Logement, vous avez dit "choc" d'offre... Vraiment ?
César Armand
César Armand
À chaque gouvernement, ou presque, une nouvelle stratégie pour le logement. Le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, et son secrétaire d'État, Julien Denormandie, n'échappent pas à la règle. Un projet de loi sera déposé à la fin de l'année pour « lever les verrous et les freins », « passer à la construction de logements plus écologiques et plus adaptés », « simplifier la vie ordinaire » et « lutter contre la fracture territoriale ».
L'ex-sénateur (PRG) du Cantal et l'ancien « dir cab » adjoint d'Emmanuel Macron à Bercy disent avoir « écouté les propositions des acteurs » du secteur. Olivier Wigniolle, directeur général d'Icade, estime ainsi que « le plan permet de sortir de l'incertitude pour les acteurs privés que nous sommes ». Son homologue chez Cogedim, Philippe Jossé, confirme :
Unanimité chez les professionnels du secteur ? Pas si sûr ! Dans une note publiée sur son blog intitulée « Une addition de mesures fait-elle un plan logement ? » le PDG de Nexity, Alain Dinin, qui a quitté la puissante Fédération des promoteurs immobiliers depuis un mois, est, comme toujours, « cash » :
La libération du foncier promise par les représentants de l'équipe Philippe, à savoir « construire plus, mieux et moins cher dans les zones tendues », satisfait les promoteurs immobiliers, comme Fabien Acerbis, directeur général logement Île-de-France chez Bouygues Immobilier :
Maître de conférences à l'IEP de Paris et coordinateur du livre collectif Le Logement en France (Economica, 2017), Pierre-François Gouiffès rappelle, en effet, que le Grand Paris demeure « la zone tendue par excellence : le plus fort PIB par habitant, la plus forte population, la plus forte densité, la plus forte proportion d'appartements, la plus faible proportion de propriétaires et, bien sûr, les prix immobiliers les plus élevés. » Sur le terrain, Catherine Arenou, maire (LR) de Chanteloup-les-Vignes, met sa casquette de vice-présidente du conseil départemental des Yvelines chargée de l'insertion et de la politique de la ville :
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La maire de Longjumeau, Sandrine Gelot (LR), également vice-présidente du département de l'Essonne, déléguée à l'insertion, la cohésion sociale, la politique de la ville et le logement, s'est saisie de cette compétence non obligatoire pour les départements :
« Paris a envie de construire »
En Seine-Saint-Denis, Nadège Abomangoli (PS), vice-présidente à la politique de l'habitat et à la sécurité, s'interroge :
À Paris, l'adjoint (PCF) au logement, à l'habitat durable et à l'hébergement d'urgence, Ian Brossat, voit, lui, deux enjeux liés :
D'ailleurs, à l'heure où la capitale demande aux habitants, depuis début octobre, de déclarer leurs meublés mis en location, avant de le rendre obligatoire au 1er décembre, l'élu du XVIIIe réfléchit déjà à d'autres mesures qui pourraient être mises en place :
À cet égard, le DG d'Icade, Olivier Wigniolle, avance d'autres pistes :
Et de citer son aide technique dans la réalisation du village olympique :
De son côté, le DG logement de Bouygues Immobilier, pour la région francilienne, Fabien Acerbis, définit une condition sine qua non :
Toujours en matière fiscale, Julien Denormandie, secrétaire d'État à la Cohésion des territoires, a annoncé que « toute personne disposant d'un terrain, s'il conclut un acte de vente avant 2020, bénéficiera d'un abattement fiscal de 100% si c'est une vente pour du logement social, 85% pour de l'intermédiaire et 70% pour du libre », de même que les dispositifs Pinel et prêt à taux zéro (PTZ) seraient reconduits sur quatre ans, « fléchés dans des endroits utiles ».
Cette innovation et cette reconduction étaient attendues de la part des acteurs publics comme des constructeurs privés. Dans l'Essonne, Sandrine Gelot affirme avoir atteint des « records historiques :
3.305 logements produits en 2016, soit 30% de plus par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Bien qu'en hausse, nous avons l'impression que cela ne suffit jamais, alors que nous prenons notre part à l'objectif des 70.000 logements par an de l'Île-de-France. » Comme le souligne justement Pierre-François Gouiffès, maître de conférences à l'IEP de Paris, « concernant le segment particulier du logement social, le territoire du Grand Paris est celui pour lequel l'écart le plus massif existe entre locatif privé et locatif social, ce qui génère une demande de logements sociaux quasiment insatiables. » Sandrine Gelot reprend :
À l'inverse, le promoteur Alain Dinin, de Nexity, doute, toujours sur son blog, de l'efficacité de ces avantages :
De son côté, le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, n'entend pas « chasser quiconque de son logement », mais rappelle que la pression est forte :
En Seine-Saint-Denis, Nadège Abomangoli (PS) ne s'oppose pas, a priori, aux baux courts :
Catherine Arenou, des Yvelines, met en garde : « Nous avons tendance à nous densifier à certains endroits, comme lorsque nous accompagnons l'avancement d'Eole [prolongement du RER E vers l'ouest de Paris, ndlr] où nous proposerons du logement diversifié et de nouvelles conditions de vie. En revanche, notre territoire rural ne devrait pas changer avant des années. Les politiques d'aménagement sont lentes dans leurs mises en place. Que les élus soient moteurs de l'engagement de leurs territoires ! » En matière de transport, le super-métro va permettre la livraison de dizaines de milliers de logements et un total de projets immobiliers de
600.000 mètres carrés, assure le président de la SGP, Philippe Yvin :
Avant de citer le concours « Inventons la métropole » organisé par son président Patrick Ollier, chargé de l'élaboration du plan métropolitain de l'habitat et de l'hébergement (PMHH), un document qui doit être adopté avant fin 2018 pour mettre en oeuvre cette politique.
Plus généralement, en matière de grandes opérations d'aménagement, Julien Denormandie veut changer la logique pour « passer d'une approche contraignante à la concertation et signer des contrats définissant les projets d'aménagement à conduire pour accélérer ». Comme chez Cogedim où Philippe Jossé dit « attendre de l'écoute et de l'articulation qui permettent de la fluidité afin que les compétences de tous s'additionnent », chez Icade, Olivier Wigniolle appelle en ce sens à mettre tous les acteurs autour de la table pour la reconversion de friches en logements :
Le représentant de Bouygues Immobilier, Fabien Acerbis, se satisfait que « tous les ingrédients soient réunis pour répondre aux attentes de la population » mais, insiste-t-il, « il faudrait néanmoins trouver une manière d'inciter certains maires à être davantage bâtisseurs. Heureusement, nous avons affaire à des communes poussées par le développement du Grand Paris. »
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César Armand