Paris : macronistes de gauche et de droite veulent vendre des HLM

Par César Armand  |   |  630  mots
220.000 demandeurs de logement social à la ville de Paris et un taux de rotation est de 4%. (Crédits : © Joe Penney / Reuters)
À l'occasion du Conseil de Paris qui se tiendra du mercredi 2 au vendredi 4 mai prochain, les conseillers de la capitale Parisiens progressistes, constructifs et indépendants (PPCI, ex-LR) et Démocrates et progressistes (ex-PS) proposeront « un plan quinquennal » visant à vendre, chaque année, 1 % du parc social de la Ville. L'exécutif parisien affiche déjà son désaccord.

« Le dispositif d'accession des logements HLM à leurs occupants sera amplifié par la création d'un outil dédié à cela, uniquement orienté vers l'accession par les occupants », est-il écrit dans la loi Évolution du logement et aménagement numérique (Élan), présentée en Conseil des ministres le 4 avril dernier et en cours de débat au Parlement.
Aussi, dans l'opposition à Anne Hidalgo au sein du conseil de Paris, deux groupes proches de la majorité présidentielle (mais ne prenant pas le nom d'En Marche à ce stade), les "Parisiens progressistes, constructifs et indépendants" (PPCI), venus de LR, présenteront, avec les "Démocrates et progressistes" (ex-PS) le même vœu : « un plan quinquennal » visant à vendre, chaque année, 1 % du parc social de la capitale.
Anne-Christine Lang, conseillère de Paris D&P et députée (LREM) de la 10e circonscription de Paris, défend ainsi « une question de fluidité et de mobilité dans le parcours social » :

« On a un problème avec la classe moyenne qui vit avec deux SMIC et les prix du marché à Paris. Même quand on a un peu plus de moyens, se pose toujours ce sujet d'accession à la propriété dans le parc privé ».

"Une politique des années 1970" selon l'adjoint au Logement

L'équipe d'Anne Hidalgo entend bien leur adresser une fin de non-recevoir, qualifiant cette proposition d'« aberrante ».

« La Ville déploie une énergie considérable à produire du logement social, s'agace Ian Brossat, maire-adjoint (PCF) chargé du Logement. On est la ville la plus dense d'Europe avec peu de parcelles disponibles ».

L'édile rejetant du même coup l'argument avancé par ses opposants selon lequel un logement social vendu permettrait d'en construire trois :

« À part en première, voire en deuxième couronne, je ne vois pas bien comment ils feraient. Ça me rappelle la politique des années 1970 qui consistait à virer les pauvres hors de Paris. Cela n'a rien de nouveau ! »

Faire baisser un peu les prix

Élue avec la majorité socialiste en 2014, Anne-Christine Lang dit, elle, avoir commis l'erreur de considérer, pendant longtemps, « que le logement social était l'Alpha et l'Oméga de la gauche et que le logement privé, c'était de droite ».
Aujourd'hui, et de gauche et de droite comme le président Macron, elle se montre donc sévère avec l'exécutif parisien :

« Il y a beaucoup de gens assez modestes qui sont mal logés à des prix exorbitants. L'idée d'avoir un parc social toujours plus important semble être la seule boussole dans cette majorité. »

Chez les macronistes de droite, le discours est sensiblement le même. Président du groupe PPCI, Alexandre Vesperini affirme vouloir « desserrer l'étau de cette difficulté » :

« Vous avez 220.000 demandeurs de logement social à la ville de Paris, sauf que le taux de rotation est de 4%. Mettre des logements sociaux sur le marché, ça permettrait donc aux occupants comme aux classes moyennes d'accéder à la propriété et mécaniquement de faire baisser un peu les prix. »

Cet élu du VIe tient ainsi à citer cet exemple du 93 bis rue du Cherche-Midi, dans le quartier de Montparnasse, où sur un programme neuf livré récemment, si un tiers des logements a été réservé au social conformément à la loi, le plus bel appartement s'est vendu... 41.000 euros le mètre carré contre 13.000 en moyenne dans l'arrondissement. « Le parc social grossit à mesure des constructions, mais pendant ce temps, le prix des biens augmente d'autant plus. »

Dans une ville-monde où le prix moyen du mètre carré avoisine les 9.330 euros, toutes les pistes semblent ouvertes pour loger toujours plus de demandeurs. En novembre dernier, Ian Brossat affirmait en effet « vouloir construire », misant beaucoup sur la transformation des bureaux vides en logements. Un dispositif depuis inscrit dans la loi Élan du gouvernement.