Enseignement supérieur : le retard français malgré les grandes écoles

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le retard français de l'enseignement supérieur

En 2015, la France a consacré un peu moins de 30 milliards d'euros à l'enseignement supérieur. Il s'agit ici de la « dépense intérieure d'éducation » soit toutes les dépenses engagées par l'État, mais aussi les collectivités territoriales, les ménages et les entreprises pour les activités d'éducation au sens large qui intègrent donc aussi toutes les dépenses extra-scolaires comme l'hébergement, la restauration, les fournitures, etc. 30 milliards d'euros, cela représente 20% des dépenses totales d'éducation et près de 1,4% du PIB.

Depuis 1980, ces dépenses se sont envolées de 156% en euros constants (soit une multiplication par 2,5 environ). C'est bien plus rapide que le PIB. En d'autres termes, l'effort financier consacré au supérieur s'est nettement intensifié au fil des ans. Et pour cause, le nombre d'inscrits dans le supérieur a plus que doublé sur la période et dépasse aujourd'hui 2,5 millions de personnes. À l'origine de cette explosion, l'allongement de la durée des études, l'arrivée d'étudiants étrangers, une plus grande diversification de l'offre dans le supérieur et bien entendu l'extraordinaire développement de l'accès au baccalauréat.

À partir de 1985, l'objectif d'amener 80% d'une classe d'âge au niveau du bac a fait exploser le nombre de bacheliers. D'autant plus que de nouvelles filières sont créées et que des réformes sont menées pour faciliter la poursuite des études. Comme 75% environ des bacheliers poursuivent leurs études, cela se répercute directement sur les inscriptions dans le supérieur. C'est très clair, la montée de la dépense intérieure d'éducation dans le supérieur de 1980 à 1995, est synchrone avec celle des effectifs. En clair, la plus grande partie de la hausse des dépenses est absorbée par l'augmentation du nombre d'étudiants. Dans ce contexte, la dépense par élève évolue peu, +0,9% en moyenne par an.

De 1995 à 2006, l'évolution de la DIE ralentit. Comme le coup de frein est encore plus marqué du côté des effectifs, la dépense par étudiant grimpe de 1,2% en moyenne par an, en nette accélération par rapport à la période précédente. Le mouvement s'accentue de 2006 à 2009, le plafonnement des effectifs se couplant à une forte augmentation de la dépense intérieure d'éducation, le coût moyen gagne 3,7% par an. Les raisons : une hausse significative du budget alloué à l'enseignement supérieur, mais aussi des transformations structurelles.

En 1980, plus des 2/3 des étudiants étaient inscrits dans les universités, 20 ans plus tard, ils ne sont plus que 56%. Cela a d'abord profité à la section des techniciens supérieurs (pour la préparation des BTS) dont les inscriptions ont explosé dans les années 90.

Des efforts financiers français suffisant pour l'enseignement ?

À partir des années 90 et surtout à partir des années 2000, l'augmentation vient des classes préparatoires aux grandes écoles et aux écoles de commerce et de gestion dont les effectifs s'envolent de 40%. Or, c'est le grand écart entre les filières : les dépenses d'éducation pour un étudiant en université étaient de 10.655 euros par an en 2010. Pour se préparer à un BTS, la note est de 14.326 euros, c'est 34% de plus.

Pour rejoindre une classe préparatoire aux grandes écoles, il faut compter 15.752 euros soit près de 48% de plus. Depuis 2009, la dépense intérieure d'éducation plafonne, alors que les effectifs augmentent à nouveau. Et cette fois nul effet de structure. Si la dépense moyenne baisse de 0,9% en moyenne par an, c'est parce qu'elle recule à tous les échelons. La France a fait un gros effort financier pour développer l'enseignement supérieur. Mais depuis la crise de 2008, c'est devenu l'une des variables d'ajustement, quitte à sacrifier l'avenir. Or la France a du retard. Avec 1,4% de son PIB consacré à l'enseignement supérieur, elle fait moins bien que la moyenne des pays de l'OCDE et a décroché par rapport au Canada, à la Corée et aux États-Unis, trois grandes nations qui font un effort financier pour l'enseignement supérieur près de deux fois supérieur au nôtre.

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a écrit le 22/07/2016 à 23:23 :
J'ai un peu l'impression que les étudiants anglo-saxons se ruinent (et s'endettent) pour des parcours dans des universités qui surinvestissent dans des équipements de prestige (équipements de sport dédiés, ordinateurs de grandes marques, logements luxueux) afin d'attirer ces mêmes étudiants.

Il me semble que la France arrive au même résultat éducatif pour simplement beaucoup moins cher.

