Des microalgues pour nourrir la planète

De quoi DEMAIN sera-t-il fait ? Bpifrance s'est lancé le défi de mener une réflexion sur les sujets d'innovation qui révolutionneront notre quotidien dans les années à venir, du point de vue de notre transport, notre alimentation, notre santé, notre façon de commercer et de travailler. Pour cela, Bpifrance anime une démarche collective en mode projet, pilotée par les collaborateurs Bpifrance et associant les acteurs des écosystèmes concernés. L’un des sujets stratégiques récemment traité est l’arrivée de nouvelles sources de protéines comme les insectes ou les microalgues. La société Inalve, spécialisée dans la production de ces microorganismes, explique pourquoi ces protéines issues du monde marin sont un moyen alternatif de nourrir les animaux tout en respectant l’environnement.

3 mn

La qualité nutritionnelle de ces microorganismes est très bonne, et ils sont bien assimilés par notre système digestif., Christophe Vasseur, cofondateur d'Inalve
"La qualité nutritionnelle de ces microorganismes est très bonne, et ils sont bien assimilés par notre système digestif.", Christophe Vasseur, cofondateur d'Inalve (Crédits : DR)

En 2050, la Terre pourrait héberger 10 milliards d'habitants, les nourrir  est un des défis majeurs des années à venir. Or, la surface des terres arables nécessaires pour produire les protéines végétales destinées à l'alimentation humaine et animale est en réduction d'environ 100 000 km2 par an en raison de l'urbanisation, de la désertification et de l'érosion. Du côté des océans, la surpêche menace la ressource halieutique, source de protéines pour les hommes et pour les animaux sous forme de farine. C'est pourquoi la production de nouveaux aliments, comme les insectes ou les microalgues pour nourrir les animaux, sont une nécessité vitale. « La production actuelle de protéine végétales ne suffira pas à accompagner la croissance de la population. C'est la même chose pour les protéines marines qui diminuent à cause de la surexploitation de la ressource. Il faut donc trouver des ingrédients alternatifs » explique Christophe Vasseur, cofondateur d'Inalve, spin-off de l'INRIA et du CNRS spécialisée dans la transformation des microalgues en ingrédients. Cette plante microscopique qui flotte dans l'eau a pour particularité de réaliser la photosynthèse, processus qui lui permet de synthétiser des matières organiques grâce à l'énergie lumineuse, en absorbant le gaz carbonique de l'air et en rejetant l'oxygène. « C'est la base de la chaîne alimentaire marine et d'eau douce. La qualité nutritionnelle de ces microorganismes est très bonne, et ils sont bien assimilés par notre système digestif. Ils procurent la totalité des acides aminés dont nous avons besoin » précise le chercheur en océanographie, cofondateur d'Inalve avec Hubert Bonnefond, ingénieur en biotechnologie marine.

Un marché énorme et prometteur

L'autre intérêt majeur de ces microalgues, c'est le caractère durable de leur production, qui s'effectue dans des bassins, sans OGM et sans pesticides, tout en consommant moins d'eau que les cultures végétales. Pionnier sur la technologie de biofilm pour microalgues, avec plusieurs brevets déposés, «Inalve a pour objectif de passer à l'échelle industrielle, car les besoins mondiaux sont estimés à 10 millions de tonnes par an pour les animaux d'élevage » précise Christophe Vasseur. Après une levée de fonds de 3 millions d'euros, la société française, lauréate en 2015 du concours i-LAB de Bpifrance, a déjà testé son produit sur différents poissons ainsi que sur les crevettes avec des résultats meilleurs que ceux de la farine de poisson. « L'idée est de gagner des parts de marché sur les protéines végétales, dont la culture contribue à la déforestation, et aux farines de poissons, qui encouragent la surpêche » ajoute Christophe Vasseur. Les microalgues sont également riches en oméga 3, qui proviennent essentiellement des poissons gras comme le saumon, produit industriellement avec force antibiotiques.  Le marché est considérable et les besoins énormes : la France et l'Europe importent plus de la moitié de leurs protéines. Inalve compte ouvrir une première ferme en 2024, navire amiral qui devrait permettre de convaincre les fabricants d'aliments pour animaux. « Nous réfléchissons déjà à des installations en Asie du Sud-Est pour le marché des crevettes » ajoute le chercheur devenu entrepreneur, qui insiste sur l'impact environnemental très faible de ses microalgues comparé aux autres sources de protéines. Inalve est un autre exemple du savoir faire français sur ce marché extrêmement prometteur des protéines du futur.

3 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.