouvoir demain travailler ensemble. En appelant à voter dès le premier tour en faveur d'Emmanuel Macron, Manuel Valls, malgré ses engagements de la primaire à soutenir le vainqueur, s'est aliéné une large partie du PS. Mais l'échec de Benoît Hamon, qui a obtenu un score historiquement faible, fragilise sa position pour être demain le leader du PS.

Aussi, Manuel Valls peut bien déclarer mardi devant ses fidèles la fin du PS issu du congrès d'Epinay, et affirmer vouloir participer à une future majorité présidentielle en cas d'élection d'Emmanuel Macron, il n'indique pas clairement comment il compte le faire. Sa déclaration relève davantage du « whishful thinking » que d'une démarche concrète, à l'instar de celles de certains poids lourds de LR, comme Christian Estrosi ou Bruno Le Maire.

Car la tentation des uns et des autres bute sur les conditions posées par Emmanuel Macron pour pouvoir rejoindre En Marche !, notamment pour obtenir l'investiture pour les législatives : tout ralliement doit procéder d'une démarche individuelle et exclusive de toute appartenance à un autre parti.

Eviter le "big bang"

Paradoxalement, ces critères, qui traduisent également la ligne politique de ni droite ni gauche que défend Emmanuel Macron depuis le début, pourraient éviter le « big bang » du PS et de LR.

En effet, les élections législatives restent sous la Ve république très encadrées par les partis. Même affaiblis, LR et PS demeurent les formations les plus structurées avec le Front National. Pour qui veut peser demain sur la politique française, un groupe important d'élus est nécessaire. Et les élections ayant lieu en juin, il apparaît difficilement envisageable de construire une formation dans un laps de temps aussi court. Certains chez LR, en particulier les sarkozystes, comptent bien prendre leur revanche sur la présidentielle et se voient déjà imposer une cohabitation.

Fortes résistances demain

Car si Emmanuel Macron est élu, il doit pouvoir compter sur un parti structuré votant et soutenant un programme qui va se heurter demain à de fortes résistances. Bref, passer des promesses de la campagne à l'exercice du pouvoir. La pléiade de soutiens qu'il a pu engranger jusqu'à maintenant est pour cela insuffisant.

Emmanuel Macron veut éviter de se retrouver dans une situation qu'il a vécu, celle de François Hollande, un homme politique expérimenté, qui a vu ses initiatives de réformes en matière de politique économique et sociale contrariées par la contestation permanente de « frondeurs » issus de sa propre famille politique.

Le fondateur d'En Marche! veut des ralliements sans condition pour appliquer son programme. C'est un pari pascalien, il n'est pas sans risque.