Mais cela reste à prouver, alors que le sous-investissement de la France en R&D est pour le coup frappant.
a écrit le 16/07/2016 à 20:55 :
tres spirituel cette histoire de budget!
plus la france investit d'argent plus elle recule ( et pas seulement a pisa!)
peut etre que le centre de l'univers devrait se poser les bonnes questions et arreter de fabriquer des illetres qui ont le bac ( pas scientifique de preference, vu que la il faut travailler un peu quand meme), ce qu'on peut comprendre quand on note sur 25)
ce qui est important c'est pas la quantite, mais c'est dur d'expliquer ca a des anes!
( les aigris qui vont me rentrer dedans devraient commencer par demander a leurs amis hdr le niveau des doctorants...)
Réponse de le 29/07/2016 à 10:33 :
Et c'est vrai que c'est en passant de nouveau à 4 jours de travail par semaine (contre 5 en Allemagne, en Suisse, dans les pays scandinaves et dans d'autres pays), comme cela se trouve dans le programme des LR, que les enfants français vont voir leur niveau progresser.
Quand la démagogie électorale atteint ce niveau, un pays ne peut que plonger dans la médiocrité.
Mais c'est peut-être le but ?
a écrit le 13/07/2016 à 14:13 :
Nous avons les meilleurs instituts de R&D publics au monde (Reuters). Étude récente Eurostat sur les morts évitables : la France domine (très bon système de santé, et donc de formation dans la santé). La France est dans le top 3 du Thomson Reuters Top Innovators. La France domine le Deloitte Fast Tech 500 EMEA. Paris 1ère métropole mondiale en capital intell/innovation pour PWC.
L'Expansion, 09/2012 : les Francais d'IBM sont bien plus efficaces que les collègues d'autres pays. Cohérent avec le haut niveau de productivité de la France...
On est pas mal du tout avec un effort financier 2 fois moindre. WOW !
Le Canada, c'est le pays qui a un taux de R&D de 1,6% contre 2,3 en France ?
Et puis la France surclasse les 3 pays en question en démographie, taux de pauvreté et autres.
Réponse de le 14/07/2016 à 9:56 :
Alors pourquoi la France va mal...

Réponse de le 14/07/2016 à 11:32 :
Parce-qu'il y a des tas de grincheux/frileux comme toi qui veulent croire et faire croire que ça va mal ou plus mal qu'ailleurs, qui sont impressionnés par la poudre aux yeux étrangère et qui freinent le pays ?
Mets toi au travail.
a écrit le 13/07/2016 à 14:09 :
Je ne sais pas si on compte bien tout correctement car il faut sommer public (universités, 80% des prépas, écoles d'ingénieurs) et privé (20% des prépas, écoles de commerce). Il y a deux problèmes principaux : d'abord le public est plafonné par un raisonnement idiot classique d'enveloppe budgétaire qu'on a connu pour les hôpitaux avant la T2A et le système est profondément injuste puisqu'il bride les étudiants qui ne payent pas ou n'ont pas les moyens de payer, ensuite il y a un problème français avec le troisième cycle. Sauf en médecine où on convient que le niveau D sert à quelque chose, les entreprises françaises sous-payent les diplômés et particulièrement les docteurs que d'ailleurs elles ne veulent pas recruter. Malgré une perfusion d'argent public (avec le CIR notamment), nos dirigeants d'entreprise ne veulent pas payer les chercheurs et ne voudraient payer que les trouveurs (c'est culturel hélas). Les grandes écoles, elles, forment des masters 2 donc c'est encore l'université qui en pâtit. Nos brillants masters 2 vont faire leur 3ème cycle à Stanford ou Cambridge et seront recrutés par les banques anglo-saxonnes ou Google qui payent très bien. Sur le premier problème en tout cas, une allocation universelle de formation post bac financée par la somme des budgets du supérieur et de la formation professionnelle, permettrait de décongestionner le système en privatisant tous les établissements de formation selon un statut proche de celui des écoles de commerce. Il n'y a pas de solution pour le deuxième problème sauf à changer les dirigeants français c'est à dire avoir davantage de patrons techniciens, intéressés par leur activité principale et prenant des risques...plutôt que d'avoir des héritiers ou des pantouflards de l'ENA.
a écrit le 13/07/2016 à 11:26 :
Je vous ferai remarquer que depuis que l'on est dans l'UE et dans l'euro, nous sommes moins motivé pour faire mieux que les autres a moins, que cela soit pour d'autre raisons tel que la fuite de tout ce qui faisait notre succès antérieur!

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